La belle vie paire*

[*j'ai honte de ce jeux de mot. Mes confuses.]

Aujourd’hui, j’ai scruté les tatouages de mon collègue tatoué. Pas sur sa vraie peau (parce qu’il ne se déshabille évidemment pas au travail, les jeunes d’aujourd’hui ne font preuve d’aucune bonne volonté), mais sur son facebook (il poste des photos de son corps et attend qu’on les partage ou les like, ça se passe de commentaire) (ah ces jeunes). Ensuite, il m’a montré une image sur laquelle est représentée un bonhomme couvert de zones allant du jaune au rouge supposées indiquer aux futurs masochistes à quel point ils vont pleurer leur mère s’ils se lancent dans l’aventure du coloriage corporel. How Much Your Tatto Will Hurt, que ça s’appelle.

Et bien les amis, je vais douiller et pas qu’un peu.

Enfin, ma douille attendra le budget qui est pour l’instant inexistant (j’ai bien songé à servir de cobaye à un sadique artiste débutant moyennant gratuité ou grosse remise, mais j’ai peur de me retrouver avec un tatouage qui serait au dessin ce que les cheveux de Robert Smith sont à l’art capillaire . Imaginez vous trimballer à vie une coupe tout droit sortie de Tchip Coiffure : oui, ça fait hésiter). Pour me consoler, je suis allée fouiner aux Galeries Lafayettes, où j’ai essayé des robes incroyablement chères pendant deux bonnes heures.

En rentrant à la maison, je me suis enfin décidée à aller lorgner dans le nouveau restaurant à sushis qui a ouvert près de chez moi, pour voir si par hasard il n’y aurait pas là quelques denrées végétariennes à me mettre sous la dent. Alors que je saisissais un prospectus, je suis tombée nez-à-nez avec un charmant spécimen rencontré au boulot deux ans auparavant et que je trouvais fortement choupinou. Parfois, voir se matérialiser devant mes yeux un fantasme vivant me rassure sur ma santé mentale et sur ma capacité à ne pas faire une fixation pathologique sur Oberyn Martell et son caftan jaune. On a discuté quelques minutes, lui avec son éternelle clope au bec et sac à dos, et moi en mode Fran Fine gloussant devant Mr Shefield.

Puis je suis rentrée chez moi, mais comme je suis contente, j’ai décidé de vous faire un cadeau :

"J'ai envoyé Jon Snow se rhabiller".

"J’ai envoyé Jon Snow se rhabiller".

Ne me remerciez pas.

Miscellanées du dimanche.

Un petit tour à la plage …

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… et un spectacle sans queue ni tête vu à l’Opéra (mais le lieu seul suffit à me réjouir).

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Nous sommes ensuite allés voir "Yves Saint-Laurent" au cinéma, puis, pris d’une pulsion subite, nous avons eu envie de manger des frites. Le Mac-Do (malheureusement) nous appelait de ses néons. On se demandait un peu ce qu’on faisait là, au milieu des étudiants, mais c’était assez drôle (exception faite, bien entendu, des bovins morts dans les big macs, des restes de poulets broyés dans les nuggets et des tonnes de déchets produits par le plus infime des repas). Note pour moi-même : me souvenir la prochaine fois que je suis supposée boycotter ce type de chaînes. Le point positif, c’est que le Violoniste s’est souvenu qu’il avait chez lui une friteuse qui trainait en haut d’une étagère. La prochaine fois, nous éplucherons donc de bonnes Bintje plutôt que d’engraisser le grand capital.

A part ça, je suis en train de vous concocter un article cinéma pour la prochaine fois.

Oui, bon, je sais.

Je suis un peu absente, mais quelques soucis de santé m’ont prédisposée à me terrer sous ma couette plutôt que d’écrire quoi que ce soit. J’ai donc ingurgité ces deux dernières semaines beaucoup d’épisodes de Game of Thrones, retrouvé avec bonheur Mr Selfridge, visionné (enfin) l’épisode de Noël de Downton Abbey et téléchargé fait l’acquisition par des moyens tout à fait légaux de la saison 1 de Masters of Sex, histoire d’occuper agréablement ce qui reste de longues soirées d’hiver.

Sinon, vu que j’ai un sens profond de la mesure, suite à une affaire dont je vous épargnerai les détails, j’ai craché mon venin à la tête du Violoniste en l’accusant d’à peu près tous les maux de la terre – de l’ouverture de la boîte de Pandore aux plaies d’Egypte, en passant par les épidémies de peste médiévales. Puis on s’est réconciliés. L’occasion étant trop belle pour être ratée, j’ai aussi honteusement profité de sa réquisition pour un déménagement dans la ville où j’ai passé toute mon adolescence pour aller rendre une visite semi-éclair à un petit couple de mon coeur qui est revenu s’y installer et y a pondu un gaminou et une gaminette. J’ai maintenant un dessin de dragon qui trône fièrement dans ma cuisine, et, cerise sur le gâteau, me voilà propriétaire d’une délicate paire de boucles d’oreille réalisées par une créatrice qui fait de bien jolis bijoux en tissu japonais (je vous invite à aller jeter un coup d’oeil au site dans quelques jours, quand il ne sera plus en reconstruction. Ci-dessous mon collier préféré, n’est-ce pas qu’il est adorable?).

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Bref, les aléas de la vie ont fait que, si j’avais originellement prévu un mois pour ce travail, histoire de ne pas me presser, il me reste à présent quatre jours chronomètre en main pour rédiger un chapitre en anglais qui sera intégré dans un volume collectif de recherche. Je me souhaite donc tout le courage du monde.

Je reviens.

Il y a presque 4 mois, j’ai eu envie de revenir par ici. Je ne suis finalement pas revenue tout de suite, j’avais le nez dans la paperasse, l’esprit inquiété par l’après-thèse (mode : et maintenant que vais-je faire de tout ce temps, que sera ma vie ? etc.). J’étais également occupée à bloguer ailleurs, sous un autre pseudo, sur des sujets totalement autres que ceux que j’aborde ici. Et puis, ce soir, tout à coup, le coeur presque inquiet par ce que j’allais y trouver, je me suis connectée à cet espace. (En vrai, ça n’a pas été aussi simple, j’ai dû réinitialiser mon mot de passe que j’avais oublié entre temps, et me creuser les méninges pour retrouver les codes de ma boîte mail). J’ai eu l’impression de déterrer des reliques. J’ai relu certains articles, je me suis marrée, j’ai grimacé parfois, et me suis rendu compte que j’avais changé. Beaucoup. Des tas de choses se sont passées dans ma tête, dans ma vie aussi. Ce blog m’a accompagnée pendant trois années, dont deux qui ont été, il faut le dire, particulièrement difficiles. Il a rendu compte jour après jour de mes blessures, de mes inquiétudes, de mes prince-charmanteries, dont certaines me font ricaner à présent. Je m’y suis réfugiée, j’ai noué des contacts qui, bien que virtuels, m’ont souvent réchauffée et fait du bien. J’ai aimé partager ma vie, et j’ai aimé lire la vôtre. J’ai aimé lire vos gentils commentaires qui saluaient mon retour, merci vraiment, de tout coeur. Ce blog est un morceau de mon histoire, c’est un petit bout d’avant, le témoin de ma traversée du désert et des montagnes russes.

C’est idiot, mais je ne peux pas lire tout ça sans émotion, ou sans pincement au coeur : les deux dernières années étaient encore, dans mon esprit, trop sombres pour que les rappeler à mon souvenir soit aisé. Pourtant, quand je parcours les articles, je me dis que certains moments ont été très heureux, et que je noircis peut-être le tableau car je sors tout doucement d’une longue période angoissante, je peine à retrouver mon entrain. La faute à la thèse, au contrecoup, aux égratignures passées qui ont du mal à s’effacer ; mais quand je lis à quel point, par exemple, j’étais enthousiaste à l’idée d’emménager dans mon nouvel appartement, à quel point j’avais envie de lumière, de fête, de bruit, d’amitiés, j’ai envie de reprendre réellement du poil de la bête. Je veux redevenir énergique, positive, croquer tout ce qui s’offre à moi. Ce n’est pas encore ça : il y a la fatigue,  les insomnies, l’hiver, mon compte en banque riquiqui qui ne me permet aucune folie voyageuse alors que j’ai bien besoin d’air, mon manque d’enthousiasme général pour toute activité extérieure, l’arrêt quasi forcé de mes cours de danse l’année dernière (pour cause de boulot et de douleur au pied) qui m’a rendu vraiment neurasthénique et casanière au possible. Mais ça viendra, car le renouveau est en marche.

De belles choses se sont passées. J’ai soutenu ma thèse, qui a reçu la plus haute mention. Cinq ans de travail récompensés, et l’impression de valoir enfin quelque chose, même si professionnellement tout est encore flou. J’ai des projets, des objectifs dont je ne parlerai pas encore ici. Je m’étonne moi-même d’être aussi ambitieuse, mais je veux viser haut, je veux croire que mes rêves sont accessibles et que j’ai les moyens de les réaliser. Deux ans de visites régulières à un psychanalyste, parfois à reculons, m’ont fait grandement avancer : j’ai compris un tas de choses sur moi-même, sur la façon dont je suis construite, sur mes faiblesses, mes forces. Comme dans un jeu de Tetris, les petits cubes épars qui composaient les strates les plus profondes de mon être se sont ré-emboités parfaitement, tout se remet en place progressivement, c’est incroyable, presque magique.

Voilà où j’en suis. J’aime cet espace, et là, maintenant, j’ai envie de continuer à l’alimenter pour qu’il continue d’évoluer avec moi.

Aujourd’hui, je reviens. Pour de vrai.

Reprise de service.

Je reprends du service, après de multiples errances ailleurs et une grosse interruption pour cause de rédaction de thèse – que j’ai rendue il y a deux semaines, enfin. Cinq ans de travail et de retournement de cerveau, les amis. Je suis tellement soulagée d’en être débarrassée que je n’ai même pas ré-ouvert la bête pour la lire, j’attends mes pré-rapports pour me remettre au travail et préparer la soutenance.

J’ai encore envie de raconter ma vie et de folâtrer sur le oueb, c’est parti pour une saison 2.

The End of a Story.

J’ai 30 ans aujourd’hui.

Et bien ça ne me fait ni chaud ni froid. Il paraît qu’on franchit un cap quand on atteint la trentaine, je n’ai pas encore compris lequel. Le pire c’est que quand tu dis que tu te contrefiches que ton âge commence dorénavant par un 3, on te rétorque des truc du genre "Ah ben si attend quand même, 30 ans c’est pas rien, ça fait quelque chose !". Et si MOI ça ne me fait rien, d’avoir 30 ans, je peux? Merci bien. Mais effectivement, ce n’est pas rien. 30 ans sur terre, ça laisse le temps d’accumuler des souvenirs, d’être satisfait de son parcours, d’être conscient de ses erreurs aussi. Mais je fais partie (pour combien de temps encore?) de ceux qui ne se retournent pas. Le temps ne coule que dans un sens, rien ne sert de regarder en arrière et de se morfondre. Essayer de s’améliorer pour le temps qui nous reste est à mon avis une meilleure option.

Je ne suis pas mécontente du chemin parcouru jusqu’ici, j’aurais quand même réussi certaines choses : un cursus universitaire honorable, sans heurts, couronné par l’obtention de deux Master 2 et un doctorat qui touche à sa fin (mes 31 ans, à la différence de mes 30, seront certainement vécus dans l’allégresse ou le désespoir le plus total vu que c’est à peu près à cette même date, dans un an, que je prévois de finir cette satanée thèse). Une année passée dans un drôle de pays dans lequel tout le monde croit qu’on trouve du chien en ragoût à tous les coins de rue, alors que pour en trouver il faut bien chercher, c’est moi qui te le dis. Une poignée d’ ami(e)s fidèles, de très belles rencontres, des gens que j’aime. Je crois ceci dit que le meilleur reste à venir, car j’ai enfin entrepris de régler ce qui cloche chez moi, ce qui m’empêche parfois d’avancer, de vivre les choses pleinement et avec légèreté.

Partant de là, je ne peux qu’être confiante pour la suite. J’évite de me poser des milliers de questions, de me demander où je vais travailler à l’issue de ma thèse, par exemple. Ou si je vais finir par sortir d’un certain tunnel amoureux. On verra bien, la vie est longue et je suis sereine. Je crois que c’est ce qui m’a manqué toutes ces années, cette sérénité lucide. Avant, j’étais plutôt du genre insouciante aveugle. J’étais légère, mais toujours en fuite. J’ai longtemps fui ma propre vie, à présent je veux l’investir. J’ai bon espoir de pouvoir, enfin, m’ancrer un jour pleinement dans le présent sans toujours loucher sur l’horizon, en attendant je ne sais quoi de mieux. Je vois déjà les fruits de mes efforts et de ma transformation et c’est un soulagement sans nom.

Je suis très curieuse de l’avenir, je me demande ce qui m’attend et je me dis qu’il y a certainement encore beaucoup de bon qui me tend les bras. Il y a tant de choses à faire, tant de choses à découvrir, tant de gens à rencontrer. Dit comme ça, ça fait un peu générique de dessin animé, mais j’aime l’idée. La vie est définitivement ce qu’on en fait, je ne veux plus me laisser porter, je veux mener la barque. La plénitude n’arrive pas d’un coup de baguette magique, il faut savoir l’amener à soi. J’essaie d’arrêter de réfléchir et de faire ce qui me fait envie, sans penser à mes blocages. Un stage de danse le weekend prochain? Banco, allons-y. Peu importe que je m’y inscrive seule et que mes pas de base ne ressemblent pour l’instant à pas grand chose. J’y retrouverais sans doute les assoiffés de swing du cours du mercredi et on rira ensemble du chemin qu’il nous reste à parcourir pour danser comme des dieux.

Je n’ai plus envie d’être la gamine de 7 ans qui restait seule chez elle les après-midi, par confort et par timidité, qui s’angoissait à l’idée d’être laissée quelques heures au centre aéré au milieu des autres enfants. Plus envie d’être celle qu’on forçait à socialiser alors qu’elle n’en avait pas envie. Plus envie d’être celle qui pensait que toute erreur ou gaucherie serait décelée par les autres – comme si les autres n’avaient que ça à faire que de me regarder. Plus envie non plus d’être cette ado dont on brimait la féminité en lui faisant une réflexion dès qu’elle ne correspondait plus à l’idéal de l’enfant asexué. Je ne veux plus ni être recroquevillée, ni être bridée. Les chaînes psychologiques, c’est fini, j’en ai soupé. Je veux être celle que je veux voir, celle dans laquelle je me reconnais. Finalement, je crois que si avoir 30 ans ne me fait rien, c’est parce que j’ai compris très récemment que j’étais enfin sur la route qui me menait à moi. Alors franchement, écrire son âge avec un 2 ou un 3, quelle importance. 30 ans n’est pas la fin de la jeunesse, ni le début de l’âge. C’est juste la suite qui commence.

Il faut quand même que je vous dise que cet article anniversaire sera le dernier de ce blog. Je ferme Absently Sullen, simplement parce que je sens que la fin est arrivée. Voilà presque trois ans que j’écris ici, trois ans pendant lesquels beaucoup de changements se sont produits. J’ai besoin de laisser certaines choses derrière moi, besoin de tourner une page. Toute chose à une fin et ce n’est pas triste. Je laisse cet espace en l’état pour l’instant, la boîte mail du blog sera également encore en service quelques temps, au cas où quelqu’un aurait quelque chose à me dire. Merci de m’avoir lue.

Une femme vaut mieux que deux tuent Laura (Palmer).

Je ne pouvais pas ne pas écrire d’article en ce 8 mars, journée internationale des droits de la femme, vu que mes recherches portent sur le féminin et que je passe des heures à cogiter sur le sujet. A la base, je comptais me mettre au lit avec une série (celle qui se passe dans un hôpital dans lequel il y a autant de médecins femmes que de médecins hommes), mais le statut facebook d’un de mes contacts m’a interpellée : "La journée de la femme est hypocrite, c’est tous les jours qu’il faut lutter contre les inégalités". Certes. Sur ce point je suis d’accord. De même qu’on n’attend pas la fête des mère pour aimer sa maman, ni Noël pour manger du foie gras (si?) on n’attend pas le 8 mars pour devenir féministe ou lutter contre le sexisme ordinaire. A mes élucubrations sur l’utilité et la légitimité d’instituer une journée dédiée aux femmes, je n’ai pas encore de réponse. Comme toujours, vis-à-vis de ce genre d’initiative, je suis ambivalente.

Cette journée rappelle à tous que oui, aujourd’hui, en 2012, dans le monde, même dans notre pays à peu près civilisé, l’homme est encore le référent universel, les femmes sont encore considérées comme une minorité et sont encore victimes de discriminations. Et une piqûre de rappel ne fait JAMAIS de mal. Cependant, quelque part ça me dérange : les droits de l’homme, que l’on devrait d’ailleurs plutôt appeler droit des humains, étant censés être les mêmes pour tous les individus, quel que soit leur sexe, pourquoi devrait-on insister sur les droits des femmes? Pour rappeler que les inégalités subsistent, me répondront certains. Et je serais d’accord. Mais instituer une telle journée, n’est-ce pas entériner ce statut de minorité, n’est-ce pas cautionner la division du genre humain comme si, dans le monde, il y avait d’un côté les hommes et de l’autre les femmes, perpétuellement en opposition?

Ça fait un moment que je m’interroger sur cette division homme/femme. C’est une notion qui nous vient des premières critiques du capitalisme : de la même façon qu’il y a division entre les riches et les pauvres, il y a une division entre les hommes et les femmes. Je simplifie à dessein (Marx pour les nuls, ce sera une autre fois). Moi qui travaille sur un pays qui fut (et demeure, dans une certaine mesure) communiste, j’ai bien noté qu’idéologiquement, la société communiste n’est pas divisée entre les hommes et les femmes, mais entre les bons et les mauvais révolutionnaires. Hommes et femmes, même combat – quitte, d’ailleurs, à nier le féminin, mais ce sera aussi pour une autre fois. Ce n’est qu’avec l’ouverture capitaliste de ce pays que les inégalités visibles entre hommes et femmes ont réapparu.

On comprend qu’après 30 ans de "camarade" par ci et "camarade" par là, uniformes pour tous, cheveux courts, les femmes, sous l’influence du monde occidental qui plus est, aient sauté sur ce qui leur donnait une apparence de femmes. Mais pourquoi, si vite, les femmes sont-elles redevenues des produits de consommation comme les autres? Pourquoi, si vite, les inégalités sexuelles ont-elles refait surface? Un bon coco vous dirait que c’est la faute au capitalisme. Il n’aurait peut-être pas tort – je ne me suis pas encore assez penchée sur l’organisation des sociétés pré-capitalistes pour avoir les idées bien claires et ne pas dire de bêtises. Personnellement, ce que j’en dit, c’est que modifier les superstructures sans s’attaquer aux fondement de la pensée ne change en rien les mentalités ancrées. Je crois que durant ces 30 années, la partie masculine de la société, malgré l’égalité proclamée, n’a jamais réellement considéré la partie féminine comme son égale, en vertu d’un héritage culturel de centaines d’années de patriarcat bien solide.

Une petite digression simplement pour revenir au sujet initial, à savoir qu’instituer la journée de la/ des femme(s) ne changera jamais rien en profondeur si les mentalités n’évoluent pas en parallèle. Quand le débat sur le mademoiselle a fait rage, j’étais, comme d’habitude, ambivalente. Certes, voici une inégalité, mais n’a-t-on pas mieux à faire que de s’acharner sur des formulaires? Puis, quand la circulaire a été votée, j’ai vu les choses avec un regard neuf. S’attaquer au "mademoiselle" sur les papier administratifs c’est, pour une fois, s’attaquer aux fondements des institutions. Eliminer le statut matrimonial des femmes  de leur identité, c’est réellement, enfin, éliminer la fameuse "domination masculine". Le débat a fait couler beaucoup d’encre, certains n’y ont vu aucun intérêt, mais à présent, je vois clairement l’enjeu : peut-être que dans quelques (dizaines de) décennies, quand les générations futures auront vu défiler des milliers de formulaires devant leurs yeux, la définition d’une femme à travers son statut conjugal deviendra un non-sens, voire ne se pensera même plus. Et là, ce seront enfin les mentalités qui auront évoluées. Ce ne sera peut-être pas une grand victoire, mais ç’en sera une tout de même. Il faut commencer petit.

Voilà donc ma rachitique contribution qui ne sert à rien, toute en digressions, réflexions, sans queue et sans tête, à la journée de la femme. Avec, en prime, le titre le plus lourdingue de toute l’histoire de mon blog (mais j’en suis quand même contente, j’ai un peu honte).

Pourquoi je vais finir ma thèse et me reconvertir.

Parce que comme me l’a fait remarquer ma consœur de douleur Naruwan, un seul poste de maître de conférence s’est libéré dans notre filière pour la rentrée 2012. Ce qui veut dire que ce sera sans doute peu ou prou la même chose pour les années à venir. Sachant qu’on doit être une trentaine de candidats à postuler chaque année, on saisit tout de suite l’ampleur du problème. Vu que je ne serai jamais la meilleure dans mon domaine, je n’ai pas grande chance d’être prise. Ça ne m’empêchera pas d’essayer, notez bien, mais me voilà en train de ravaler tristement mes ambitions universitaires, parce qu’il ne faut pas se faire d’illusion, même si un coup de bol est toujours envisageable. Il y a toujours possibilité de travailler sur des postes de contractuel ou de vacataire, mais la précarité à long terme n’est pas une perspective très alléchante.

En attendant j’ai un boulot, pas bien payé certes, mais qui me laisse du temps à côté. Selon toute probabilité, je serai docteur à 31 ans et des brouettes. Ce sera peut-être la fin de l’histoire. Merci mademoiselle, nous vous accordons les félicitations, ou pas, bon vent et battez-vous bien pour obtenir un poste. Ma trace dans le monde merveilleux de l’université se limitera à trois articles publiés dans des revues que personne ne lit, puis je me désintègrerai dans les limbes. A ce stade, un plan B est nécessaire, et vite.

Alors oui, le monde est grand et il y a des tas de choses à y faire. Mais qu’ai-je envie de faire, exactement? Rien serait la réponse appropriée. Dans mes rêves les plus fous, je serais rentière, je m’achèterais une grande maison de maître à la campagne, que je décorerais avec de la récup’ et des meubles anciens chinés chez les antiquaires. Je recevrais mes amis, qui viendraient se réfugier chez moi quand la vie serait trop difficile ou qu’ils auraient besoin d’un bol d’air. Ma maison serait une demeure collective où chacun pourrait aller et venir à sa guise, une espèce de maison d’hôte. Chacun y vaquerait à sa tâche, écrirait, gratterait son violon ou taperait sur ses cymbales. Le soir nous mangerions tous ensemble à la grande table en bois, on fumerait des cigarettes en buvant du vin, on discuterait passionnément. On ferait des bœufs dans le jardin, la vie serait douce. Chaque jour amènerait un nouveau départ ou une nouvelle arrivée, tout serait immuable et pourtant toujours neuf. Bref, je serais la Jeanne, mais en plus sexy, en plus jeune et en moins désargentée.

Mais bon, je ne suis pas encore rentière, alors je me creuse la tête pour trouver des alternatives. On ne sait jamais ce que la vie sera, mais il me fait déterminer 1/ ce que je sais faire 2/ ce qu’il m’est possible de faire pour vivre. Une fois déterminé ces choses, voir combien d’entre elles sont compatibles et si elles sont viables à long terme (car coupler ce que je sais faire et ce qui m’est possible de n’aboutira pas nécessairement à la panacée.) Deuxième équation : voir si ce que j’aime faire peut donner lieu à une activité rémunératrice. Qu’est-ce que j’aime faire, au fait?

1/ Ecrire. Comme chacun le sait, écrivain n’est pas le métier le plus sur de l’univers, et ce n’est pas demain que j’obtiendrais le prix Goncourt (parce que pour obtenir le prix Goncourt, non seulement il faut avoir écrit un roman, mais il faut aussi avoir écrit d’autres romans avant celui qui reçoit le prix. On n’est pas rendu, mes braves.) Alternative : écrire des trucs futiles et faciles, type chick litt ou romans érotiques à soumettre aux éditions Harlequin (c’est un exemple, Harlequin ne publie que des romans américains et emploie une armée de traducteurs – oui, je me suis renseignée) pour manger, et se consacrer à des choses un peu plus profondes à côté. A méditer. Et peut-être à tenter (sous un pseudo, faut pas déconner non plus). A mon avis, on doit se payer une bonne tranche de rigolade à composer un chef-d’œuvre à base de "Quand Rebecca vit Brandon sortir de sa Ferrari rouge sang, son corps se consuma comme jamais. Pourquoi, mon amour, m’as-tu quittée, songea-t-elle? Je n’ai jamais pu t’avouer ce terrible secret qui me ronge, et à présent que tu es parti ma vie est un champ de ruines sans fin."

2/Gratouiller ma guitare. Une activité dilettante qui ne m’apportera pas la fortune, même si je gagne à la Nouvelle Star (encore faudrait-il que je m’y présente et que je ne sois pas refoulée avant Baltard. Là n’on plus, on n’est pas rendu). Se prendre pour Alela Diane, c’est cool, mais quand on a la voix qui part en sucette dans les aigus, on se dit qu’une carrière artistique n’est pas encore envisageable.

Voilà. Comme me le disait mon copain de caserne, le bonheur pour le cithariste, selon Aristote, c’est de bien jouer de la cithare. En gros, la clé du bonheur, c’est de cultiver ses talents. C’est vrai : quand j’ai bien écrit, ou composé une petite chanson, je suis contente de moi et détendue. Copain pense que le mieux serait de se trouver un boulot pas trop chiant qui me laisse le temps de me consacrer à ce que j’aime à côté. En même temps, vu qu’il ne me voit pas universitaire car je n’ai pas un rapport assez narcissique à mon travail et que je produit invariablement dans la douleur, je me demande s’il faut l’écouter (en vrai, je sais qu’il a raison, le bougre, ça fait longtemps que je pense ça et je le déteste de voir si clair en moi parfois. Grrrr.) Donc, si vous avez des idées de boulots pas trop chiants et pas trop mal payés (genre fonctionnaire à la sécu, mais quand même en moins rébarbatif, merci), je suis tout ouïe. Et si vous avez un gros chèque à me donner, je prends aussi. Pensez à tous ces chercheurs et musiciens de génie qui trouveront refuge dans ma maison de campagne : c’est beau d’être mécène, non?

El palacio

Je suis quelque peu coupée du monde et vais le rester jusqu’à la fin du mois, quand je récupérerai une connexion digne de ce nom (pour l’instant, je me débrouille avec un wifi public capricieux, Bouygues dans le salon et Sfr dans la chambre, quand ça veut bien fonctionner).

Vu que l’on m’a réclamé à cor et à cri des photos de mon chez moi, j’a choisi le coin le plus abouti, c’est-à-dire, pour l’instant, le bureau. On en est là :

Vu la vitesse de téléchargement de la photo (j’aurais eu le temps de me faire cuire des oeufs au plat, de me sécher les cheveux et d’écouter en entier un double CD de Biolay avant qu’elle n’apparaisse en entier, si vous voyez ce que je veux dire), on va en rester là pour aujourd’hui.

A la Saint-Valentin, ronge ton frein. Ou pas.

Alors oui, c’est la Saint-Valentin. Personnellement, ça me fait une belle jambe. Tout le monde sait qu’un certain Vilain Lacanien – qui rejoint donc officiellement le camp des Vilains avec le Matheux – s’en est allé vers de plus vertes (et jeunes) contrées il y a peu. Ceci dit, quand bien même, vu le Sieur, j’aurais pu l’attendre, mon bouquet de fleurs ou ma petite attention, alors l’un dans l’autre, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Las, je sais cependant qu’il a dit à mon copain de caserne que je suis une fille très fine, dotée d’une exceptionnelle intelligence, et belle par surcroit (ce que je soupçonne, même si je sais qu’il le pense, être une stratégie pour que la phrase me soit répétée et ne pas paraître trop détestable à mes yeux, traumatisé qu’il doit être que je ne veuille plus le voir) (parce que là, il faut bien avouer que je frôle la perfection, c’est à se demander pourquoi il est parti, n’est-ce pas). Mais tout ça ne me fera pas obtenir le si convoité joli médaillon en forme de coeur à partager avec mon dulcinée, offert dans un écrin de velours rouge entre une coupe de champagne et un mi-cuit au chocolat. (Docte lecteur, une partie de cette phrase constitue une désopilante blague, à toi de retrouver laquelle).

Sinon, je suis chez mes parents, en stand-by entre mes deux appartements, et je profite d’avoir une connexion Internet vaillante pour vous abreuver de mes aventures. Je fête allègrement la Saint Traversin, et ce depuis trois jours, en faisant joyeusement le tour du cadran et me levant à des heures indécentes. Je fête également la Saint Fifrelin, en me ruinant de façon inconsidérée dans d’indispensables étagères en pin naturel, barres de support et cornières (une bibliothèque d’angle prendre demain forme sous mes yeux, comme construite des blanches mains de mon papa par magie), nouveau pommeau de douche, suspensions japonaises fleuries en papier, etc.

Je trépigne d’impatience à l’idée d’aménager mon nouveau nid, et de pouvoir travailler au soleil. Travailler, parce que ces temps-ci, c’est le niveau zéro de l’avancement de la thèse, l’objectif des sept pages par semaine est une vaste blague perdue dans un champ de cartons et de meubles en vrac. Un déménagement, ça vous tue une bonne résolution intellectuelle. Mais je me vois déjà à mon bureau près de la fenêtre, avec ma tasse de thé préparée dans ma graaaande et fonctionnelle cuisine américaine, les orteils battant la mesure sur le sol parqueté. A chaque jour sa quête, cette après-midi je m’en vais chasser le rideau féroce. Et comme je suis quand même une gentille fille, je souhaite une bonne et grosse fête aux amoureux en n’espérant même pas qu’ils s’étouffent avec une part de fraisier.