Brève d’entreprise #1 : La porte ouverte à toutes les fenêtres.

Le bureau des joyeux drilles du service musique dispose d’une fenêtre – une vraie, avec  des vitres en verre et un encadrement – qui donne sur le couloir et constitue le moyen privilégié d’échanger avec eux. Enfin, quand nous daignons nous déplacer, car en réalité notre chat d’entreprise permet, via sa fenêtre virtuelle, de discuter avec tout le monde sans quitter sa chaise.

11:59

<sound_designer>   Et pourquoi pas une attirer l’attention des clients sur les nouveaux burgers à la viande humaine dans le plan de communication de *chaîne-de-restauration-rapide* ?

<emily>    <3 <3 <3 <3

<sound_designer> Aaaah, je savais que tu serais ma grande copine !

14:38

<emily>   Dis moi, quand vous faites une présentation client et que vous ne décrochez pas le contrat, est-ce que vous avez des retours sur le pourquoi du comment  ?

<sound_designer> Oui, parfois, sinon on essaie toujours d’appeler pour comprendre.

<emily> J’ai la vague impression d’être dans le salon et d’envoyer un texto à quelqu’un qui est dans la salle de bain…

<sound_designer> Ah ah, oui c’est un coup à prendre, on fait tous ça, on se parle via le chat alors qu’on est à quelques mètres. :)

<emily> Syndrome glue sur la chaise.

<sound_designer> Syndrome feignasse plutôt. Enfin, si tu es motivée pour parcourir l’énorme distance qui nous sépare (NDLR : au moins 3 mètres) tu sais que tu peux venir quand tu veux passer ta tête par la fenêtre !

<sound_designer> Tu as déjà pensé à y mettre un genre de lame de guillotine, histoire de rire un peu ?

<sound_designer> Diantre, tu sais que tu me plais de plus en plus toi !

<emily> N’oublie pas que j’ai été recrutée pour changer les choses, je prends mon rôle très à coeur.

<sound_designer> Je n’en doute pas. Je suis certain que nous allons réaliser de grandes choses ensemble à l’avenir !

<sound_designer> … Je mets un petit panier dessous ?

(Ré)cré A2

En cette période où certains s’apprêtent à partir en congés se faire dorer la pilule au soleil du Cap d’Agde, où d’autres, soulagés, voient enfin le bout de leur tas de copies des épreuves du bac, bref où tout le monde, ou presque, peut se précipiter vers les plages, le barbecue et les chaises longues, j’ai effectuée ma rentrée.

J’avais bouclé mon cartable la veille du grand jour, après avoir vérifié que toutes mes affaires étaient bien dedans : un calepin, un stylo, ma bouteille d’eau, mon repas et un bon livre pour la pause de midi. J’avais également préparé ma tenue, quelque chose de décontracté, pour finalement changer d’avis le matin et opter pour une robe me donnant l’air un peu plus sérieux. Comme je ne connaissais pas le trajet, je me suis levée très tôt. Je n’ai rien pu avaler, oh pas à cause du stress, mais de l’heure matinale. Je suis arrivée un quart d’heure en avance, tout ça pour patienter dans l’attente de la réunion générale. Au moins 6 ou 7 inconnus bien intentionnées sont passées pour me proposer un café, ou se présenter, ou les deux.

Lors de ladite réunion, il y avait des croissants sur la table. Mes futurs camarades ont entonnés d’une même voix, tels les membres d’un groupe de paroles sur la dépendance à la soupe aux champignons, « Bonjour Emily ! ». Ensuite on m’a fait remplir une fiche de présentation, afin de permettre aux autres de me connaître un peu mieux, sur laquelle j’ai précisé que je n’aimais ni le chaud, ni le froid, ni le mouillé, que j’adorais faire la sieste dans l’herbe et que si j’étais un animal, je serais poilue, ou plumue, je ne sais pas. J’ai aussi proposé mes services de passagère de voiture, car je suis une irrécupérable piétonne à qui le chauffeur du bus a paru fort antipathique.

On m’a expliqué comment tout fonctionnait, j’ai pris des notes mentalement et sur papier. J’ai bien écouté toute la journée ce qu’on m’a dit dans l’optique de l’interrogation de fin de semaine qui consistera à évaluer si j’ai compris ou pas. Quelques uns de mes camarades ont été fort sympathiques, surtout le rebelle de la classe aux cheveux longs et aux ray-ban Aviator, qui m’a coachée sur les horaires de bus et m’a gentiment pistonnée pour que son voisin de table, membre d’un groupe électro même pas inconnu, me ramène chez moi après la journée, vu que nous habitons tous les trois dans un mouchoir de poche.

Je suis allée choisir un cahier Oxford dans la salle des fournitures, j’ai pris celui à la couverture rouge, la couleur la plus motivante. Je l’ai posé sur mon nouveau bureau, à côté du casque qui me permettra de rédiger en musique si j’en ai envie. J’ai regardé les affiches musicales, psychédéliques ou potaches accrochées au mur, l’étagère plein de CD’s, les gadgets sur les bureaux voisins ainsi que les quatre autres occupants de ce petit espace. Et là, je me suis dit que mon nouveau job avait l’air franchement cool.

Bienvenue chez les créatifs, Emily.

Ma petite entreprise.

Elle n’est pas encore créée, loin de là. Je n’en suis qu’aux balbutiements, ou plutôt nous n’en sommes qu’aux balbutiements, puisque je ne me suis pas lancée seule dans cette – folle – aventure. Depuis l’émergence du projet, une fin d’après-midi d’été, devant un verre de vin rouge (l’inspiration, par la suite, nous est d’ailleurs souvent venue à l’heure de l’apéro, qui a dit que l’alcool était mauvais pour les neurones ?), l’idée a fait son chemin. J’aurais envie de dire que plus le temps passe et plus elle prend forme, mais, c’est souvent le cas quand on se lance dans l’entreprenariat, la vérité est qu’elle se déforme, se reforme, se métamorphose au fur et à mesure. Elle se précise pourtant, nous la modelons pour qu’elle nous ressemble, et surtout pour qu’elle plaise, pour qu’elle soit innovante, attractive. Nous nous mettons à la place de nos futurs clients, nous nous efforçons de penser de leur point de vue et non du nôtre. Nous avons des ambitions parfois démesurées qui sont vite rattrapées par la gravité terrestre et particulièrement par la riquiquinesse de notre capital de départ qui nous oblige pour l’instant à voir les choses sur une téloche carrée en noir et blanc plutôt que sur un écran de ciné 2.35 en couleurs. Mais, paraît-il, chi va piano va sano (mieux vaudra tout de même ne pas aller si piano que ça dans un pays qui taxe les entreprises à 30% – cela étant si je me fais un jour l’avocate du MEDEF, promettez-moi de m’achever, d’accord ?) et c’est au pas que marche notre duo, avec sur le dos le poids d’une tâche qu’une colonie de Titans ne serait pas de trop à porter.

Fortes de notre nouvelle ambition, nous avons été sélectionnées pour faire partie d’une formation (intense) à la création d’entreprise qui se déroule sur 4 mois, et qui est, il faut le dire, un vrai presse-citron cervical. Tant est si bien qu’au bout de plusieurs semaines, la fatigue aidant et diminuée par l’ébullition constante de mes neurones, j’ai perdu tout mon jus. L’irrigation a repris, mais il faut bien se l’avouer, créer sa propre affaire est énergivore au possible. Et passionnant. J’avoue hésiter encore à propos de la nature profonde d’un porteur de projet : est-il un super guerrier ou un inconscient fini ? Dans tous les cas, je me et nous découvre pas trop mal armées pour la bataille – qui l’eut cru ? Qui aurait cru, en effet, que je me lancerai un tel défi alors que, dix ans en arrière, je regardais avec des yeux ronds sans rien y comprendre l’enseignante me parlant business plan, étude de marché,  joint ventures et entreprises off-shore, subissant ce cours que des malotrus avaient osé intégrer à mon sacro-saint cursus de langues. Tout cela me semblait incompréhensible, dénué d’intérêt et très loin de moi. Simplement, aujourd’hui, je ne suis plus la même et le monde des entrepreneurs me semble si excitant, si dynamique que je m’y trouve comme un poisson dans l’eau. Moi qui pensais être une petite universitaire lunaire et statique, me voilà bien surprise.

Qui aurait cru qu’un jour je bénirais le Ciel d’avoir vécu (parfois subi) un long parcours universitaire et personnel un peu tordu m’ayant fait toucher à des domaines si différents que je suis souvent obligée d’en remodeler une bonne partie pour me mijoter un CV cohérent ? Il n’y a pas à dire, mais être entraînée à l’apprentissage de matières diverses et variées, avoir l’habitude de plancher sur des travaux intellectuels en tout genre nous aide beaucoup toutes les deux à comprendre, emmagasiner, réagir, créer, nous adapter.  Et bosser de longues (très, très longues) heures. Heureusement, j’ai envie de dire, vu tout ce qui nous attend  – si nous ramions déjà au stade de la conception du projet, la suite aurait de fortes chances de ressembler à l’ascension du Golgotha et de l’Everest réunis avec des boulets aux pieds. Là, au moins, on a des chaussures de rando (des escarpins se marieraient certes bien mieux avec la tenue de business women, mais le glamour attendra, pour l’instant, on sue et on se dépense). Oh, bien sûr, il ne faut pas se leurrer, elles n’éviteront ni les ampoules, ni les glissement de terrains, mais si nous nous retrouvons ensevelies sous une avalanche, nous aurons au moins la satisfaction d’avoir tenté de grimper jusqu’au sommet. Parce qu’en prenant de la hauteur, on voit beaucoup plus loin, et, toute victime du vertige que je suis, c’est beau de voir l’horizon s’étendre à perte de vue.

Une histoire de Job. Ou de Crésus.

En France, on ne parle jamais d’argent.  C’est vulgaire d’étaler sa richesse, c’est tabou d’étaler sa pauvreté. Moi, aujourd’hui, j’ai envie de parler d’argent, ou plutôt du rapport que les gens ont avec leur salaire et leur compte en banque. Je crois que ceux qui me surprennent le plus, dans mon entourage, sont ceux qui ont un pied en dehors de la réalité. Je ne parle pas de ceux qui gagnent des millions à ne plus savoir qu’en faire et qui achètent des trucs parfaitement lambdas à peu près mille fois plus chers que ceux que toi, simple mortel au salaire à quatre chiffres, tu achèterais dans ton supermarché du coin – je ne connais pas de telles personnes. Je veux parler de ceux qui aiment se plaindre et ne s’aperçoivent pas qu’il n’y a vraiment, vraiment pas de quoi.

Avant tout, je vais tomber dans le mauvais goût le plus plébéien en dévoilant tout de mes ressources, histoire de dresser le décor. Ce que je gagne, aides comprises, me situe très exactement au niveau du seuil de pauvreté (si tu n’as aucune idée du montant qui fait de toi un pauvre en France en 2015, Google le sait). Pour info, c’est un revenu à 3 chiffres. Tout compte fait, loyer déduit, je dois vivre tous les mois avec l’équivalent du prix d’une couronne en céramique (ou d’une paire de Louboutin, pour ceux qui préfèrent le glamour à la chirurgie dentaire). Pour moi les anniversaires, c’est compliqué. Et je ne te parle pas de Noël. Les déplacements lointains, ce n’est même pas la peine d’y penser – j’ai passé l’année dernière une semaine riquiqui entre Bruxelles et Lille, logée et presque nourrie, qui a tout de même achevé mon compte en banque. A part cet exotique voyage, je ne me suis pas financée de vacances depuis cinq ans.

Je ne suis pas en train de dire que je suis malheureuse, cette vie, je l’ai choisie, du moins en partie – je vous reparlerai peut-être un jour des circonstances intimes qui pèsent dans la balance et font qu’on se retrouve à faire un job purement alimentaire et inintéressant (mais cool) alors qu’on est capable et (très) diplômé. Je dis simplement que j’en ai assez d’en entendre certains se lamenter alors que visiblement, ce qui leur manque, ce sont des notions de gestion financière ET une paire de jumelles pour pouvoir contempler de près ce que c’est vraiment « ne pas s’en sortir ». Ne pas s’en sortir, c’est quand tu n’as pas assez pour manger à la fin du mois, c’est être dans le rouge le 5 une fois ton loyer payé et ne pas savoir comment tu vas faire les 25 jours suivants. Ne pas s’en sortir, je ne sais pas ce que c’est. Se serrer la ceinture, relativement, et encore, j’ai plutôt envie d’appeler ça lésiner sur ce qui n’est pas essentiel, parce que j’ai de quoi avoir un toit sur la tête, du chauffage, de la nourriture dans mon assiette et même parfois, soyons fou, des fringues et une nouvelle paire de chaussures (en soldes ou sur ebay les chaussures, faut pas déconner).

Alors quand un couple avec deux salaires et pas d’enfant te fait le coup des jérémiades parce que la vie est chère, et le crédit voiture à payer, et le loyer, et les courses, et trouve quand même le moyen de se barrer deux fois par an au ski et en Turquie, tu hausses un sourcil. Quand un de tes amis célibataire, locataire et en CDI, qui gagne presque trois fois plus que toi t’annonce doctement pour la trentième fois et la quatrième année consécutive que toi, tu as trouvé le bon plan en ayant un job alimentaire (précaire car en CDD, entre parenthèses) à côté de chez toi, alors que lui doit faire une demi heure de voiture pour aller bosser 4 fois par semaine, que le carburant ça coûte cher et qu’il « ne s’en sort pas », tu te pinces. Quand tu vois celui qui est à présent ton ex (heureusement) paniquer complètement parce qu’il est chômage (ça n’a pas duré) alors qu’il a 30.000€ sur son compte épargne et pas de crédit en cours, tu te dis que les gens sont un peu tarés quand même. Quand ceux qui ont le même revenu que toi mais pas de loyer à payer – mon loyer pèse 55% de mon maigre budget – osent te dire qu’ils sont pris à la gorge, tu commences à souffler. Et quand tu entends le chant des lamentins qui ont les moyens de partir en avion se la couler douce à 12 fuseaux horaires de distance mais que quand même ouin-ouin la vie est dure, tu as envie de balancer des coups de savates dans le derche.

Mais bon sang, qu’est-ce qui ne va pas dans vos têtes ? Regardez l’intérieur de vos caddies, de votre maison, je ne sais pas moi, repensez votre façon de consommer, repensez-même votre façon de penser (parce que là, ce n’est plus possible) ou alors sautez directement par la fenêtre si vraiment la vie est si ingrate. Je ne vais pas vous parler de mon amie dont la famille (4 personnes) vit de façon heureuse avec l’équivalent de mon revenu mensuel, car vous ouvririez des yeux ronds. Le système D, les dépenses intelligentes, l’élimination du superflu, ça existe. En soi, je me fiche de ce que vous gagnez, mais pitié, cessez de chouiner alors que vous avez de quoi vivre très correctement. Je suis dans une situation beaucoup plus précaire que la quasi totalité des personnes que je connais, et je trouve que ce n’est pas si dur. Angoissant un peu, car je ne sais pas de quoi demain sera fait. Frustrant, certainement. Ce qui me manque, c’est de pouvoir changer d’air quand j’en ai besoin (et Dieu sait qu’en ce moment, j’en ai besoin), vivre des choses nouvelles, voir de nouveaux paysages, faire ce dont j’ai envie, car je piétine un peu sur place. J’ai envie d’un certain cours de danse, j’ai envie d’un stage de voile, j’ai envie de voir le Groenland, le Canada et j’ai envie de retourner en Chine, je voudrais parfois juste pouvoir partir un weekend en train sur la côte Atlantique, mais je ne peux pas. En soi, ce n’est pas grave. J’ai des projets en cours qui me motivent, un amoureux attentionné et fiable, un chat, de la bonne musique dans mon ordinateur, des bons livres dans ma bibliothèque, de chouettes amis et je vis au soleil.

Ça me rend assez triste, à vrai dire, d’entendre les plaintes aigries de ceux qui ont oublié ce que c’était de vivre avec pas grand chose – car nous avons presque tous été étudiants en même temps, à galérer un peu, s’asseoir par terre car on n’avait pas forcément de canapé, à récupérer des meubles dans la rue, et on était contents ainsi. Je ne sais pas si c’est ça, devenir un travailleur adulte, se plaindre de tout et se placer en position de faiblesse par rapport à la vie avec sa coquille d’oeuf sur la tête parce que c’est trop injuste et beaucoup trop difficile, faire de la tachycardie parce que oh mon Dieu les prix ont augmenté à Casino alors qu’on n’est franchement pas dans le besoin. Ceux de mon entourage qui se plaignent n’ont jamais expérimenté ou vu la vraie pauvreté – leurs parents sont propriétaires de leurs maisons, parfois avec piscine, ils leur ont financé des activités quand ils étaient gamins, ils n’ont jamais manqué de rien. Ils n’ont jamais vécu en HLM, ou dans une caravane, ou dans la rue. Je sais bien qu’à chacun sa peine, qu’on peut être malheureux et avoir de l’argent, mais chouiner sur sa situation financière quand on a la chance d’en avoir une, c’est juste indécent. Et ça me donne envie d’écrire un billet d’humeur.

You’re Making [My] Head Whirl.

Je suis amoureuse de Jesse Tabish. Ça fait bien deux ans que ça dure.

Je l’ai rencontré pour la première fois en surfant paresseusement de session acoustique en session acoustique sur Youtube, à la recherche d’une musique folk qui aurait ravi mes oreilles. Je suis tombée sur quelques perles, mais lorsque j’ai appuyé sur le bouton « play » du concert d’un groupe qui m’était inconnu, j’ai été frappée par la foudre.

On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres, l’amour au premier regard.

A ma décharge, je n’aurais pas pu ne pas l’aimer. C’était écrit, c’était lui, c’était moi. Une évidence. Ma biographie en a décidé ainsi. Parce que mes yeux d’enfant ont contemplé des années durant le portrait de John Lennon version Jésus Christ accroché sur le mur de l’entrée :

Parce que je garde un souvenir ébloui de la découverte d’un vieux photomaton de mon père, daté de 1976 (que ceux qui me suivent ont déjà vu) :

Parce qu’il paraît que dans le fond, je suis une indécrottable hippy qui voue une adoration sans borne aux chevelures dans lesquelles on peut accrocher des fleurs et aux barbes de trois mois. Ça, c’est mon homme qui le dit – tout ça parce que j’ai eu le malheur de lui faire remarquer un jour que se baigner nu, c’est trop bien (dormir sans caleçon pour lui, c’est déjà toute une histoire) et que je frétille devant les Combi Volkswagen (comme tout le monde). M’est avis qu’il est jaloux parce qu’il doit former chaque matin de courts pics sur sa tête à l’aide d’une pâte modelante au lieu de se laisser emmêler la frange par le mistral.

Mais Jesse, c’est bien plus que ça. L’image couplée au son m’a fait tomber à la renverse. Quand j’ai découvert qu’il se produisait cet été en Albion, j’ai exulté. Quand j’ai constaté que le prix des billets d’avion dépassait de loin mon budget, je me suis roulée par terre de désespoir. (Perfide est cette terre, perfide elle restera…).

Depuis je me contente de le chérir de loin, persuadée qu’un jour je croiserai son regard miel, l’attraperai par les boucles en lui hurlant « Fais-moi mal, Jesse » et lui avouerai en pleurant combien sa musique est géniale et combien j’ai attendu ce moment. A mon image, donc, tout en modération.

Crédits Francesca Saracauli, tous droits réservés. ttp://www.francescasaracauli.com/portraits.html

Crédits Francesca Sara Cauli, tous droits réservés. http://www.francescasaracauli.com/portraits.html

Jesse, c’est un peu mon grand gourou de la musique et de l’amour, ma clé de sol, mon kamasûtra mental, ma douce brise d’encens dans les rues odorantes, les clapotis frais du ruisseau dans les nuits moites de juillet, le désert de poussière magique de l’Oklahoma, mon hobo portant au creux du coude le sac de Mary Poppins, la nuée d’étoiles qui guide mon vaisseau spatial dans l’immensité interstellaire, le Saint Esprit enfin libéré du Père et du Fils, et des vagues orgasmiques musicales toujours renouvelées.

Ah, Jesse…

In cauda venenum.

Je ne me rappelle même plus combien j’ai annoncé de ruptures amoureuses ici.

Tu étais doux, gentil, humain. Mais tu aimais avant tout être aimé. On s’est reproché beaucoup de choses, mais le fond du problème, qui est un classique des classiques, c’est que tu es incapable de faire de la place à quelqu’un dans ta vie, car  tu es incapable de te donner totalement. Ton nombril prend tellement de place qu’il remonte jusqu’à ton coeur. C’est triste, si tu veux mon avis. J’en ai connu, des types qui n’en valaient pas la peine. J’ai aussi connu des hommes en or, qui sont encore là aujourd’hui. Je n’arrive pas encore à décider à quelle catégorie tu appartiens, dans doute que tu es quelque part, au milieu, à hésiter entre les deux. Parce qu’hésiter, c’est encore ce que tu sais faire de mieux. Hésiter entre avancer et reculer, entre aller à droite ou à gauche, accepter tel poste ou ne pas l’accepter, partir ou rester, être engagé ou ne pas l’être, oui, telles sont les questions dans lesquelles tu te noies et tu enlises l’autre.

Personnellement, je n’ai plus goût aux sables mouvants.

La belle vie paire*

[*j’ai honte de ce jeu de mots. Mes confuses.]

Aujourd’hui, j’ai scruté les tatouages de mon collègue tatoué. Pas sur sa vraie peau (parce qu’il ne se déshabille évidemment pas au travail, les jeunes d’aujourd’hui ne font preuve d’aucune bonne volonté), mais sur son facebook (il poste des photos de son corps et attend qu’on les partage ou les like, ça se passe de commentaire) (ah ces jeunes). Ensuite, il m’a montré une image sur laquelle est représentée un bonhomme couvert de zones allant du jaune au rouge supposées indiquer aux futurs masochistes à quel point ils vont pleurer leur mère s’ils se lancent dans l’aventure du coloriage corporel. How Much Your Tatto Will Hurt, que ça s’appelle.

Et bien les amis, je vais douiller et pas qu’un peu.

Enfin, ma douille attendra le budget qui est pour l’instant inexistant (j’ai bien songé à servir de cobaye à un sadique artiste débutant moyennant gratuité ou grosse remise, mais j’ai peur de me retrouver avec un tatouage qui serait au dessin ce que les cheveux de Robert Smith sont à l’art capillaire . Imaginez vous trimballer à vie une coupe tout droit sortie de Tchip Coiffure : oui, ça fait hésiter). Pour me consoler, je suis allée fouiner aux Galeries Lafayettes, où j’ai essayé des robes incroyablement chères pendant deux bonnes heures.

En rentrant à la maison, je me suis enfin décidée à aller lorgner dans le nouveau restaurant à sushis qui a ouvert près de chez moi, pour voir si par hasard il n’y aurait pas là quelques denrées végétariennes à me mettre sous la dent. Alors que je saisissais un prospectus, je suis tombée nez-à-nez avec un charmant spécimen rencontré au boulot deux ans auparavant et que je trouvais fortement choupinou. Parfois, voir se matérialiser devant mes yeux un fantasme vivant me rassure sur ma santé mentale et sur ma capacité à ne pas faire une fixation pathologique sur Oberyn Martell et son caftan jaune. On a discuté quelques minutes, lui avec son éternelle clope au bec et sac à dos, et moi en mode Fran Fine gloussant devant Mr Shefield.

Puis je suis rentrée chez moi, mais comme je suis contente, j’ai décidé de vous faire un cadeau :

"J'ai envoyé Jon Snow se rhabiller".

« J’ai envoyé Jon Snow se rhabiller ».

Ne me remerciez pas.

Miscellanées du dimanche.

Un petit tour à la plage …

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… et un spectacle sans queue ni tête vu à l’Opéra (mais le lieu seul suffit à me réjouir).

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Nous sommes ensuite allés voir « Yves Saint-Laurent » au cinéma, puis, pris d’une pulsion subite, nous avons eu envie de manger des frites. Le Mac-Do (malheureusement) nous appelait de ses néons. On se demandait un peu ce qu’on faisait là, au milieu des étudiants, mais c’était assez drôle (exception faite, bien entendu, des bovins morts dans les big macs, des restes de poulets broyés dans les nuggets et des tonnes de déchets produits par le plus infime des repas). Note pour moi-même : me souvenir la prochaine fois que je suis supposée boycotter ce type de chaînes. Le point positif, c’est que le Violoniste s’est souvenu qu’il avait chez lui une friteuse qui trainait en haut d’une étagère. La prochaine fois, nous éplucherons donc de bonnes Bintje plutôt que d’engraisser le grand capital.

A part ça, je suis en train de vous concocter un article cinéma pour la prochaine fois.

Oui, bon, je sais.

Je suis un peu absente, mais quelques soucis de santé m’ont prédisposée à me terrer sous ma couette plutôt que d’écrire quoi que ce soit. J’ai donc ingurgité ces deux dernières semaines beaucoup d’épisodes de Game of Thrones, retrouvé avec bonheur Mr Selfridge, visionné (enfin) l’épisode de Noël de Downton Abbey et téléchargé fait l’acquisition par des moyens tout à fait légaux de la saison 1 de Masters of Sex, histoire d’occuper agréablement ce qui reste de longues soirées d’hiver.

Sinon, vu que j’ai un sens profond de la mesure, suite à une affaire dont je vous épargnerai les détails, j’ai craché mon venin à la tête du Violoniste en l’accusant d’à peu près tous les maux de la terre – de l’ouverture de la boîte de Pandore aux plaies d’Egypte, en passant par les épidémies de peste médiévales. Puis on s’est réconciliés. L’occasion étant trop belle pour être ratée, j’ai aussi honteusement profité de sa réquisition pour un déménagement dans la ville où j’ai passé toute mon adolescence pour aller rendre une visite semi-éclair à un petit couple de mon coeur qui est revenu s’y installer et y a pondu un gaminou et une gaminette. J’ai maintenant un dessin de dragon qui trône fièrement dans ma cuisine, et, cerise sur le gâteau, me voilà propriétaire d’une délicate paire de boucles d’oreille réalisées par une créatrice qui fait de bien jolis bijoux en tissu japonais (je vous invite à aller jeter un coup d’oeil au site dans quelques jours, quand il ne sera plus en reconstruction. Ci-dessous mon collier préféré, n’est-ce pas qu’il est adorable?).

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Bref, les aléas de la vie ont fait que, si j’avais originellement prévu un mois pour ce travail, histoire de ne pas me presser, il me reste à présent quatre jours chronomètre en main pour rédiger un chapitre en anglais qui sera intégré dans un volume collectif de recherche. Je me souhaite donc tout le courage du monde.