Comme la caresse du rien.

Depuis l’enfance, j’ai voulu successivement être écrivain, avocate, archéologue, ethnologue, professeur de karaté, journaliste et j’en passe. Pour résumer, je voulais faire quelque chose, être dans l’action. C’était me leurrer totalement sur ma vraie nature, car je ne connais personne d’autre qui se complaise autant que moi dans la contemplation. J’aime regarder le ciel et regarder bouger les nuages. Ce soir, par exemple, le ciel est d’un bleu pourpre et les nuages orangés. J’aime rester assise à réfléchir, calée dans un fauteuil. J’aime écouter les voix des gens qui viennent de la rue, voir les rideaux être soulevés par le vent. J’aime respirer l’odeur du café le matin, sentir glisser le sable dans ma main à la plage, faire des clapotis dans l’eau avec mes pieds. J’aime être seule, dans mon cocon. Je ne suis pas un être réellement social : si j’ai besoin sporadiquement de voir d’autres personnes, arrive toujours un moment où j’ai de nouveau besoin de solitude. Les groupes, les clans, le mouvement perpétuel, ça n’est pas pour moi.

Je me suis crée des ambitions intellectuelles : après deux master, des entretiens d’embauche ratés qui m’ont dégoûtée et ne m’ont pas apporté une grande confiance en moi, des jobs d’appoints qui m’ont rappelée combien un travail alimentaire peut-être déprimant, voire dégradant (heureusement, le dernier en date ne pourrait être plus éloigné du bagne, tant au niveau des horaires que des tâches qui me sont attribuées), je me suis lancée dans la recherche. J’ai parfois l’impression de n’être capable de rien, je ne sais pas me vendre, je ne sais pas me mettre en avant. Je n’ai pas d’autre but que d’obtenir, à terme, un poste à l’université, et j’ai décidé que ce but-ci devait être atteint quoiqu’il arrive. J’ai pour cela entrepris de publier des articles, faire des colloques, élaboré stratégiquement un plan A et un plan B pour me donner toute chance de succès une fois mon doctorat obtenu. J’attends que l’on me juge sur mon travail, mes écrits et pas sur ma tchatche.

Mais soyons francs, la vie dont je rêve, c’est une vie à regarder le temps passer. Lire de bons livres emmitouflée dans une couverture l’hiver, étalée dans l’herbe l’été. Voir les saisons défiler de ma fenêtre en écoutant de la musique, une tasse de thé à la main. Aller me tremper les pieds dans l’océan, écouter les vagues, goûter à d’autres pays de temps en temps. Laisser, en fait, la vie passer sur moi. Je ne suis pas de ceux qui ont viscéralement besoin de faire pour exister. Bien sûr, je désire que l’on reconnaisse mon travail et mes compétences, c’est le lot de tout chercheur et le but que je me suis donné, mais tout bien pesé, ce que j’aime avant tout, c’est regarder les bateaux passer, admirer ceux qui ont pris la peine d’apprendre à naviguer pendant que je reste assise sur la berge. Timidité ? Flemme ? Peut-être un peu des deux. Certains sont faits pour êtres acteurs, d’autres spectateurs. Il faut de tout, et il y a assez de jolies choses dans ce monde pour me contenter jusqu’à la fin. Je changerais peut-être un jour. Pour l’instant, ça me va.

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13 réflexions sur “Comme la caresse du rien.

  1. Mona dit :

    Je suis vraiment comme toi, et pourtant j’ai aussi un plaisir fou à accomplir des choses purement manuelles. Je me suis rarement sentie aussi utile que lorsque j’ai été factrice. Un travail non gratifiant, difficile, fatigant, mais un tel sentiment d’utilité, de pragmatisme, d’accomplir quelque chose que j’ai au final aimé ça. Toute tâche manuelle, cuisiner, bricoler, assembler, etc me procure ce plaisir. Et au final, je me veux « intellectuelle » alors que ce sentiment d’inaction me rend fébrile.
    Je me demande si le métier rêvé pour des gens comme nous (du moins pour moi) n’est pas le journalisme culturel ! Etre payée pour lire, voir des spectacles et aller au cinéma, quoi de mieux ?

  2. Bernard dit :

    Amusante coïncidence, ce 30 juillet 2010, j’ai reçu un message de ma meilleure amie qui m’écrit « J’aspire de temps à autre à un peu de sérénité… Je rêve souvent de quelque chose de si simple pouvoir profiter d’une journée rien que pour moi uniquement le plaisir de contempler un ciel bleu comme ma couleur préférée et écouter ma musique préférée ».

  3. S. l'autre obsessionnelle dit :

    c’est étrange comme nous sommes différentes, mais comme je T’AIME à la folie!

    Moi je ne tiens pas en place, je fais toujours 1000 choses à la fois, je m’embrouille facilement, si je m’arrête de bouger, limite ça m’angoisse ahahah! J’exagère un peu, mais je crois que oui, je suis l’opposée du beau portrait que tu viens de présenter. Tu as raison de vouloir que l’on te juge sur ton travail, tes écrits, ils sont brillants!

    Aujourd’hui, par exemple, je suis presque terrorisée de n’avoir rien à faire, mais soit, je pourrais peut-être avancer Paul Auster ou Anaïs Nin, mais je risque de m’étaler sur mon canapé et de m’endormir…

    Bise d’un samedi blondie!

  4. Alexandrine dit :

    J’ai une solution : épouse un riche (très riche veux-je dire, un million n’est pas encore suffisant). Comme ça, plus besoin de se préoccuper d’argent, tu fais les choses pour le plaisir…Le pied c’est ça à mon avis. Bon, encore faut-il trouver un riche disponible. Mais ça c’est une autre histoire.^^

  5. Shopgirl dit :

    Je ne pense pas que la flemme soit de mise, je pense que c’est une nature, voilà tout !

    Je n’ai pas le master, ni de réel « bagage », je rêve d’une vie comme tu la présentes et comme je suis coincée avec des pb de santé, j’ai la « chance » de pouvoir vivre au ralenti, d’observer les choses. Je n’ai jamais beaucoup de choses à raconter, il est difficile de faire comprendre ce mode de vie.

    L »équilibre serait d’avoir un peu des deux ;).

  6. Marine dit :

    J’ai découvert depuis peu que la contemplation permet une certaine capacité d’absorption de tout ce qui se passe autour de nous, et il semble que c’est une qualité très appréciable dans certains métiers (la recherche, certes, mais pas que)… Etant moi même plus dans l’action, je suis assez envieuse de ceux et celles qui arrivent à regarder le temps passer…
    Beau billet !!!

  7. Emma dit :

    Je ne sais pas s’il s’agit typiquement d’un « truc » de littéraire mais je me reconnais tout à fait dans cette facette de ta personnalité et je trouve ça plutôt rassurant.
    Et j’admire également ta franchise et ta lucidité car je pense qu’il y a effectivement une petite part de flemme dans tout ça. De timidité aussi, cela va sans dire.
    Mais il faut bien admettre que s’il est peut-être plus commode et simple d’observer le monde plutôt que d’y participer activement, tes aspirations n’en sont pas moins louables et j’espère de tout coeur que tu décrocheras ce poste à l’université dont tu rêves.

  8. Emily G. dit :

    @ Gabriel : Je signe demain ! (Pour tout dire, c’est le costume qui a achevé de me convaincre) 😉

    @ Mona : J’aime bien les travaux manuels aussi, mais bizarrement, être absorbé dans une tâche qui requiert de la concentration ou absorbé dans le rien, pour moi, c’est la même chose. Le modelage, la sculpture, la peinture, l’enfilage de perle ou que sais-je, c’est hautement contemplatif (alors qu’aller courir, par exemple, c’est de l’action)

    @ Bernard : Comme je le comprends…

    @ Sonia : Il faut bien un peu de calme pour tempérer la pile électrique que tu es (imagine deux comme toi ! Quelle folie !!! 😉 😉

    @ Alexandrine : Hum… j’aurais tout de même quelques scrupules à devenir une femme entretenue (mais si je trouve un milliardaire, promis, je réfléchirais à la question) 🙂

    @ Shopgirl : C’est vrai que quand on me demande quelque chose comme « alors, qu’est-ce que tu as fait de beau ces temps-ci ? » (ces questions proviennent toujours de personnes qui sont dans l’action, d’ailleurs, moi je demande toujours ce qu’il y a de neuf, quelles sont les nouvelles, mais pas ce que les gens ont fait), je bloque un peu … C’est sûr que raconter qu’on a regardé les fleurs pousser toute la journée ou qu’on est resté enfermé dans la bibliothèque, pour certains, c’est un peu étrange 😀

    @ Marine : Il m’arrive par période d’être dans l’action. Quand je suis prise dedans je ne me pose pas la question, j’agis. L’action amène bien souvent l’action d’ailleurs, j’entends par là que quand on commence à bouger ou agir, on est motivé pour continuer sur sa lancée. Le plus dur, c’est de s’y mettre. Ceci dit, arrivera toujours un moment où il me faudra appuyer sur pause et me livrer de nouveau à l’introspection. Mais j’ai remarqué que canaliser des personnes actives est beaucoup plus compliqué que faire bouger (un peu) des contemplatifs. A moins que ça ne se travaille ?

    @D’autre temp : J’adore les montres à gousset, j’en cherche une depuis longtemps mais je ne trouve jamais le modèle parfait!

    @Emma : J’espère aussi avoir ce poste à l’université un jour, de toute façon je n’ai pas de plan B (à part tenter ma chance en Chine en faisant totalement autre chose, ce qui me ferait quand même de la peine après tant d’efforts). Ma chance est d’être sur un créneau porteur (le chinois + le genre), un poste devrait être accessible sans trop de difficulté si je m’en donne les moyens (càd si je me remets sérieusement à la langue chinoise, ce que je compte faire après ma thèse en partant de nouveau en Chine).
    Je crois également que je suis contemplative à cause de mon éducation, mon père est tout à fait comme moi (ou plutôt, je suis comme lui ;))

  9. Harry dit :

    Je suis un peu comme çà. J’ai une nature nonchalante et suis paresseux (mais pas fainéant), car j’aime avoir du temps. je fais vite les choses pour simplement être assis, regarder le paysage, faire des choses artistiques.
    J’assure simplement avec un job qui ne me prend pas trop de temps.

    • Emily G. dit :

      Tiens, mon père dit exactement la même chose : « je suis paresseux, pas fainéant ». Il est vrai que la nuance est d’importance.
      Je suis très nonchalante aussi, c’est important de prendre du temps pour vivre, ou ne rien faire, simplement.

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