In fine.

Je ne sais pas réellement par où amorcer le récit, aussi je débuterai là où l’histoire elle-même a commencé, cette première vision de toi que j’ai eue quand tu es passé un jour en coup de vent devant moi avant de t’évanouir dans les escaliers, silhouette de noir vêtue, et ton regard qui m’a saisie sur place. Une phrase jetée à mon intention, offerte légèrement comme à tir d’aile, de ton timbre doux et posé. Je ne pourrais pas dire à quel moment l’attirance s’est transformée en sentiments diffus, mais ce n’est pas important. Sache simplement que je me suis remplie de toi petit à petit, doucement, au jour le jour. J’ai su de toi des choses, de ces choses que l’on découvre quand on prend le temps d’observer. J’ai remarqué la manière délicate dont tu ouvrais la porte, j’ai senti ta discrétion, j’ai deviné ta pudeur. J’ai caressé des yeux ton écriture si nette de mathématicien. Je me suis imprégnée de ta présence à travers les lignes de mes livres, sans même te regarder. Tu appuyais parfois ton regard contre le mien et j’avoue que je me suis prise à espérer de plus en plus.

J’aurais dû te dire les choses dès le début. Que je ne m’engage pas à la légère, plus maintenant. Que j’ai fait souffrir encore davantage quelqu’un qui était déjà très malheureux et que j’aime énormément en tissant l’espoir de te faire mien et de te garder ; si j’avais pensé que ça n’en valait pas la peine, je lui aurais épargné une douleur supplémentaire. Que j’ai passé l’âge de l’éphémère et que j’attends d’un homme qui me touche beaucoup plus que ce que tu m’as donné. Cachée derrière ma timidité et ma froideur, je n’ai pas joué franc jeu, je suis en grande partie responsable. Tu as la meilleure excuse au monde, je voudrais te souhaiter d’être heureux mais ce ne serait pas sincère, puisque j’aurais voulu, très égoïstement, que tu le sois avec moi. Tu me pardonneras cette petite mesquinerie de femme blessée, je n’ai absolument pas l’esprit d’abnégation. Je t’ai épargné mes larmes, mes heures sans sommeil et la fumée de mes cigarettes, je ne t’épargnerai pas mes mots.

Ma peine est suspendue, j’attends qu’elle s’évanouisse et se fonde dans le quotidien, à l’horizontal des jours, dans les phrases que j’écrirai, les soirées que je passerai en bonne compagnie, les éclats de rire, les verres de bon vin. L’hiver à venir sera juste un peu plus froid sans l’espoir de ta présence, le ciel moins clair. Mon coeur sera juste un peu plus sec, mais ma foi ne s’éteindra pas. Je suis une idéaliste acharnée.

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9 réflexions sur “In fine.

  1. Mi-chel dit :

    Juste encore un peu de douleur… Tu verras on s’habitue. Après un certain temps, on est même plus étonné d’être triste.

  2. Gabriel dit :

    « Que j’ai fait souffrir encore plus … que si j’avais pensé que ça n’en valait pas la peine, je lui aurais épargné une douleur supplémentaire. »

    ça c’est pas sublime.

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