Au coeur de vos dédales je n’étais qu’Ophélie.

Je songe à de grands châteaux, des fontaines, des arbres blancs de neige. Je rêve Marienbad et ses eaux qui ont vu passer Kafka et Goethe. J’ai des visions de Twain à son bureau dans la chambre chaude d’un hôtel donnant sur une place de marbre, j’entends les notes de Chopin et Mahler parcourir les grandes étendues de Bohême.

Je veux me terrer dans mon canapé devant L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais. J’écoute Barbara et je suis bouleversée. Je vois une longue dame marchant dans de grands parcs, un homme si beau que contempler son visage me déchire le corps, des lacs aux vaguelettes clapotant sur les berges d’herbes sombres, des plumes noires et des nymphes dansant sous des cieux gris et or.

Marienbad, Barbara :

Sur le grand bassin du château de l’idole,
Un grand cygne noir portant rubis au col,
Dessinait sur l’eau de folles arabesques,
Les gargouilles pleuraient de leurs rires grotesques,
Un Apollon solaire de porphyre et d’ébène,
Attendait Pygmalion, assis au pied d’un chêne.

Je me souviens de vous, et de vos yeux de jade,
Là-bas, à Marienbad, là-bas, à Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ? Où sont vos yeux de jade ?
Si loin de Marienbad, si loin de Marienbad.

Je portais, en ces temps, l’étole d’engoulevent,
Qui chantait au soleil et dansait dans les temps,
Vous aviez les allures d’un dieu de lune inca,
En ces fièvres, en ces lieux, en ces époques-là,
Et moi, pauvre vestale, au vent de vos envies,
Au cœur de vos dédales, je n’étais qu’Ophélie.

Je me souviens de vous, du temps de ces aubades,
Là-bas, à Marienbad, là-bas, à Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ? Vous chantez vos aubades
Si loin de Marienbad, bien loin de Marienbad,

C’était un grand château, au parc lourd et sombre,
Tout propice aux esprits qui habitent les ombres,
Et les sorciers, je crois, y battaient leur sabbat,
Quels curieux sacrifices, en ces temps-là,
J’étais un peu sauvage, tu me voulais câline,
J’étais un peu sorcière, tu voulais Mélusine.

Je me souviens de toi, de tes soupirs malades,
Là-bas, à Marienbad, à Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ? Où sont vos yeux de jade ?
Si loin de Marienbad, bien loin de Marienbad.

Mais si vous m’appeliez, un de ces temps prochains,
Pour parler un instant aux croix de nos chemins,
J’ai changé, sachez-le, mais je suis comme avant,
Comme me font, me laissent et me défont les temps,
J’ai gardé près de moi l’étole d’engoulevent,
Les grands gants de soie noire et l’anneau de diamant.

Je serai à votre heure au grand château de jade,
Au cœur de vos dédales, là-bas à Marienbad,
Nous danserons encore dans ces folles parades,
L’oeil dans tes yeux de jade, là-bas, à Marienbad.

Avec tes yeux de jade, nous danserons encore,
Là-bas, à Marienbad, là-bas, à Marienbad,
Mais me reviendras-tu ?
Au grand château de jade,
A Marienbad…

C’est un jeudi ordinaire.

J’avais douze ans la première fois que j’ai marché sur l’eau.

Aujourd’hui, au travail, j’ai quitté mon poste pour monter au secrétariat classer des dossiers de candidature étrangers par ordre alphabétique. Quand j’ai eu fini, je suis redescendue et j’ai classé des sujets d’examen par matière. Quand les sujets d’examen ont été rangés, j’ai pris ma pause déjeuner et j’ai mangé des frites à la moutarde au soleil, sur un banc.

Quand je suis revenue, j’ai dû retourner au secrétariat rejoindre deux collègues attelés à l’épanouissante tâche suivante : reprendre les dossiers un par un afin de vérifier s’ils étaient complets. On m’a dit de faire deux tas, un « complets » et un autre « incomplets ». Je me suis demandée pourquoi j’avais classé ces mêmes dossiers ce matin vu que, manifestement, en faisant deux tas, j’allais les déclasser.

Pendant ce temps là, une secrétaire genre mère Michu est passée environ 5 fois en un quart d’heure dans la salle où l’on était (une fois pour un verre d’eau, trois fois sous un prétexte fallacieux et une fois en murmurant un truc incompréhensible dans sa barbe comme quoi quelque chose ne marchait pas dans son bureau (mon oeil) (tout ça pour ne pas bosser).

On a ri comme des baleines en lisant des lettres de motivation du style « J’ai l’honneur d’avoir les capacités de pouvoir demander mon intégration dans votre illustre institution ». Mes deux collègues démissionnent à la fin de l’année, car ici, c’est deux ans de service maximum, après on devient complètement siphonné. Moi, je me donne encore un an. Le lycée dans lequel je travaille ressemble à Shutter Island (sans Leonardo), des fous à lier dans chaque bâtiment et les plus dangereux au milieu.

Quand a sonné l’heure de partir, une gamine complètement dépressive m’est tombée dans les bras, j’ai du me transformer en assistante sociale puis l’emmener à l’infirmerie. Mais pour être franche, je me suis enfin sentie utile, j’en avais presque la larme à l’oeil. Sinon, j’ai beaucoup regardé le ciel par la fenêtre, j’ai pensé à la petite brise qui soufflait par la fenêtre à l’Heure Bleue samedi, quand je buvais mon thé Mr Vertigo. Par association d’idée, j’ai pensé très très fort à Paul Auster (je suis amoureuse de lui) et je me suis dit que j’aimerais tout de même bien écrire un livre avant de me mettre à tourner sur moi-même en poussant de cris aigus et que des messieurs en blanc viennent me chercher.

Y una noche de luna El silencio rompió La guitarra moruna Y una voz que cantó

S’il y a une chose à savoir sur moi, avant les sept autres, c’est que j’ai toujours un train de retard (pour preuve, j’ai commencé à écouter Nirvana quand Kurt Cobain était déjà mort). Mais un léger manque d’inspiration couplé à une envie de dévoiler quelques traits de ma personnalité n’ayant aucun rapport avec ma thèse / la Chine / la littérature/ ma passion pour les cheveux, bref, de toutes ces choses dont je vous abreuve continuellement, m’ont décidée à répondre à ce tag. Sept choses que vous ne savez pas sur moi, donc :

Mon sens de la morale est quasiment inexistant. Absence d’éducation religieuse qui m’a sauvée des notions de « bien » et de « mal », de « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas » ? Je ne sais, mais j’avoue que je ne suis pas choquée par grand chose. La seule barrière à un acte est pour moi la souffrance que l’on peut causer à autrui et pas la bien-pensance ou les tabous d’une société.

Je suis née en Normandie, dans la vallée industrielle de la Seine, en banlieue rouennaise. Certainement le coin de plus moche de la région, la faute à une ascendance ouvrière. J’aurais préféré naître dans le Calvados (que j’aime d’amour depuis que j’y suis allée en vacances)  comme mon papa mais on ne choisit pas.

Je porte le nom de ma grand-mère car mes grands-parents paternels ne se sont jamais mariés.

J’adore les bateaux. Je ne sais absolument pas naviguer mais j’espère y remédier un jour. J’ai une faiblesse pour les voiliers en bois. D’ailleurs si j’étais un homme je serais capitaine. Ou pirate.

Je ne suis absolument pas impressionnable et je n’ai peur de rien. Ni des souris, ni des insectes, ni du noir, ni des avalanches, ni de mourir lancée à 180 km sur l’autoroute.

Je n’ai aucun instinct maternel. Ma conscience me dicterait de ne pas laisser mourir de faim un nourrisson si j’en trouvais un sur mon paillasson, mais c’est limite. Je ne suis pas sure que ça se soigne.

J’adorerais savoir me battre et me servir d’une arme. Blanche ou à feu (les deux de préférence). C’est mon côté Robin Scherbatsky/James Bond Girl/Lara Croft/Calamity Jane (rayez la mention inutile). J’aime bien me fantasmer en guerrière.

(En fait, au vu des quatre dernières réponses, je crois que je viens de découvrir que je suis un homme, super viril en plus).

Un jour en Chine.

Un temple, des moines, une maison de thé, la Cité Interdite sous la pluie et la Grande Muraille, quelques souvenirs agrémentés de littérature …

« Une cour. Il y a encore là un temple. C’est une salle ténébreuse d’où s’exhale une odeur de terre. Elle est garnie d’idoles qui, des trois côtés de la pièce, disposées sur deux files, brandissent des épées, des luths, des roses et des branches de corail (…) « 

Paul Claudel, « Ville la nuit » in Connaissance de l’Est.

« Onze fois sur douze, quand après son départ, je viens voir s’il a bu son thé, je retrouve le couvercle sur la tasse, et les feuilles flottant à leur gré dans le pâle liquide. Il n’aime que ses livres. »

Pearl Buck, Vent d’Est, vent d’Ouest.

« La vaisselle lui incombait tout naturellement. Ce qui le consolait, c’est que dans la salle d’eau collective, il n’y avait que des hommes à la vaisselle. Dans ces conditions il n’avait pas lieu de se plaindre. »

Chi Li, Triste vie.

« Il y avait sur chaque rive, se reflétant dans la rivière bleue, des arbres de suif et du blé en herbe, des fleurs sauvages, des poules, des chiens, des buissons et des arbres rabougris, des chaumières, des pagodes, des monastères, des paysans et des paysannes, de jeunes campagnardes, du linge séchant dehors, des moines, des vêtements de pluie en fibres végétales, des chapeaux en lamelles de bambou, le ciel, les nuages et les bambous. »

Lu Xun, Un joli récit.

« Les verres qui protégeaient les ampoules se brouillèrent et, en quelques minutes, la grande pluie de Chine, furieuse, précipitée, prit possession de la ville. »

André Malraux, La condition humaine.

 » – Quelle chose peut rester jeune à jamais ? s’exclama-t-elle en riant. Puis elle ajouta, après un temps de réflexion : Ainsi, moi, je suis d’un autre temps. A quel titre trouverais-je à redire aux nouveautés ? »

Wang Anyi, Le Chant des regrets éternels.

En partance.

Juste au cas où il arriverait à destination tout cabossé et déchiré, après avoir été si amoureusement emballé  et posté aujourd’hui …

… voici, entre la boite à épices Puget et le livre rose à macarons (oui, j’aime cette étagère, promis la prochaine fois je trouverai un autre endroit à photographier !), le colis que recevra prochainement Ela Silk ! Le carton tout marron, c’était définitivement trop moche. Il vous plaît ?

And the winner is …

Autant vous le dire tout de suite : les délibérations n’ont pas été faciles. Les membres du jury n’étaient absolument pas d’accord, à tel point que le débat a failli virer au pugilat. Si chacun était resté sur ses positions, c’est bien simple, chaque participant aurait gagné ! Comme il a bien fallu départager les candidats, les augustes membres (rien de pervers dans cette phrase, ce n’est pas parce la nuit est bien avancée qu’on peut se permettre n’importe quoi !), au plus fort de la bataille ont à un moment donné évoqué la mise en place d’un système de vote par sms, puis sont finalement revenus à la raison. Confrontés à tant de grandes émotions, ils n’ont pas eu le choix et ont décidé de juger très impartialement, en fonction de ce qui, eux, les aurait émus le plus.

(Quel suspense, mes amis !)

(Lancez les paris, c’est le moment)

(Est-ce que je dois vraiment continuer à parler de moi à la troisième personne ?)

(Oui ?)

(Non?)

(Non, d’accord)

(Mais c’était drôle quand même)

J’ai été absolument sciée par le récit de Pieds nus sous la lune, si bien que je n’ai pas de mots à mettre dessus. Une autre que moi lui aurait certainement décerné la palme, d’ailleurs. J’ai été très attendrie par celui de Bleu Cerise, qui m’a rappelé mes années lycée. J’ai également beaucoup apprécié celui de Mathioulet (un bon livre au coin du feu, il n’y a que ça de vrai). Néanmoins, ce sont les émotions artistiques d’Emma et d’Ela Silk qui m’ont le plus touchées (honte à moi, les oeuvres d’art me touchent plus que les naissances et les amis – inhumaine je suis, inhumaine je resterai). Je me suis totalement retrouvée dans ces deux instants précieux (cette phrase ne contient aucune publicité subliminale pour un parfum de Lancôme). Pour être honnête, la sculpture me procure d’ordinaire infiniment plus d’émotions que la peinture, quand en plus il s’agit de Camille Claudel, je ne réponds plus de moi (je suis une fille émotive, il suffit de tirer sur la corde sensible, vous me dites « Claudel » ou « Gainsbourg », et je vous donne sans moufter mon corps chat, mon appartement et le code de ma carte bleue). Mais, à la lecture du récit d’Ela Silk époustouflée par le tableau du Titien, je me suis revue dans ce même Musée des Offices, à Florence, trois ans en arrière, à sauter partout de joie car j’étais entourée par d’authentiques Botticelli (j’ai eu de la chance ce jour là, il n’y avait aucun japonais devant la Vénus).

La grande gagnante de ce concours anniversaire est donc Ela Silk, à qui j’enverrai son cadeau (plein de lingots d’or et de pierres précieuses, ça va de soi) dès que j’aurais son adresse (Emma, tu es sur la deuxième marche du podium, je t’offrirai un thé à l’Heure Bleue pour la peine ;))

J’espère que mon petit colis plaira (ça m’angoiiiissse !)

Encore merci aux participant(e)s, car je sais que les « règles du jeu » n’étaient pas des plus évidentes et nécessitaient un investissement personnel. Et merci mille fois aussi pour vos voeux d’anniversaire !