Capillairement parlant

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais depuis l’adolescence j’ai changé de couleur de cheveux des dizaine de fois. Jusqu’à mes 16 ans, j’étais blonde, j’avais des cheveux longs et je ne me posais pas de questions. Puis, un jour, la folie du roux m’est venue, et j’ai fait ma première teinture au henné. Cet amour pour la rousseur m’est venu tard, mais depuis il ne m’a jamais quitté. J’aime la chaleur et la vivacité de cette couleur, toute la mythologie de femmes séductrices, dangereuses, pécheresse, de sorcières qu’il y a derrière. Je suis amoureuse des rousses des peintures pré-raphaélites, je suis amoureuse des rousses de Degas, je suis amoureuse de Lily Cole.

Lady Lilith (Dante Gabriel Rossetti)

Quand une belle chevelure rousse m’interpelle dans la rue, qu’elle appartienne à une femme ou à un homme, je ne peux m’empêcher de me retourner. Malheureusement, comme chacun sait, les roux ne courent pas les rues. J’éprouve une passion particulière pour le roux foncé tirant sur le rouge (de l’auburn, j’imagine) qui est malheureusement encore plus rare. S’il est couplé à une chevelure ondulée ou bouclée, on ne me tient plus et je suis à la limite de courir derrière l’heureux/se propriétaire.

Marya-Magdalena (Sandys)

La froide et terne période hivernale est particulièrement propice à mes envies de roux, mais, à présent, je me contente de l’admirer sur les autres. En effet, si je ne me rendais pas compte durant mon adolescence que cette couleur ne m’allait absolument pas (aaah, la jeunesse et ses fautes de goûts!), quelques années plus tard je me suis aperçu qu’avec mon teint rosé de blonde j’étais en plein dans le capillaire faux-pas et la catastrophe stylistique. Depuis, le roux reste un inaccessible Graal, à tenter dans une autre vie, peut-être, devant lequel je me contente de baver de désir.

Lily Cole pour Vogue Japan

Puis, un jour j’ai eu envie d’être brune. J’ai toujours eu une attirance particulière pour les cheveux foncés. D’aussi loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours été ahurie d’admiration devant les longs cheveux noirs: tout d’abord, je suis tombée amoureuse du chevalier du dragon dans Les Chevaliers du Zodiaque (on ne rit pas, screugneugneu!), ensuite je me suis passionnée pour les indiens d’Amérique et c’en était fini de moi.

Mariana In The South (Waterhouse)

Depuis, mes goûts  se sont affinés (Dieu soit loué). Exit les manga, bonjour Monica Bellucci (qui, vous le savez si vous êtes un(e) fidèle de ce blog, incarne pour moi LA séduction à l’état pur). Les femmes que je trouve extrêmement belles (pas attirantes, pas sexy, pas jolies, mais belles) sont  toutes brunes. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis pâmée devant Isabelle Adjani en Marguerite de Valois, par exemple.

La Reine Margot (et du roux en prime!)

Par conséquent, j’ai voulu me rapprocher de mon idéal en entrant, moi aussi, dans le clan des brunettes. Une teinture chimique plus tard, et c’était fait. Le mieux, c’est que l’on m’a complimentée: changement radical, certes, mais positif. Certains, croyant sans doute me faire plaisir, m’ont même dit que j’étais mieux en brune (je les retiens, car mon blond, même dissimulé, ne comptais pas pour du citron!). En ce qui me concernait, j’étais ravie. Je me sentais plus belle, plus sexy, plus femme, plus tout, en fait.

Zhang Ziyi (donnez-moi ces cheveux-là!)

Moi aussi j’allais pouvoir jouer les Marguerite Gauthier, phtisiques pâles sous une chevelure d’ébène, les héroïne gothiques, les amantes d’Alfred de Musset, voire, dans un autre genre, les Pocahontas mutines. Sauf que (il y a bien sûr un hic, sinon l’histoire s’arrêterait là), quand on a été blonde la majeure partie de sa vie, à se contempler en brune dans le miroir, l’on ressent au bout d’un moment quelque chose d’étrange.

The Crystal Ball Skull (Waterhouse)

Passé le premier temps d’exaltation dû au changement, j’ai commencé à me trouver fade. J’avais l’habitude de mon blond qui éclairait ma garde-robe en majorité constituée de noir. Brune, j’avais finalement l’impression de passer inaperçu, d’être terne, sans éclat. Au final, même si j’aimais le brun, je ne me reconnaissais plus. L’angoisse identitaire m’ayant saisie, je suis retournée au blond illico-presto (je passe sur le désastre capillaire qui a suivi la décoloration) en me disant que de toute façon, je tenais plus d’une Gretchen que d’une Carmen.

Ondine (Waterhouse)

Comme je suis une grande rêveuse (ou une grande folle, c’est selon), au-delà de l’esthétisme, la couleur que je choisis pour mes cheveux tient fortement du romanesque. Si je me suis longtemps rêvée en sorcière rousse ou en brune sauvage, au final, après moultes tentatives plus ou moins heureuses, je ne me suis jamais sentie aussi « moi » qu’en blonde (sans compter qu’il s’agit de ma couleur naturelle, beaucoup plus facile à entretenir qu’une coloration, soit dit en passant).

La Walkyrie

La mythologie quasi wagnérienne construite sur la base de mes gènes germanico-normands (je vous ai dit que j’avais un grain) associe au blond des images, non qui me séduisent davantage qu’une indienne brune ou une Lilith rousse, mais dans lesquelles il me plaît d’avantage de me reconnaître et qui parlent à mon imaginaire: Brunehilde la reine d’Islande, Siergfried terrassant le dragon (réminiscence des sagas scandinaves que je regardais quand j’étais petite), la Lorelei, les Walkyries filles d’Odin, une aquarelle féerique de « La Petite Sirène » d’Andersen dans le livre de contes de mon enfance, mais aussi les tableaux de Botticelli, la froide femme fatale hitchcockienne, Marlène Dietrich dans son costume masculin…

Détail de "La naissance de Vénus" (Botticelli)

J’ai compris en vieillissant que ce qui me séduisait chez les autres n’était pas forcément ce qui me seyait le mieux, et qu’il est impératif d’être en accord avec ce que l’on est et la façon dont on veut être perçu. Si je fantasme toujours sur des boucles de feu ou une chevelure de jais, je suis habituée à la douceur éthérée du blond et je sais que c’est le reflet d’une blondinette que j’ai envie de voir dans le miroir. Tant pis si je ne suis pas comme ces brûlantes latines que je trouve sexy en diable. Si globalement on me trouvait plutôt jolie en brune, je n’ai jamais été aussi enchantée que quand on m’a dit un jour « Vous me faites vraiment penser à un tableau… un Botticelli je crois. »

The Virgin Suicides

Et vous, vos cheveux?

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16 réflexions sur “Capillairement parlant

  1. camille dit :

    j’ai commencé à faire des mèches blondes après le bac, parce que je suis super brune ( héhé je viens du fond de l’italie comme dirait l’autre), mais je crois que ce n’était pas tjs heureux. Je suis redevenue brune, mais le roux j’adore. Je ne connais pas une fille qui n’a pas envie de changer ses cheveux, les avoir frisés quand ils sont lisses, foncés quand ils sont clair…

  2. sonia dit :

    C’était un très bel article, je me suis bien régalée!
    Moi aussi, je suis retournée à ma couleur naturelle, châtain. Après être passée par blond (soleil de sud de la France), rouge pour mes 16 et 17 ans (My so-called life, pareil! mais sans Jared!), Noir, noir, noir… qu’est-ce que j’en ai bavé avec ce noir, je me rêvais en japonaise! Et au final, ici à Taiwan, avoir les cheveux noirs, c nul, c comme tout le monde sauf qu’eux le porte mieux que moi ahahah! Donc voilà depuis 3 ans que je suis en pays asiatique, mes cheveux sont châtains, vive la beauté de l’automne!

  3. Elizabeth dit :

    C’est un joli article sur l’importance de la couleur de cheveux… on n’y penserait pas, mais ça joue sur beaucoup de choses !

    Je me rêve en rousse, surtout que je sais que ça peut m’aller (j’ai l’impression que toutes les couleurs, sauf le noir, pourraient m’aller)… et ayant découvert mon premier cheveu blanc, je me dis qu’il est peut-être temps !
    d’autant que je n’ai au final que très peu changé de couleur depuis que je suis jeune!

  4. Eve.G dit :

    Dis donc c’est un beau compliment!
    J’aime beaucoup toutes les images que tu as choisi parce que c’est effectivement ce que je voyais quand je fantasmais sur une couleur (ce que je n’ai jamais fait, et je le regrette toujours)…

    Quelle analyse en tout cas! je suis estomaquée!

    Et HHHIIIIIIIIiiiII!!
    Moi aussi j’étais amoureuse de Shiryu!!!

  5. dautretemp dit :

    J’ai les cheveux comme Louise Brooks et toujours préfèrent les femmes avec des cheveux courts. Peut-être parce que, aujourd’hui n’est pas le plus beau les cheveux longs comme ça dans vos photos!

  6. Emily G. dit :

    @Mathioulet: terrible, ce shampooing Melvita, hein? 😉
    @Camille: Oui, je ne connais aucune fille qui ne se soit pas teint les cheveux un jour (mais toutes ne les ont pas torturés autant que moi, heureusement!)
    @Sonia: Le brun-brun t’allais bien, je m’en souviens. Moi aussi, plus jeune, je me suis rêvée en asiatique (mais c’était encore plus utopique que pour toi, ahah!)
    @Elizabeth: Tu peux toujours commencer par une couleur fugace, histoire de tester! Mais le souci quand on change radicalement de couleur, c’est que notre garde-robe n’est plus forcément très adaptée ensuite.
    @Eve G.: Noooon, Shiryu, toi aussi??? (sinon, avant lui, mon homme parfait c’était Albator)
    @ D’autre temp: J’aime le court « travaillé », celui des coiffures des années 20 par exemple, mais en ce qui me concerne (et pour avoir testé différentes longueurs), c’est le long qui me va le mieux.

  7. Emma dit :

    Quel bel article ! Je l’ai lu avec un immense plaisir ! J’ai adoré les femmes, les représentations, les images que tu as choisies et associées à chaque chevelure. Pour moi, une couleur n’est pas qu’une couleur, justement, mais elle fait écho à des femmes qui m’inspirent, auxquelles j’aimerais ressembler. C’est peut-être un « truc » de littéraire rêveuse, non ?!
    Pour ma part, mes cheveux sont roux et n’ont connu que peu de teintures : du rouge et du violet foncé quelques mois, pour rigoler, et du noir, pendant deux ans. Je me sentais très bien avec cette couleur mais quel entretien, ppffff ! Rien que de repenser aux serviettes et au rideau de douche pleins d’éclaboussures de teinture, ça me fatigue !
    Je vais peut-être venir dans ta jolie ville en 2010 chez des amis de ma mère. On pourra se voir sans que tu essayes de me scalper ?! 😉
    Bises 🙂

    • Emily G. dit :

      Toi qui es rousse, tu ne fais pas un peu de henné de temps en temps (c’est bôô le henné…je suis une teinture addict en sevrage qui se drogue par procuration)?
      Je serai ravie de te voir si tu passes par chez moi (je promets de faire abstraction de tes cheveux)!
      😉

  8. Emma dit :

    Et je t’en remercie 😉
    Non, je n’ai jamais fait de henné mais j’ai toujours en tête ton fameux henné incolore qui se contente de faire du bien aux cheveux. Il faut que je teste ça, surtout que je sors de chez le coiffeur, j’aimerais entretenir convenablement ma tignasse, heu non, ma chevelure ^^

  9. Anne-Elisabeth dit :

    C’est drôle, ton parcours pourrait être le mien ! Je suis blonde, j’hésite entre le roux et le brun, mais je garde ma couleur naturelle, pourtant bâtarde ( blond cendré avec des reflets roux et des mèches blondes naturelles – en gros, j’additionne quatre couleurs différentes dans ma tignasse ! ) 🙂

    J’ai fini par couper ma looooongue chevelure ( je m’asseyais dessus, quand même ^^ ), je ne le regrette pas ; par contre, c’est justement par peur de l’après que je ne change pas de couleur, courageuse mais pas téméraire 😉

  10. Pingback: Henna Virtue «
  11. EMILIE dit :

    très bel article et très belles illustrations!!
    et bien moi aussi j’ai pas arrêté de changer de couleur depuis hum mes 13 ans je crois, g fais des meches blondes , puis g fait des masques de camomille qui a uniformiser la couleur , lol a la base ce n’etait pas volontaire . suite a ca g voulu revenir a un chatain chocolat mais la couleur n’etait pas de qualité et a virer sur un roux bien rouge!
    décidément! donc g experimenté le roux jusqu’a ce qu’il parte enfin!!! et quelques année plus tard en faite je me suis dit : ca m’allait pas mal en fin de compte le roux : depuis peu je m’y suis remise et fait du henne : j’adore! c juste contraignant: c long a faire , les racines poussent trop vite a mon gout, et je n’aime pas les premiers jours de la coloration ou mes cheveux sont legerement trop rouge a mon gout , mais heureusement ca s’estompe des le premier shampoing!

  12. littlejujube dit :

    Je réagis tard, mais je viens de lire ton article et il se trouve qu’on a eu exactement le même parcours capillaire avec les mêmes envies et les mêmes déceptions ! Moi aussi je me suis rêvée en pocahontas au teint doré et longs cheveux noirs mais j’ai des origines allemandes et une grand-mère normande… 🙂

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