Girl with a Pearl Earing (2003) – Peter Webber

Je viens d’avoir un choc en recherchant la date de sortie de ce film. Voilà donc sept ans que je l’ai découvert (ça ne nous rajeunit pas) sur un écran de cinéma. C’était la première fois que je voyais Scarlett Johansson dans un rôle et c’était avant qu’elle ne devienne ce qu’elle est actuellement, c’est-à-dire superstar, sexy et blonde.

Je suis ressortie du cinéma absolument enchantée. J’étais avec une amie, et nous sommes tombées d’accord sur le fait que « cette actrice » crevait l’écran et qu’il émanait  d’elle une grâce infinie. Encore maintenant, après avoir vu Scarlett dans des tas de rôles différents, c’est celui-ci que je préfère, et de loin.

La jeune fille à la perle en français, adapté du roman éponyme de Tracy Chevalier, nous conte l’origine imaginée du tableau de Johannes Vermeer La jeune fille à la perle ou La jeune fille au turban. On sait en réalité très peu de choses sur ce tableau, qui diffère de ceux que Weermer avait l’habitude de peindre de par la position du modèle qui regarde clairement l’artiste.

Nous sommes à Delft, dans la Hollande du XVIIème siècle. Griet, jeune fille de condition modeste, entre comme servante dans la maison des Vermeer. Sans éducation, la jeune fille possède une sensibilité artistique certaine qui attirera l’attention du maître des lieux.

La relation entre le peintre et la jeune fille est subtile et ambiguë. Loin des clichés galvaudés du maître amoureux de sa servante, ou vice-versa, l’affection demeure platonique et vise à un seul but : l’art. Le film ne fait de Vermeer ni un infâme séducteur qui voudrait trousser sa servante, ni un homme fort au-dessus des conventions qui enverrait valser la bienséance et son épouse pour la tendresse qu’il porte à une bonne qui partage son goût pour l’art.

Si m’admiration de Griet pour le peintre est bien réelle, les conventions sociales étant ce qu’elles sont, c’est avec le boucher (Cillian Murphy) qu’elle se consolera, tandis que Vermeer lui enseignera les rudiments de son art, mettant un peu de couleur dans la vie terne de la jeune fille vouée tout entière aux tâches ménagères.

Au final, l’histoire nous conte une rencontre entre deux être enfermés de leur condition. Griet, jeune fille sensible et illettrée dont le statut de servante n’offre pas beaucoup de possibilités d’épanouissement, et Vermeer, muré dans la solitude de son art entre une épouse possessive qui n’entend rien à la peinture, beaucoup d’enfants à nourrir, une mère obsédée par les problèmes d’argent et un mécène détestable qu’il doit contenter pour ne pas se retrouver sans le sou.

Mais Vermeer est avant tout un artiste pour lequel la peinture est une priorité. Quand il choisira Griet comme modèle pour son prochain tableau, au sus de son épouse et avec la complicité de sa belle-mère, c’est un peu contrainte et à ses risques et périls, qu’elle devra accepter.

Evidemment, la photographie est sublime. Les scènes d’intérieur reproduisent à merveille l’ambiance qui émane de la peinture flamande de l’époque et certaines sont réellement saisissantes. Celles d’extérieur, moins nombreuses, jouent avec la lumière et les saisons. J’ai particulièrement aimé les reconstitutions de la ville qui donnent à voir la Hollande du XVIIème siècle.

Et puis, quand on m’offre en bloc Scarlett Johansson, Colin Firth et Cillian Murphy, je signe. Quand en plus on me les offre en costume, je suis comblée. Le seul reproche que je pourrais faire à ce film est de n’avoir pas été tourné en néerlandais, car entendre les acteurs parler anglais casse un peu l’authenticité de la chose.

Mais c’est bien la seule critique négative (si tant est que c’en soit une) que j’aurais à faire, car la beauté des images et la subtilité du scénario est au-dessus de tout. J’oubliais la musique, d’ailleurs, lancinante, qui ajoute à l’immobilité du film. Je sais qu' »immobilité » et « film » ne vont par essence pas ensemble, mais c’est pourtant le miracle que celui-ci nous donne à expérimenter : un tableau mouvant.

Ce film a également eu un impact positif sur ma culture générale. Avant, je n’étais pas vraiment amatrice de peinture flamande, synonyme, dans mon souvenir, d’une certaine galerie du Louvre pleine de tableaux soporifiques aux couleurs sombres qui n’en finissait jamais. Même si je ne suis toujours pas une groupie de nos amis les peintres hollandais, je m’attarde à présent plus volontiers devant certaines oeuvres.

Cet article est très long mais je n’ai pas réussi à faire un choix dans les captures tant La jeune fille à la perle a été un délice esthétique pour mes petits yeux, du début à la fin. Je pense que vous me pardonnerez aisément devant la beauté des images.

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9 réflexions sur “Girl with a Pearl Earing (2003) – Peter Webber

  1. Mona dit :

    Ton article est superbe, et merci d’avoir mis toutes ces captures. J’adore ce film. Je crois que je l’aime beaucoup plus que le livre qui l’a précédé. Le film arrive à faire quelque chose de vraiment sublime alors que le livre est agréable, sans plus. Et puis, Coliiiiin et Scarlett dans le même film… On ne va pas bouder son plaisir !!! 🙂

  2. Emma dit :

    J’ai toujours eu envie de voir ce film mais je n’en ai jamais eu l’occasion. Le DVD fait pourtant toujours partie des sélections-promo à la Fnac ou au Virgin (tu sais, 5 DVD pour 30 euros), mais je le laisse toujours sur la touche. Après avoir lu ton si bel article, je peux t’assurer qu’il ne tardera pas à intégrer ma DVDthèque !

  3. camille dit :

    j’adore ce film, je l’ai vu 2 fois au cinéma! j’ai le dvd mais je ne l’ai jamais regardé, il faudrait que je me calfeutre dans le noir complet pour profiter de la photographie du film! En tous cas la musique est dans mon mp3 et elle a le don d’appaiser!
    Et moi aussi le film m’a donné envie de m’intéresser à la peinture flamande, parce qu’avant Vermeer, ça ne m’interessait pas tellement…

    Un des plus beaux rôles de Scarlett en effet, parce qu’on ne la prend pas pour une bombe, ce qu’à mon sens elle ne devient que quand elle est blonde platine.
    Je ne sais pas si tu l’as vu dans En bonne compagnie, un petit film bien sympa, à des miles de la jeune fille à la perle mais où elle n’est pas transformée en canon …

  4. ela silk dit :

    J’ai hésité entre écrire mon commentaire sur ton dernier post (le brunch raté, dommage!) ou sur cet article…Mais mon amour de Vermeer l’a emporté finalement!
    J’ai beaucoup aimé aussi, la jeune fille à la perle, bien que je lui trouve un certain nombre de défauts : photographie et décors sublimes bien sûr, mais la sensation que la hollande de Vermeer a été…comment dire… »vermeerisée » par le réalisateur. En vrai, c’était beaucoup plus sale que ça, et la lumière du nord ne donne pas exactement ce rendu-là, pour les scènes extérieures. Je trouve également que les personnalités des personnages sont tout juste esquissées, pas assez approfondies. mais en même temps, si on approfondissait vraiment, le film durerait beaucoup plus longtemps. Je ‘ai rien à redire sur les costumes, qui sont assez proches de la réalité de l’époque, bien que la très grande coquetterie de l’épouse de Vermeer soit légérement insolite pour la hollande de cette époque.
    En tout cas, si le film t’a donné envie de t’intérésser à la peinture flamande de ce siècle-là, c’est une bonne chose!
    J’ai un faible pour les portraits protestants flamands : ces femmes, notamment, toutes vêtues de noir avec des cols, poignets, coiffe en dentelle blanche, et ces bijoux de perles. Leurs visages sont bien souvent somptueux, tant ils ressortent dans tout ce noir…
    Bon, tout ça pour dire : merci pour le commentaire sur le dernier empereur, la suite des captures arrive bientôt. Ce sera sur la dernière partie du film, ambiance chinoise des années 30…
    Bonne journée!

    • Emily G. dit :

      @Mona : Je n’ai pas lu le livre. J’ai bien failli l’acheter, mais comme je m’interdis tout livre qui ne me sert pas pour ma thèse …
      @Madeleine Miranda : C’est bien à ça que servent mes articles cinéma 🙂
      @Emma : Oh, regarde-le ! Il vaut vraiment le coup. Evidemment, c’est encore mieux sur grand écran !
      @Camille : Non, je n’ai pas vu « En bonne compagnie ». En revanche, j’avais bien aimé Scarlett dans « Lost in translation », où elle jouait une fille « normale ».
      @Ela Silk : Je pense que « vermeeriser » les décor est un parti pris du réalisateur, afin de faire du film un véritable tableau, comme si l’on évoluait dans un Vermeer. J’ai une théorie selon laquelle les tenues exubérantes de Mme Vermeer sont la mise en scène de son côté superficiel et frivole (à part s’accrocher des colliers autour du cou et fouiller dans sa boîte à bijoux, elle ne fait rien d’autre) au contraire des autres personnages habillés de teintes plus sobres/ternes. Mais bon, ça n’est que mon avis.
      La peinture flamande n’est toujours pas ma tasse de thé, mais je rechigne moins qu’avant à me planter devant les tableaux. C’est encore un peu trop sombre pour moi. Disons que quelques uns, ça va, une galerie entière, c’est trop !

  5. ela silk dit :

    Ah oui, bien sûr que tout est pensé et réfléchi, mesuré par le réalisateur dans le film, cependant, si son souhait était de faire une reconstitution historique fidéle, c’est raté. Disons que je préfère, au choix : une réalité vraiment réaliste, ou bien, une volonté surréaliste. Soit il choisit de faire du fidèle, soit du vrai fantaisiste. car du coup, je ne le situe nulle part, il est entre les deux, et pas vraiment de parti pris.
    C’est pareil pour les costumes : soit tu restes très fidèle soit tu fais vraiment du fantaisiste…Mais je me demande si l’origine de la dame en question n’y est pas pour quelque chose : si jamais elle n’est pas vraiment flamande, ou bien si elle a reçu une éducation dans un autre pays, cela a pu jouer sur son habillement.

  6. Emily G. dit :

    Je ne peux pas te dire, pour Mme Vermeer… Peut-être que le livre est plus prolixe à ce sujet?
    Nouvelle théorie : pour ce qui est du reste, peut-être que Webber s’es dit que les décors « propres » se regarderaient plus facilement que les décors « sales » fidèles à la réalité de l’époque (n’oublions pas qu’il s’agit d’un film américain, et que, parfois, l’exactitude n’est pas leur fer de lance – quand on pense à ce qu’ils fait de Pride&Prejudice … )
    Enfin, seul lui le sait …

  7. ela silk dit :

    Il faudrait que je relise le livre, car je l’ai lu il y a longtemps déjà…
    Au niveau de l’exactitude, c’est vrai qu’il y a parfois certains abus! Comme je n’ai pas lu Pride and Prejudice, je ne sais si le film est fidèle. Beau, certes, fidèle je ne sais pas…
    Bon séjour là-bas!

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