Protégé : Adelante.

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Chantons tous son avénement.

Je voulais publier cet article depuis de longs mois, mais certaines choses, à ce moment, m’ont retenue. C’est aujourd’hui avec une très grande joie que je le livre au yeux du monde.

Le 17 novembre 2009, mon « neveu » est né. Je dis « neveu » bien que la maman ne soit pas ma soeur (je suis fille unique, pour le meilleur et pour le pire), mais une amie très très chère. Ne tatillonnons pas sur les liens familiaux, vu que je suis tata Emily, il est mon neveu et c’est tout. Cette naissance (bien qu’elle me file un gros coup de vieux et des rides au coin des yeux) m’a rendue drôlement contente pour mon amie et son chéri, même si à 28 ans, je ne sais toujours pas si j’éprouverais un jour le besoin ou le désir d’avoir des bambins. J’assume dans tous les cas mon immaturité maternelle, et puisque les autres se reproduisent à ma place, il n’y a pas lieu de me poser tant de questions (et entre nous, autant me faire la main sur des marmots qui ne sont pas les miens, uhuh).

Le but de cet article n’est pas de sortir les hautbois et les musettes, mais justement de rendre un petit hommage discret aux heureux parents qui, eux non plus, n’ont pas fait sonner les clairons pour annoncer la naissance du divin bambin. Tout occupés qu’ils étaient à découvrir le miniature Krisprolls, ils ont attendus une bonne semaine pour envoyer les photos. L’accouchement (subi dans la douleur et les larmes) n’a donc pas été suivi par l’envoi des éternel faire-parts gnangnans, des huit-mille coups de fil extatiques annonçant la venue du Messie et de la surenchère de cadeaux de rigueur.

Bien loin de gâtiser sur le nouveau venu, ils ont peu à peu appris à faire connaissance avec lui et à le comprendre. Ils ont appris leur rôle de parents en tâtonnant, sans hésiter à en rire et à se moquer d’eux-mêmes. J’aime leur recul, j’aime leur superbe ignorance des sirènes de l’adoration débilitante. J’aime cette super nana qui me dit en se marrant que son fils la rend chèvre, qu’elle ne comprend pas ce qu’il veut quand elle l’a changé, nourri, bercé et qu’il pleure encore. J’aime qu’elle soit une fille pleine d’auto-dérision et pas l’orgueilleuse génitrice de la huitième merveille du monde. J’aime ce couple à qui il faut un bon quart d’heure pour mettre une couche lavable trop grande au petit et qui explique à l’intéressé, hilare, que ses parents sont des blaireaux et qu’il commence bien mal dans la vie. J’aime qu’ils soient capables d’aimer profondément leur enfant sans en faire un trésor à couver, de s’en occuper du mieux qu’ils le peuvent sans se l’approprier, d’être assez lucides pour savoir que, du simple fait d’être né, le petit ne leur appartient déjà plus.

Mon cher et tout petit Krisprolls, je n’ai pas encore eu l’occasion de te rencontrer, mais je te jure que je viendrai te voir très bientôt. Avec presque un an de retard, je te souhaite donc la bienvenue dans ce monde un peu triste, souvent moche, mais aussi plein d’émotions et de jolies choses qui méritent qu’on les vive. Je compte sur ta maman pour t’inculquer le cynisme nécessaire à ta survie, quant à moi, je t’apprendrai à garder ton sang froid en toute occasion et te dispenserai le moment venu des cours magistraux sur les femmes et la fermentation alcoolique afin que tu ne sois pas trop dépourvu dans cette vie un peu tordue. Ne me remercie pas. Certes, tu apprendras peut-être avant les autres (je gage sur tes quatre ans) que tes parents ne sont pas parfaits et peuvent être, comme nous tous, d’un ridicule à se tordre, mais j’espère que tu en riras bien fort et que tu les aimeras pour ce qu’il valent, car ils valent beaucoup. Crois-en ma grande expérience, tu aurais pu beaucoup, beaucoup plus mal tomber et devenir un roitelet gavé de confitures enseveli sous une montagne de jouets stupides et de preuves d’affections aussi poisseuses qu’inutiles.

Et non, n’insiste pas, je ne citerai pas de noms.

Bien avant qu’on se soit connus, je savais déjà que je t’en voudrais.

Benjamin Biolay, « Bien avant » (Trash Yéyé, 2007)

Déformation professionnelle, j’ai décidé de citer mes sources.

Dimanche, journée loose. A 14h00, je suis encore en pyjama et me prépare des crêpes à la fleur d’oranger. Je vous assure que sur une plaque électrique, c’est la croix et la bannière. Temps de cuisson moyen par crêpe : 5mn. Je devrais théoriquement pouvoir prendre mon petit déjeuner à l’heure du goûter. Je n’ai aucune motivation pour travailler ma thèse, que j’ai tout de même commencé à REDIGER. Oui, à rédiger, quatre pages messieurs dames (soit environ 1/100ème du total, ahum), enfin du concret !

Aussi le programme de la journée devra se décider entre les options suivantes : continuer Gatsby le magnifique de Fitzgerald, Nord Michigan de Jim Harrison ou commencer La carte et le territoire de Houellebecq. Visionner des séries, dans lesquelles j’ai pris un retard monstre : les épisodes de Fringe, Grey’s Anatomy, How I Met Your Mother, Better Off Ted et House m’attendent, sans oublier toute la saison 1 de Mad Men que j’ai bien envie de découvrir. Ou alors, me planter devant Vicky, Cristina, Barcelona, que j’ai eu envie de revoir tout d’un coup (après être allée voir You Will Meet a Tall Dark Stranger, qui s’est avéré être un très bon Woody Allen, d’un tragi-comique féroce et d’une tristesse hallucinante).

Mais, après tout, je vais peut-être rester sans rien faire, à écouter attentivement Benjamin Biolay, que j’aime officiellement depuis avant-hier. Jusqu’alors, j’avais une dent contre ce type sans connaître sa musique. J’ai décidé de me départir de mes préjugés idiots et d’aller enfin voir ce qu’il faisait : c’est fait, et j’adore. Trash Yéyé et La Superbe tournent en boucle chez moi depuis vendredi. C’est subtil, fin, poétique.

Tout aussi déprimant que Francis Cabrel, mais il y a des périodes dans la vie où l’on prend tout pour soi.

With or without (you).

J’ai reçu hier d’Italie le livre contenant mon premier article publié en tant que chercheur. Voir son nom imprimé dans un volume collectif, je ne vous cache pas que ça fait quelque chose. En tant normal, cela aurait suffit à me rendre extatique, mais en l’état actuel des choses, ça m’a à peine remonté le moral. Une bonne nouvelle qui tombe un jour sans n’est qu’à moitié bonne.

Un jour sans, c’est passer une heure à faire-sécher au sèche-cheveux mon téléphone portable sur lequel le chat a eu l’excellente idée de renverser un verre d’eau, et dont l’écran ne s’allume plus.

C’est m’acharner sur le chauffage de la salle de bain qui a décidé de se mettre à déconner justement aujourd’hui.

C’est filer mes collants tout neufs à 8€ en posant simplement le pied sur le tapis en jonc.

C’est constater que mon flacon de vernis à ongle ne s’ouvre plus lorsque je m’apprête à en appliquer sur mes collants pour stopper le maillage.

C’est m’apercevoir que j’ai oublié mon chéquier et que je n’ai pas de monnaie à la fin de ma consultation chez le médecin.

C’est m’obstiner mordicus à écouter les chansons les plus déprimantes de Francis Cabrel.

C’est opter pour l’action collective pour chasser mes idées noires, et, au beau milieu de 40 000 manifestants, avoir les yeux qui s’accrochent comme par hasard à SON visage, seul dans le cortège parmi des milliers. Si je marchais sur une botte de foin, nul doute que je me piquerais le pied.

C’est essayer d’oublier à longueur de temps et rencontrer l’angoisse à chaque note de musique, chaque vibration du corps, chaque instant d’insignifiance.

Ma force, c’est de trouver la complaisance dans la douleur assez pathétique et de disposer d’un espace qui me tienne lieu d’exutoire. C’est aussi d’être bizarrement beaucoup plus productive dans la peine et la frustration, alors que je me laisse vivre et porter par le vent quand je suis heureuse. L’abandon m’angoisse tant que je ne peux pas y penser trop, au risque de sombrer. Quand je suis en état de manque, je m’acharne à combler le vide et reprends un par un tous mes projets en friche depuis longtemps. J’en imagine même de nouveaux, me crée de nouvelles envies qui me permettront de m’accrocher à moi-même et de faire taire en moi la gamine assise toute seule dans le noir.

In fine.

Je ne sais pas réellement par où amorcer le récit, aussi je débuterai là où l’histoire elle-même a commencé, cette première vision de toi que j’ai eue quand tu es passé un jour en coup de vent devant moi avant de t’évanouir dans les escaliers, silhouette de noir vêtue, et ton regard qui m’a saisie sur place. Une phrase jetée à mon intention, offerte légèrement comme à tir d’aile, de ton timbre doux et posé. Je ne pourrais pas dire à quel moment l’attirance s’est transformée en sentiments diffus, mais ce n’est pas important. Sache simplement que je me suis remplie de toi petit à petit, doucement, au jour le jour. J’ai su de toi des choses, de ces choses que l’on découvre quand on prend le temps d’observer. J’ai remarqué la manière délicate dont tu ouvrais la porte, j’ai senti ta discrétion, j’ai deviné ta pudeur. J’ai caressé des yeux ton écriture si nette de mathématicien. Je me suis imprégnée de ta présence à travers les lignes de mes livres, sans même te regarder. Tu appuyais parfois ton regard contre le mien et j’avoue que je me suis prise à espérer de plus en plus.

J’aurais dû te dire les choses dès le début. Que je ne m’engage pas à la légère, plus maintenant. Que j’ai fait souffrir encore davantage quelqu’un qui était déjà très malheureux et que j’aime énormément en tissant l’espoir de te faire mien et de te garder ; si j’avais pensé que ça n’en valait pas la peine, je lui aurais épargné une douleur supplémentaire. Que j’ai passé l’âge de l’éphémère et que j’attends d’un homme qui me touche beaucoup plus que ce que tu m’as donné. Cachée derrière ma timidité et ma froideur, je n’ai pas joué franc jeu, je suis en grande partie responsable. Tu as la meilleure excuse au monde, je voudrais te souhaiter d’être heureux mais ce ne serait pas sincère, puisque j’aurais voulu, très égoïstement, que tu le sois avec moi. Tu me pardonneras cette petite mesquinerie de femme blessée, je n’ai absolument pas l’esprit d’abnégation. Je t’ai épargné mes larmes, mes heures sans sommeil et la fumée de mes cigarettes, je ne t’épargnerai pas mes mots.

Ma peine est suspendue, j’attends qu’elle s’évanouisse et se fonde dans le quotidien, à l’horizontal des jours, dans les phrases que j’écrirai, les soirées que je passerai en bonne compagnie, les éclats de rire, les verres de bon vin. L’hiver à venir sera juste un peu plus froid sans l’espoir de ta présence, le ciel moins clair. Mon coeur sera juste un peu plus sec, mais ma foi ne s’éteindra pas. Je suis une idéaliste acharnée.