Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself.

Il est des films qui marquent toute une vie. Ces films-là, pour moi, sont au nombre de trois. Trois oeuvres dont je ne me lasse jamais, qui me chamboulent, m’arrachent le coeur -et des larmes- à chaque fois que je les visionne. Bien sûr, j’aime une quantité innombrable de films, beaucoup m’ont touchée, fait rire, ou m’ont simplement permis de passer un excellent moment. Mais ces trois-là sont hors-catégorie. Ils m’ont bouleversée, déchirée. Tous ont un point commun, ce sont des films poétiques qui parlent de femmes et de leurs blessures. 

joy-luck-club-DVDcoverLe premier, que j’ai découvert alors que j’étais adolescente, est  The Joy Luck Club (Le club de la chance) de Wayne Wang, basé sur le roman éponyme d’Amy Tan. Dans le San Francisco des années 80, quatre chinoises ont fondé le club de la chance, un club de mahjong qui les rassemble régulièrement. Le film s’ouvre sur le décès d’une des membres, triste événement qui réunit ses trois amies ainsi que leurs filles. Au fil de l’histoire, l’on apprend la vie de ces femmes, les drames qui ont jonchés leurs vies, les raisons qui les ont poussées à immigrer aux Etats-Unis et les espoirs qu’elles ont emportés avec elles lorsqu’elles ont quitté un pays qui ne leur offait aucune possibilité d’épanouissement personnel. En plus d’un déchirant portrait de femmes, le film est une magnifique évocation des relations mère-filles, de l’amour et de l’incompréhension qui peut exister entre deux générations, l’une marquée par une vie difficile dans un pays aux moeurs encore féodales, qui transfère toutes ses espérances d’une vie meilleure sur l’autre, des jeunes femmes à cheval entre deux cultures, qui tentent de surmonter les difficultés de leurs propres existences.

The Centre Stage, de Stanley Kwan, est un film-documentaire sur la vie de Ruan Lingyu (interpretée par Maggie Cheung), l’uneCE7_CentreStage des figures emblématiques du cinema chinois muet, décédée  à l’âge de 25 ans. Entre les scènes du film sont insérées des interviews en noir et blanc des acteurs et des personnes qui ont connu Ruan. Le film, à travers la vie, les heures de gloire et les espoirs déçus de Ruan Lingyu, qui intégra la nouvelle compagnie cinématographique Linhua, fait revivre la grande époque du cinéma progressiste shanghaien des années 1930 dans une Chine en plein renouveau intellectuel. Calomniée par la presse qui lui prêta des relations amoureuses factices, délaissée par son amant, Ruan se suicida en 1935, en pleine gloire, le jour de la fête des femmes. Lors de son enterrement, trois-cent-mille personnes suivirent son cercueil dans les rues de Shanghai. Les rôles tragiques et sensibles qu’elle interpréta de façon si naturelle  faisaient écho à sa vie. Excellente actrice, femme fragile entrée dans la légende, Ruan, plus de 70 ans après sa mort, fascine encore le milieu du cinéma chinois. 

Enfin, et vous êtes certainement plus nombreux à l’avoir vu, je voue un culte àhours The Hours, de Stephen Daldry, lui aussi adapté d’un roman (de Michael Cunningham). Je ne sais si vous en êtes sortis indemne, mais ça n’est pas mon cas. A travers trois femmes et trois époques, le tableau mélancolique du basculement de vies reliées entre elles par le roman de Virginia Woolf, Mrs Dalloway (dont le titre provisoire était The Hours). Tout d’abord l’auteur du roman, qui en commence la rédaction tout en luttant contre ses névroses et dépressions. Ensuite, Laura Brown, mère au foyer malheureuse dans l’Amérique des années 50, qui commence la lecture de Mrs Dalloway le jour où elle prendra une décision qui bouleversera sa vie. Et Clarissa Vaughan, éditrice à NY, incarnation moderne de Clarissa Dalloway, l’héroïne du roman. J’aime ce film car Meryl Streep, Julianne Moore et Nicole Kidmann constituent un casting plus que parfait. J’aime ce film car j’aime Virginia Woolf. J’aime ce film car quand l’amour, la création, la mort, l’attachement et la souffrance me sont servis sur un plateau d’argent par un trio d’actrices époustouflantes, une mise en scène impeccable et une musique qui prend au coeur, je ne peux que m’incliner et contempler, en pleurant à chaudes larmes sur tant de poésie et de beauté.

Quelques années plus tard, portant toujours ces films et ces destins de femmes en moi, je m’inscrivais en thèse afin de travailler sur des romancières qui mettent en scène des personnages qui leur ressemblent, bien décidée à donner de mon énergie et de mon temps pour présenter aux monde la force de leurs oeuvres. Je n’ai compris que récemment quels avaient été les déclencheurs de cette envie, mais avec du recul tout est très clair: les joies, les blessures et les cris des femmes, d’où qu’elles soient,  me parlent et me touchent très profondément. Aujourd’hui, je pleure en lisant certains romans comme j’ai pleuré devant ces films, car toutes ces femmes font partie de moi, leurs vies trouvent un écho dans la mienne, elles m’aident quotidiennement à me construire. 

Et vous, quels sont les films qui ont influencé votre vie?

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6 réflexions sur “Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself.

  1. Romain dit :

    Je n’ai pas vu les deux premiers, mais s’ils sont du niveau du troisième (The hours) je cours les acquérir !
    J’ai adoré The hours. La structure du scénario est d’une subtilité rare et les acteurs (ne pas oublier Ed Harris !) sont tout simplement époustouflants. J’ai même regardé le film plusieurs fois car il y avait des bonus où les acteurs et le réalisateurs commentaient les différentes scènes du film au fur et à mesure de leur déroulement. C’est ainsi que j’ai appris qu’ils avaient inversé le cours de la rivière avec d’énormes ventilateurs car le sens naturel du courant ne leur convenait pas et que Nicole Kidman ne s’est pas faite doublée pour rentrer dans la rivière (elle portait tout de même une combinaison de plongée sous ses vêtements), des hommes grenouilles se tenant prêts à la secourir en raison du courant provoqué par les ventilateurs !
    Pour moi le principal sujet du film reste l’évolution de l’acceptation de l’homosexualité féminine et ses conséquences sur le psychisme des personnes concernées. Le traitement en est magistral.

    Pour répondre à la question des films qui m’ont marqués, je citerai ceux de Terence Mallick (un choc esthétique), 2046 et Lost in translation.
    Tu as vu ces films ? Qu’en penses-tu ?

    • emilyndme dit :

      Sincèrement, non, The Joy Luck Club ne vaut pas The Hours. Disons que c’est une sensibilité personnelle 😉 En revanche, The Centre Stage est un très beau film, d’autant plus si l’on s’intéresse à l’histoire chinoise.
      Je n’ai malheureusement vu aucun film de Terrence Malick (c’est grave docteur?). En revanche, j’ai adoré Lost In Translation, et je suis une fan de Wong Kar-Wai de la première heure (traduction: bien avant qu’il ne soit primé à Cannes). Quand 2046 est sorti, mon impression a été mitigée car j’ai trouvé qu’il ressemblait beaucoup à In The Mood For Love. Ceci dit, tout fan de WKW sait très bien qu’il a tendance a faire des fixettes esthétiques (Fallen Angels est dans la même lignée que Chunking Express,et My Blueberry Nights est également un écho à ce dernier), et j’ai l’intention de re-visionner 2046 pour lui donner une seconde chance car au fond je pense qu’il le vaut bien.
      Merci pour ton commentaire en tout cas! Tu me fais penser qu’il va falloir que je fasse une note sur WKW…

      • Romain dit :

        Je te conseille vraiment de voir les films de Mallick.
        « La ligne rouge » est particulièrement marquant.
        On ne s’attend pas à un tel renouvellement du genre.
        Tu peux imaginer un film de guerre apaisé, en communion avec la nature ?
        J’ai eu l’impression de visionner un film qui n’était pas celui que je regardais.
        Ce que j’écris doit te sembler très obscur, mais c’est vraiment ce que j’ai ressenti.

  2. sonia dit :

    Ca fait plaisir de te revoir sur la blogosphère! Je viens de regarder un peu ce nouveau blog, il est beau et les sujets sur les femmes chinoises te passionnent toujours autant! C’est ton sujet de thèse, alors? Je ne savais pas que tu étais inscrite en Doctorat. Je commence à être à la traine… je devrais chercher un sujet!:) Je t’embrasse, Sonia

    • emilyndme dit :

      Coucou Sonia! Oui, je travaille toujours sur les romancières et la façon dont elles représentent les femmes dans leurs oeuvres, et je suis revenue avec un univers qui colle plus à ce que je vis actuellement! Ne te sens pas à la traîne parce-que tu n’es pas inscrite en doctorat, honnêtement c’est un tel investissement, tant au niveau énergie que financier (sans allocation c’est un peu le règne de la précarité!) que si tu peux faire ce que tu désires (pour toi enseigner, j’imagine) sans, ça n’est pas la peine.
      Est-ce que vous comptez rester à Taiwan encore longtemps? Je lis ton blog, tu sais, mais je commente peu… Bisous!

  3. Nadege dit :

    Coucou, je vois que le message a été posté en 2009 mais j’y repond quand meme, mieux vaut tard que jamais. J’ai été particulièrement intéréssé par ce que tu as écris car je suis en train d’étudier Virginia Woolf en Fac d’anglais et j’ai été assez surprise par Mrs Dalloway qui n’est pas tres facile à comprendre mais qui transmet néanmoins une émotion très forte et comme tu le dis pleine de poésie. Je cherche beaucoup a le voir en film et j’ai commencé a regarder The Hours ( malheureusement sur internet, regarder un film sans un bug, c’est dur) mais deja il me semble magnifique. En revanche je ne connais pas les deux autres films cités mais étant une très grande admiratrice du cinéma en tout genre, si j’en ai l’occasion, je les regarderai. Personnellement les films qui m’ont boulversés sont d »une manière générale, les adaptions des romans de Jane Austen et en particulier Orgueuil et Préjugés ( qui retracent également la vie des femmes dans la société, mais cette fois ci la société du 18eme siecle) et tant d’autres qu’il m’est impossible d’en citer un plus qu’un autre.

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