Ronde de nuit.

1h20.

Danser toute seule sur du Gainsbourg en faisant des ronds de fumée, fenêtre grande ouverte.

Trompette, contrebasse et piano jazz.

Extase.

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Lazare.

Bon.

Dans un grand cri discordant et à fendre l’âme, mon Macbook est décédé hier soir. J’ai donc ressorti mon vieux PC de derrière les fagots. J’avais oublié combien les systèmes d’exploitation microsoft peuvent me rendre hystérique, et combien ne pas pouvoir passer d’une fenêtre à l’autre d’un simple mouvement du poignet me fait hurler de rage. Sans compter l’absence de mes sites favoris, de Mail qui centralise mon courrier, de NetNewsWire qui m’indique gentiment tout au long de la journée les nouvelles publications des blogs que je suis, de ma bibliothèque iTunes, de mes identifiants pré-enregistrés quand je veux me connecter à un site.

J’ai passé la soirée et la nuit à m’arracher les cheveux et me lamenter comme une pleureuse sicilienne, à sangloter sur la sort funeste de la prunelle de mes yeux, à me rouler par terre de douleur en hurlant à la mort.

Ce matin, le Génie de l’informatique, dans sa grande miséricorde, a soulevé la bête pour constater que la batterie s’était bêtement désolidarisée du corps. Une petite pression du doigt plus tard et un coup de clé pour bloquer le tout, et mon Précieux revenait à la vie.

J’ai eu l’air fin (mais ma joie est sans limite).

Henry and June, Philip Kaufman, 1990

Aujourd’hui, un article cinéma sur lequel je méditais déjà à la création de ce blog.

1931. Anaïs Nin vit avec son mari Hugh dans leur maison de Louveciennes, près de Paris. La rencontre avec Henry Miller et son épouse June va avoir une influence prépondérante sur l’existence d’Anaïs, tant au niveau personnel qu’artistique.

Henry and June retrace la passion de l’écrivain pour le couple Miller. Maîtresse, amie et soutien financier d’Henry, femme-crysalide subjuguée par la beauté et la féminité de June, Anaïs Nin noircira cette année-là des cahiers entiers de son journal intime, portée par son nouvel éveil à la sensualité et au désir, mais également par des réflexions sur la complexité des relations amoureuses et des sentiments.

Il est intéressant de noter que le film n’est pas adapté du célèbre Journal publié en 1966, mais de la nouvelle Henry and June tirée du Journal amoureux : Le journal intime non censuré d’Anais Nin 1931-1932 (The Journal of Love : The unexpurgated Diary of Anaïs Nin 1931-1932), publié après la mort de l’écrivain par son exécuteur testamentaire.

En effet, le Journal, publié du vivant d’Hugh Parker Guiler, le mari d’Anaïs Nin, a été à la demande de l’auteur totalement expurgé de ses nombreux passages intimes (en même temps qu’il a été abrégé, des coupes ayant été nécessaires à la publication de ce journal monumental dans lequel Anais Nin écrivit tous les jours jusqu’à la fin de sa vie), les amants transformés en amis et les références à Hugh éliminées.

Je me souviens m’être demandée quand j’ai commencé le Journal (il y a longtemps, lorsque j’étais jeune et naïve) s’il n’y avait pas anguille sous roche. J’ai bien sûr découvert peu après que l’intimité entre Nin et Miller était de notoriété publique. La lecture d’Henry and June (publiée en français sous le titre : Henry et June – les cahiers secrets chez Pocket) est venue plus tard donner un éclairage très intéressant et complet sur cette relation censurée dans le Journal de 1966.

Le film n’est pas tout à fait fidèle à la nouvelle, Kaufman s’étant octroyé quelques libertés, notamment en prêtant à Anaïs et June une relation physique, inexistante en réalité, la passion entre les deux femmes ayant été uniquement platonique (mis à part quelques baisers) malgré le désir et l’admiration d’Anais Nin pour la féminité torride de June.

Cela étant, le casting féminin est des plus réussi, avec une Maria de Medeiros qui prête sa gracilité et sa latinité à l’écrivain, et une Uma Thurman à couper le souffle, sensuelle en diable, aussi insaisissable et évanescente que la vraie June qui nous est décrite dans le récit. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous faire partager les lignes écrites par Anaïs Nin après sa première rencontre avec cette dernière :

A startingly white face, burning eyes. June Mansfield, Henry’s wife. As she came towards me from the darkness of my garden into the light of the doorway I saw for the first time the most beautiful woman on earth.
Years ago, when I tried to imagine a pure beauty, I had created an image in my mind of just that woman. I had even imagined she would be Jewish. I knew long ago the color of her skin, her profile, her teeth.
Her beauty drowned me. As I sat in front of her I felt that I would do anything she asked of me. Henry faded, She was color, brilliance, strangeness.

Les personnages masculins sont selon moi beaucoup moins convaincants, Kaufman nous donnant à voir un Henry Miller un peu trop primaire : n’oublions pas que le ciment de l’entente entre les deux écrivains, avant d’être la chair, et bien après qu’ils aient rompu, fut la littérature et leurs styles si complémentaires. C’est l’écriture abrupte de Miller, si éloignée de la finesse et des fuites oniriques d’Anais Nin, qui subjuguèrent de prime abord celle-ci en la propulsant de plein fouet dans une autre vérité.

Même s’il est notoire que Miller n’était pas un modèle de subtilité, le personnage campé par Fred Ward en manque un peu trop : on se demande bien où se trouve le génial auteur de Tropique du Cancer sous ce chapeau mou. Quant à Hugo, le mari d’Anaïs Nin, il m’apparaissait bien moins niais dans le livre (ce dernier avis n’engageant que moi). Certains détails collent cependant parfaitement au Journal, par exemple la maison de Louveciennes dont les murs étaient peints d’une couleur différente dans chaque pièce,  les tenues excentriques d’Anaïs Nin ou encore le maquillage de June.


Henry and June est incontestablement à voir pour les amoureux d’Anais Nin et de son oeuvre (dont je fais partie, le Journal ayant été l’un des plus grands chocs littéraires de ma vie). Pour les autres, je doute que le film présente un grand intérêt, si ce n’est (comme dans la majorité des films dont je parle ici) celui de l’esthétique et des costumes.