C’est la cristallisation, comme dit Stendhal.

J’ai un gros coup de barre ce soir. Je ne sais pas quel effet a la fatigue sur vous, mais en ce qui me concerne c’est à double tranchant. Soit je passe de la condition d’être humain à celle d’objet inanimé et inutile, soit, au contraire, je suis très énervée, mon cerveau entre en ébullition et les idées se bousculent alors tellement vite dans ma tête que mes neurones se transforment en pistes de formule 1.

Des dizaines de questions fusent en même temps, et je me retrouve à crouler sous des interrogations hautement farfelues philosophiques auxquelles je n’ai pas de réponse : qu’est-ce qui me différencie psychologiquement d’un être humain possédant une agrégation de mathématiques ? Est-il réellement judicieux d’acheter deux cheese-burgers au lieu d’un big mac simplement pour n’avoir pas à ouvrir grand la bouche en public ? Dois-je privilégier le plaisir immédiat au détriment de projections dans l’avenir sous prétexte qu’il est possible que je me fasse renverser demain par un camion ? La découverte de la ressemblance quasi-parfaite entre l’oppositions féminin/masculin dans la pensée occidentale mise en avant par Bourdieu et le principe du Yin/Yang taoïste  va-t-elle réellement changer ma vie ? L’intolérable contradiction entre mon signe zodiacal et son ascendant est-elle un pied de nez du destin pour me rappeler que j’aurais du naitre un mois plus tard et que j’ai été curieuse trop tôt ?

A part ça, les beaux jours qui reviennent lentement ont un impact positif sur mon moral : je suis d’une bien meilleure humeur, moins fatiguée et je me sens de moins en moins ermite. J’ai envie de sortir, de me balader au milieu de la foule, voir de nouvelles têtes me fait du bien. J’aimerai bien également faire de nouvelles rencontres, discuter, mais surtout échanger. J’ai envie d’ébullition intellectuelle. J’ai envie de discussions profondes pour pouvoir partager tout ce sur quoi je médite depuis de longs mois, j’en ai assez de tout intérioriser.

Le fait d’avoir rencontré quelqu’un hier et d’avoir sur dès les premières paroles que le feeling pouvait passer tout de suite entre un inconnu et moi, comme si l’on parlait le même langage, m’a hautement rassuré sur mon potentiel de sociabilité et m’a redonné le sourire. Cela m’a également rassurée quant aux probabilités de découvrir de nouvelles personnes intéressante dans mon entourage plus ou moins proche (les ami(e)s des ami(e)s est un très bon filon), de m’ouvrir à des choses et des pensées nouvelles. J’ai envie de m’intéresser à tout, d’explorer, j’ai envie de folie intellectuelle, j’ai envie de parler philo, socio, psycho, sciences, de sortir des champs sur lesquels je me concentre habituellement.

L’effet printemps, je vous dis ! Sur ce, je vais tout de même aller me coucher avant de faire griller toutes mes synapses : ma mini semaine de travail étant finie, je vais pouvoir consacrer les quatre prochains jours à travailler intensivement sur ma thèse, et Dieu sait que je vais avoir besoin de mobiliser mes capacités cérébrales pour synthétiser et remettre en ordre tout ce que j’ai ingurgité ces derniers jours.

Publicités

7 réflexions sur “C’est la cristallisation, comme dit Stendhal.

  1. Mona dit :

    L’effet printemps… c’est vrai que c’est magique. J’adore aussi. Rencontrer des gens avec qui le courant passe, il n’y a rien de mieux, non ? C’est un moteur. J’ai de plus en plus de mal à comprendre certaine(s) personne(s) de mon entourage (une surtout) qui a une vie sociale nulle car elle ne fait aucun effort pour garder le contact, entretenir le lien, y compris avec ses amis, et a beaucoup de mal à se faire de nouveaux amis. C’est un peu démoralisant !
    J’aime bien tes questionnements en tous cas ! (perso je prends toujours deux cheeseburgers et je crois que les agrégés de maths sont comme nous, en un peu différents 😉 !)

  2. Randolph St Cosmo dit :

    Ha ha, pour vous qui aimez les chef-d’œuvres « Pride And Préjudice » et « Dead Snow » (hum), voilà un livre qui mêle la délicatesse éthérée des ambiances victoriennes au suspens digne d’un Edgar Allan Poe, j’ai nommé :

    « Pride and Prejudice and Zombies »
    http://en.wikipedia.org/wiki/Pride_and_Prejudice_and_Zombies

    qui, comme son nom l’indique sans ambiguïté, implique de jeunes anglaises de porcelaine en prises à la passion dans l’Angleterre puritaine et à des mangeurs de chair humaine bavants et grognants (jeunes femmes qui doivent donc logiquement apprendre l’usage d’un certain nombre arts martieux, nécessaires dans de telles circonstances).

    Suivi de «Sense and Sensibility and Sea Monsters», dévoilant (enfin) la réalité de la scène lors de laquelle Mr Willoughby sauve Marianne non pas d’une vilaine bronchite mais d’un calamar géant (un danger plus immédiat, donc).

    «Tandis qu’elle se trouvait étendue sur la berge, suffocante, trempée par l’eau fétide et les sucs immondes qu’exsudait le monstre, lequel crachait de petit morceaux de cervelle et du sang depuis les commissures de sa bouche, un gentleman revêtu d’une tenue de plongée et d’un casque, et muni d’un harpon, courut lui prêter secours […] Le gentleman offrit ses services ; mais s’apercevant que la modestie de la jeune fille déclinait ce que sa situation rendait nécessaire, il la prit dans ses bras et la porta sans plus attendre au pied de la colline.»

    C’est beau 😥
    Article ni échangé ni remboursé.

  3. Emily G. dit :

    @Mona : C’est justement ce « un peu » dans la différence qui m’interroge uhuh ^^ (en ce qui me concerne, la case « compréhension des sciences dures » est absente de mon cerveau)

    @Randolph St Cosmo : Je connais de nom ces livres, qui sont loués par un grand pan de la blogosphère féminine. En ce qui me concerne, j’invoque mon droit au scepticisme : bien que j’apprécie les deux, j’évite de combiner les zombies avec les demoiselles victoriennes, qui offrent un mélange à mon avis moins savoureux que le wasabi et la sauce soja. La plume d’Austen est je pense bien meilleure nature, et je ne suis pas assez fanatique de la dame pour pousser le vice jusqu’à ingurgiter tous les produits dérivés de son oeuvre. Pour tout dire, la couverture à elle seule m’aurait fait fuir eheh.
    Bien à vous,

  4. piedsnussouslalune dit :

    Oh dis donc! Je suis totalement cet état d’esprit aussi en ce moment… C’est la même chose à chaque printemps! Et à chaque automne, j’ai l’impression de m’éteindre… J’adore ce sentiment de renaissance et de bouillonnement!
    C’est d’ailleurs dans cette logique que j’ose te laisser un commentaire pour la première fois, alors que je te lis (avec grand plaisir) depuis longtemps!
    Sinon, « Dois-je privilégier le plaisir immédiat au détriment de projections dans l’avenir sous prétexte qu’il est possible que je me fasse renverser demain par un camion ? »… Euh, on va dire que celle-là je me la pose à longueur de journées et elle me rend dingue! C’est un des grands sujets de discussion avec moi-même et on ne tombe jamais d’accord. Épuisant…

    • Emily G. dit :

      Je ne sais pas si je dois être soulagée ou alertée de savoir que d’autres que moi discutent avec eux-mêmes … 🙂 J’ai annoncé un jour à une collègue que l’on était plusieurs dans ma tête, elle ne s’en est pas encore remise uhuh.
      (Merci de ton commentaire, je suis toujours contente quand mes lecteurs sortent de l’ombre !)

  5. Randolph St Cosmo dit :

    Je me doutais un peu que je ne vous apprendrai rien…
    Quant à Randolph St Cosmo vient simplement d’un livre, et révèle un manque d’imagination que je regrette d’autant plus que votre idée d’un pied de nez était particulièrement savoureuse…
    (Et si je vous vouvoie, ce n’est pas en raison d’un grand âge mais simplement parce que je trouve que cela se perd sur internet, alors que j’aime bien user un poil ma touche z; bon évidemment là ce ne fut pas le cas dans ce commentaire, mais que voulez-vous… Ha, « voilà! » comme dirait heath Ledger, avec les mains et tout)
    (Certains murmurent que ça aurait également une certaine élégance qui confinerait presque au mystère)

    • Emily G. dit :

      J’ai en effet remarqué après avoir répondu à votre commentaire que Randolph St Cosmo était un personnage et j’ai donc corrigé mon erreur (j’étais pourtant assez fière de ma trouvaille, à vrai dire. Pratiquer à l’excès le décorticage littéraire fait que l’on en arrive à chercher un sens caché sous chaque mot).
      Quant au vouvoiement, n’hésitez surtout pas à le pratiquer ici, j’apprécie particulièrement la distinction !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s