Et toi ? Comment tu lis ?

Avant la suite de mes aventures irlandaises, voici donc ma réponse au tag de Gaby : Et toi ? Comment tu lis ? Une question originale qui change des tags littéraires ordinaires puisqu’il ne s’agit pas, pour une fois, de parler du contenu des livres. A la différence du Sieur qui a été très concis, je vais encore raconter ma vie …

Je lis moins que ce que je devrais. Du moins, en ce moment. Thèse oblige, il faudrait techniquement que j’engloutisse, disons, selon mes estimations, au moins dix bouquins par mois, mais je ne suis pas très assidue. Je passe plutôt mon temps à échafauder des théories et à réfléchir à partir d’un ou deux bouquins plutôt que de dévorer ceux qui dorment encore dans ma bibliothèque. Ce qui m’amène tout droit à a réponse suivante :

Je lis par phase. D’ailleurs, je fais tout par phase, j’ai tendance à fonctionner par lubies. Parfois, j’enchaîne les bouquins frénétiquement pendant plusieurs jours, puis je ne lis plus rien pendant deux-trois semaines.

Je lis en faisant autre chose. Traduction : en mangeant, en buvant du thé, dans mon bain (presque toujours) … D’ailleurs, l’état de mes pauvres livres s’en ressent : tâches de sauce, d’huile, d’eau … Et étrangement, ça ne me dérange pas de tâcher un livre, alors que je suis très soigneuse envers tout autre objet. Je crois que pour moi, le livre en tant qu’objet physique est totalement désacralisé (bon, n’exagérons rien, je n’abîmerai jamais un exemplaire de la Pléiade, un beau livre relié ou un livre de photos) : tant que le contenu est lisible, je me fiche un peu du contenant. D’ailleurs, sauf quand j’ai envie d’un beau livre en particulier,  je privilégie les livres d’occasion – et de poche. En revanche, je n’aime pas corner les pages.

The Reader, Stephen Daldry

Je lis au travail. Vu que c’est généralement le calme plat et que je reste parfois des heures sans rien faire, si je ne prends pas de livre pour aller travailler, je sais que je risque de m’ennuyer ferme dans ma chaise tournante. Quand j’oublie de mettre un bouquin dans mon sac le matin, ça m’angoisse terriblement car je me demande comment je vais pouvoir passer le temps.

Je lis très souvent en anglais. Pour ma thèse, principalement, car je commande presque toutes mes sources aux Etats-Unis, mais aussi car j’aime beaucoup la littérature britannique et tant que faire se peut, je préfère lire la VO que la traduction.

Je lis très vite. Depuis toujours. Et c’est encore pire en ce qui concerne les BD, je regarde à peine les images. Aucun intérêt, vous me direz (c’est pourquoi je m’en tiens généralement aux livres, d’ailleurs).

Je lis plusieurs livres en même temps. C’est ma spécialité.

Je lis anarchiquement. Parfois, je commence un live puis je l’oublie dans un coin, le retrouve quelques semaines plus tard, le recommence, l’oublie de nouveau …

Je lis tant que ça m’intéresse. Si je décroche, je ne me force jamais à finir. Certains bouquins de ma bibliothèque sont des victimes de mes lectures inachevées. En revanche, je suis une re-lectrice compulsive : j’adore me replonger dans les bouquins que j’ai aimés, certains sont mes chouchous et me rassurent. La plupart du temps, je les ouvre au hasard sans nécessairement commencer par le début, simplement pour me replonger dans un univers que j’aime (Madame Bovary, le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau et la saga des Alumettes suédoises de Robet Sabatier peuvent témoigner de mon acharnement).

Vu que le principe d’un tag est de le passer aux autres (même si Oscar Wilde a dit « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder »), je passe le relais à Emma (tag littéraire oblige), Miranda (si elle trouve le temps d’y répondre malgré son nouveau job prenant), Sierralemon, Mona et Eve G. (parce-que j’attends de voir quelles photos de chaussures elle va bien pouvoir nous dégoter si elle accepte le défi uhuh) !

Dirty Old Town.

Comme je le disais hier, me voilà revenue d’Irlande du Nord. Début de compte-rendu dans un article  illustré !

Tout d’abord, le colloque : détendu, bon enfant, sympathique, des organisateurs dynamiques. Aucun public bien évidemment, malgré la présence d’un prix Nobel de littérature (les colloques de chercheurs assez pointus n’attirent pas les foules, sans compter que celui-ci s’est déroulé majoritairement en français dans une université anglophone). J’ai donc discouru uniquement devant mes « collègues », des doctorants, profs et chercheurs venus d’un peu partout, et mon « oral » s’est très bien passée. J’étais à l’aise, on m’a écoutée (sauf ceux qui dormaient, vu que je passais en dernier), posé des questions, et deux « collègues » m’ont dit que ma communication était très intéressante et tout à fait dans la ligne directrice du colloque, contrairement à d’autres interventions, intéressantes également mais plus marginales. Je suis contente de ma première expérience et, surtout, je ne me fais plus un monde d’intervenir en public. En fait, c’est facile ! Je réitèrerais l’expérience avec plaisir et beaucoup moins d’appréhension. J’envisage à présent ma soutenance de thèse avec beaucoup plus de sérénité, je me sens plus sure de moi. Comme quoi, les challenges, il n’y a que ça de vrai !

Le – : En revanche, j’ai déploré que certains n’aient pas levé les yeux de leurs notes durant toute la durée de leur intervention : d’accord, un colloque de chercheurs est avant tout fait pour mutualiser les savoirs, mais quand même, écouter quelqu’un lire un papier très pointu sur un ton monocorde pendant 20mn, c’est affreusement soporifique Autant écrire un simple article sur le sujet, si vous voulez mon avis. Ce n’est pas parce-que l’on est un « intellectuel » que l’on doit se conduire comme un rat de laboratoire : une communication orale, même si elle ne s’apparente pas à un show, doit quand même être dynamique et attractive pour ceux qui vous écoutent. In my humble opinion. Je ne pense pas avoir été parfaite, loin de là, mais j’ai au moins essayé de rendre mon intervention attractive et de parler non pas pour moi, mais pour les personnes qui m’écoutaient. Evidemment, mon « oral » a parfois été plus approximatif et moins intellectuel que l’écrit de certains, mais je pense que c’est le jeu.

L'université

Les + : j’ai rencontré ma rock star à moi, LE spécialiste incontesté de la littérature chinoise, qui est extrêmement sympathique (à l’instar de son épouse, d’ailleurs, très très gentille aussi) en plus d’être incontestablement brillant. Je suis ravie ravie ravie d’avoir réussi à discuter un peu avec lui tout en dégustant une soupe et des sandwiches clubs ^^

– L’université était très jolie. C’est dans son cinéma (ce n’est pas dans ma fac qu’on aurait un cinéma rien que pour nous) que le colloque s’est déroulé, un grand espace très convivial avec un café, doté de trois salles de projection dans lesquelles on peut voir tout au long de l’année toutes sortes de films.

– Un ouvrage collectif regroupant les interventions du colloque verra certainement le jour, les organisateurs recherchant dès à présent un éditeur.

Pour ne pas écrire un billet trop long, je vous parlerai de la ville un peu plus tard ! Cela étant, j’ai été taguée durant mon absence par Gaby et mon prochain article sera donc dédié à cette question : « dis moi comment tu lis ». Je ne pouvais pas me défiler, j’adore les tags littéraires !

Good Morning Ireland !

Mon avion décolle demain en début d’après-midi. Charter oblige, j’attendrai plus de 4h à Londres pour atterrir en Ulster à 21h. J’arriverai deux jours avant le colloque afin de profiter d’être sur place pour visiter (tant qu’à faire…).Mon directeur de thèse, qui a de l’humour, espère que je ne serai pas prise en otage par l’IRA , je lui en sais gré.

Mon sac est quasiment prêt, ma communication aussi (le doute demeure : vais-je utiliser un powerpoint pour appuyer mon propos? Tant de suspense, je ne tiens plus !) vu que je l’ai répétée au moins huit fois toute seule dans ma cuisine. Je sais pertinemment qu’en deux jours de tourisme, j’ai le temps de tout oublier, et que le stress aidant, je peux très bien faire un blocage le jour J. Mais ça va bien, merci. Si je stresse trop le moment venu, je boirais quelques pintes de Guinness, ça devrait me détendre.

Crédits : Iced Coffee Photoblog. "Reading" at The Bookstore. Ireland.

L’office de tourisme dit le plus grand bien de la ville (normal, me direz-vous) et du quartier de l’université : « Intellectual wit merges with the vibrant humour of the streets »( Intellectual wit. On se croirait dans Pride&Prejudice). D’après les prévisions météo, nous ne devrions pas avoir de pluie, ce qui est très drôle vu que chez moi, dans le sud où il est censé faire toujours beau, il doit pleuvoir jusqu’à la fin de la semaine. Aller au pays de la pluie pour trouve du beau temps, c’est original. En revanche, il va faire froid, mais pas de quoi emmener sa peau d’ours non plus. Je sais de source sure qu’en Ecosse, on mange des mars frits. J’espère bien que les irlandais ont eux aussi adopté cette belle coutume et que je vais trouver ça au détour d’un pub/snack/restaurant/boui-boui. Sinon, je me contenterai de fish and chips.

Pour l’heure, je vous laisse. Je serai là dimanche (avec 5kg de plus). Bonne semaine à tous !

(C’est trop mignon, le chat dort dans mon bagage cabine, il veut que je l’emmène).

La vie secrète de l’ermite.

Oui le titre d’aujourd’hui est totalement idiot mais mon cerveau est en mode bug. J’ai passé une de ces journées qui ne servent à rien. Je me suis levée à l’heure indécente de 12h30, après m’être rendormie deux fois suite 1/aux miaulements accusateurs du chat qui protestait contre le fait que je dorme encore à 9h passées 2/ à un réveil en fanfare déclenché par The Soul Session de Joss Stone à fond les ballons grâce au chat (encore) qui n’avait rien trouvé de mieux que de marcher sur mon macbook et de mettre par inadvertance (je dis ça pour être gentille, en fait je suis certaine qu’il l’a fait exprès) Itunes sur play. J’ai traîné comme une serpillère toute la journée de la cuisine au salon et me suis lobotomisée à la tv : j’ai regardé l’instit sur France 3 en me marrant toute seule devant les chemisiers super ringards des actrices (l’épisode est de 1993, mais je soupçonne les costumes d’être de 1985), je me suis même coltiné Comment ça va bien? avec ses chroniques sur le tantrisme et la St Valentin, et j’ai fini par Les maçons du coeur avec des américains hystériques qui hurlent de bonheur partout en voyant leur nouvelle cuisine avec îlot central et la tête de cerf empaillée accrochée au-dessus de leur nouveau lit en bois wengé.

La faute à la traditionnelle soirée poker du jeudi soir qui a fini très tard (et au Perrier, folie quand tu nous tiens !) avant laquelle j’ai eu le plaisir de déguster des sushis avec ma pauvre copine prof d’anglais mutée pour un an dans le Centre (sa ville est le pays des araignées géantes) et son Chéri, les deux fraichement PACSés. Dans l’après-midi, j’ai été immensément contente de revoir Sonia, en vacances en France, avec laquelle nous avons papoté à qui mieux-mieux devant un thé blanc (mieux qu’un roman, je te propose un scénario d’une série de l’été, Poulette!) Moi qui n’ai pas une vie sociale très remplie, j’ai du voir en une seule journée autant de personnes qu’en une demie année, ce qui me laisse à penser que les prochains mois seront probablement assez calmes de ce côté-là. De quoi reprendre mon habituelle vie d’ermite.

Girl with a Pearl Earing (2003) – Peter Webber

Je viens d’avoir un choc en recherchant la date de sortie de ce film. Voilà donc sept ans que je l’ai découvert (ça ne nous rajeunit pas) sur un écran de cinéma. C’était la première fois que je voyais Scarlett Johansson dans un rôle et c’était avant qu’elle ne devienne ce qu’elle est actuellement, c’est-à-dire superstar, sexy et blonde.

Je suis ressortie du cinéma absolument enchantée. J’étais avec une amie, et nous sommes tombées d’accord sur le fait que « cette actrice » crevait l’écran et qu’il émanait  d’elle une grâce infinie. Encore maintenant, après avoir vu Scarlett dans des tas de rôles différents, c’est celui-ci que je préfère, et de loin.

La jeune fille à la perle en français, adapté du roman éponyme de Tracy Chevalier, nous conte l’origine imaginée du tableau de Johannes Vermeer La jeune fille à la perle ou La jeune fille au turban. On sait en réalité très peu de choses sur ce tableau, qui diffère de ceux que Weermer avait l’habitude de peindre de par la position du modèle qui regarde clairement l’artiste.

Nous sommes à Delft, dans la Hollande du XVIIème siècle. Griet, jeune fille de condition modeste, entre comme servante dans la maison des Vermeer. Sans éducation, la jeune fille possède une sensibilité artistique certaine qui attirera l’attention du maître des lieux.

La relation entre le peintre et la jeune fille est subtile et ambiguë. Loin des clichés galvaudés du maître amoureux de sa servante, ou vice-versa, l’affection demeure platonique et vise à un seul but : l’art. Le film ne fait de Vermeer ni un infâme séducteur qui voudrait trousser sa servante, ni un homme fort au-dessus des conventions qui enverrait valser la bienséance et son épouse pour la tendresse qu’il porte à une bonne qui partage son goût pour l’art.

Si m’admiration de Griet pour le peintre est bien réelle, les conventions sociales étant ce qu’elles sont, c’est avec le boucher (Cillian Murphy) qu’elle se consolera, tandis que Vermeer lui enseignera les rudiments de son art, mettant un peu de couleur dans la vie terne de la jeune fille vouée tout entière aux tâches ménagères.

Au final, l’histoire nous conte une rencontre entre deux être enfermés de leur condition. Griet, jeune fille sensible et illettrée dont le statut de servante n’offre pas beaucoup de possibilités d’épanouissement, et Vermeer, muré dans la solitude de son art entre une épouse possessive qui n’entend rien à la peinture, beaucoup d’enfants à nourrir, une mère obsédée par les problèmes d’argent et un mécène détestable qu’il doit contenter pour ne pas se retrouver sans le sou.

Mais Vermeer est avant tout un artiste pour lequel la peinture est une priorité. Quand il choisira Griet comme modèle pour son prochain tableau, au sus de son épouse et avec la complicité de sa belle-mère, c’est un peu contrainte et à ses risques et périls, qu’elle devra accepter.

Evidemment, la photographie est sublime. Les scènes d’intérieur reproduisent à merveille l’ambiance qui émane de la peinture flamande de l’époque et certaines sont réellement saisissantes. Celles d’extérieur, moins nombreuses, jouent avec la lumière et les saisons. J’ai particulièrement aimé les reconstitutions de la ville qui donnent à voir la Hollande du XVIIème siècle.

Et puis, quand on m’offre en bloc Scarlett Johansson, Colin Firth et Cillian Murphy, je signe. Quand en plus on me les offre en costume, je suis comblée. Le seul reproche que je pourrais faire à ce film est de n’avoir pas été tourné en néerlandais, car entendre les acteurs parler anglais casse un peu l’authenticité de la chose.

Mais c’est bien la seule critique négative (si tant est que c’en soit une) que j’aurais à faire, car la beauté des images et la subtilité du scénario est au-dessus de tout. J’oubliais la musique, d’ailleurs, lancinante, qui ajoute à l’immobilité du film. Je sais qu' »immobilité » et « film » ne vont par essence pas ensemble, mais c’est pourtant le miracle que celui-ci nous donne à expérimenter : un tableau mouvant.

Ce film a également eu un impact positif sur ma culture générale. Avant, je n’étais pas vraiment amatrice de peinture flamande, synonyme, dans mon souvenir, d’une certaine galerie du Louvre pleine de tableaux soporifiques aux couleurs sombres qui n’en finissait jamais. Même si je ne suis toujours pas une groupie de nos amis les peintres hollandais, je m’attarde à présent plus volontiers devant certaines oeuvres.

Cet article est très long mais je n’ai pas réussi à faire un choix dans les captures tant La jeune fille à la perle a été un délice esthétique pour mes petits yeux, du début à la fin. Je pense que vous me pardonnerez aisément devant la beauté des images.

Sur l’écran noir de mes nuits blanches.

De nouveau de passage éclair, ma semaine de travail est déjà terminée (je sais, mon mi-temps est fort bien organisé), mais heureusement car dire que je suis sur les rotules est un euphémisme. Je suis tellement fatiguée que mon cerveau n’imprime plus rien, mes yeux ne remplissent plus leur fonction et mes muscles me font mal (j’avoue, je suis en sucre). Mais j’ai réussi à atteindre mes objectifs ! Bilan de ce début de semaine :

– Communication pour le colloque de février fin prête, j’ai à présent 15 jours pour m’entraîner à la présenter à l’oral.

– Plan de thèse bien rodé et au propre,  je le présenterai demain à mon directeur de recherches durant notre réunion mensuelle.

– Retrouvailles du même coup demain avec une amie que je n’ai pas vu depuis plus d’un an (en même temps, elle vit à Shanghai, ça n’est pas la porte à côté). J’ai hâte qu’on discute de nos thèses respectives, et de tout le reste.

– Une soirée improvisée hier pour la chandeleur, c’était bien sympa. Les soirées non programmées sont de loin toujours les meilleures !

– Soirée « Lost » programmée chez moi pour demain sur l’écran géant du salon (le mur, pour être plus précise – eheh). Vu que je n’ai jamais suivi la série, je ne vais absolument rien comprendre, mais vu qu’on finira certainement par jouer au Trivial Pursuit, ça me va (j’ai été élevée aux jeux de questions, j’adore le Trivial Pursuit !)

Sur ce, je vous abandonne. Je file dans mon bain, puis je sauterai ensuite avec joie dans mes draps car je n’en peux plus. Cette nuit, je vise les 10 heures de sommeil, comme ça je reviendrai en forme et prête à écrire un article terrible.

(Et non, je n’ai absolument aucun complexe à faire ma mamie et me coucher à 21h30.)