Tout.

Je veux tout de la vie, être une femme et aussi un homme, avoir beaucoup d’amis, et aussi la solitude, travailler énormément, écrire de bons livres, et aussi voyager, m’amuser, être égoïste, et aussi généreuse…

Simone de Beauvoir

« The Piano », Jane Campion, 1993.

En attendant de vous montrer mon nouveau chez-moi (c’est à dire, en attendant que mon APN soit chargé et que je prenne de jolies photos en pleine lumière), voici un article cinéma (il y a bien longtemps que je n’en avais pas fait). A présent que je vis seule, et sans télévision, j’aime bien me plonger, le soir venu, dans des films que j’aime.

Palme d’or (très très méritée selon moi) au festival de Cannes de 1993, The Piano (La leçon de piano de son titre français) de Jane Campion (qui nous a gratifiées récemment du très beau Bright Star) raconte l’histoire d’une jeune veuve écossaise, Ada McGrath (interprétée par Holly Hunter, au jeu fort et intense), mariée par son père à un colon néo-zélandais qu’elle ne connait pas, Alistair Stewart (Sam Neil).

Débarquée sur une plage de l’île avec tous leurs effets, Ada et sa fille Flora attendent qu’Alistair vienne les chercher. Quand celui-ci arrive, il décide d’abandonner sur la plage le piano que la jeune femme a apporté d’Europe avec elle, trop lourd et inutile selon lui. Musicienne de talent, c’est à travers son piano qu’Ada, muette, exprime ses émotions. L’abandon de l’instrument est pour elle un déchirement.

Ada supplie Baines, un voisin d’Alistair qui vit en harmonie avec les Maoris, de l’emmener sur la plage où se trouve le piano. Peu après, celui-ci, sensible aux charmes d’Ada et à sa virtuosité, marchande l’instrument au mari de la jeune femme en échange de terres. Pour attirer Ada chez lui, il lui propose, en échange de la pratique du piano, activité vitale pour elle, un étrange marché.

Dès les premières images,  l’on est plongé dans la sublime photographie du film :  nature sauvage, océan grandiose et végétation luxuriante. De la boue et de la pluie torrentielle d’une terre inconnue à Ada qui répugne à s’intégrer à ce nouveau monde et à s’attacher à son époux, des vagues sourdes qui accompagnent la musique du piano lors d’une scène magistrale dans laquelle la jeune femme joue sur la plage, en passant par les arbres aux branches noires et noueuses qui composent une forêt aussi dense et impénétrables que les émotions des personnages, la caméra nous donne à dévorer des yeux, entre mer et montage, un monde intact et primitif, dur et beau, parfois déchaîné.

The Piano, servi – c’est à souligner – par l’une des plus belles bandes originales de toute l’histoire du cinéma, avec ses sublimes paysages et le face-à-face entre colons européens et autochtones dans une nature vierge s’inscrit, pour moi, dans la même veine que The New World de Terrence Malik. Les émotions et les images y sont de la même façon à couper le souffle. Certaines penseront que je suis mono maniaque, mais je ne peux décemment écrire cet article sans mentionner les costumes du XIXème siècle, que les amatrices apprécieront à leur juste valeur.

Et sans doute on verra apparaître quelques dessins sur la buée des fenêtres.

Journée maussade passée à ruminer. Le blues de septembre m’a finalement rattrapée. Le temps est gris, le ciel est lourd, et pour bien faire il pleuvra demain. La rentrée scolaire est intense, je n’ai pas arrêté de la journée, répété cent fois les mêmes choses, donné mille fois les mêmes informations à des élèves différents, fait le tour des sections, trié, photocopié, classé, me suis fait tenir la jambe par la Grande Prêtresse qui m’a donné à résoudre un problème qu’elle aurait pu régler elle-même (comme si je n’avais que ça à faire. Notez que pendant qu’en bas, nous courons partout et tentons d’être efficaces, elle reste assise sur son trône à brasser de l’air en glapissant un ordre et un contre-ordre à la minute). Je suis psychologiquement fatiguée et un peu déprimée par ce temps d’automne. La preuve, mon titre est tiré d’une chanson de Cabrel. J’ai eu froid en me levant ce matin, ce qui m’a donné un petit avant-goût désagréable de ce que seront les aubes hivernales de mes jours ouvrés. Ma rue ressemble à un ville afghane sous les bombes, j’ai même été obligée de faire un détour pour rentrer. Le bon point, c’est que je prépare mon déménagement (adieu le bruit). Le mauvais, c’est que vu la saucée qui se prépare, je risque de ne pas pouvoir trouver de cartons en bon état pour finir d’emballer mes vingt mille paires de chaussures, cent kilos de fringues et ma montagne de vaisselle (Dieu seul sait comment tout ça va tenir dans 30m2).

Je suis un peu grognon, mais tout sera plus calme au boulot dans quelque temps, j’imagine qu’il faut juste que je reprenne le rythme (le lever à 6h30 après un mois et demi de vacances est assez rude). Cela étant, je commence déjà à me dire que je ne me complairai pas longtemps dans ce poste… Ce n’est certes pas le bagne, mais ce que j’y fais ne m’intéresse absolument pas. Evidemment, le but premier de ce job est de vivre en attendant que ma thèse soit terminée, mais j’aimerais bien pouvoir m’épanouir un peu plus professionnellement parlant.

La morale de cet article (très poussée comme on s’en doute), c’est que demain est un autre jour.

Ô Vieillesse ennemie.

1/ Quand on commence à trouver la musique trop forte dans certains bars

2/ que par conséquent on préfère rester debout dehors plutôt qu’assis à l’intérieur alors même qu’on ne peut pas emporter nos verres dans la rue (car le bar en question ne possède pas de terrasse et que la police municipale surveille les hypothétiques alcooliques de la voie publique)

3/ qu’on passe donc notre temps à faire la navette entre le dedans (pour prendre une gorgée de vin dans le verre resté posé sur une table près de l’entrée) et le dehors (pour discuter tranquillement François Truffaut) au lieu de bouger la tête au rythme des basses en scrutant d’un oeil les clients du sexe opposé

4/ et que d’exaspération, on finit par s’en aller et partir à la recherche d’un coin tranquille où siroter un perrier fraise

c’est qu’on est officiellement VIEUX.

Cela étant, à la lumière de cette réflexion, je ne suis pas certaine d’avoir été jeune un jour.