Protégé : Allô allô, Monsieur l’ordinateur.

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En (très) bref.

– Je rentre d’un week-end campagnard chez des amis : c’était bien, on s’est goinfrés de crêpes et de saucisson, on s’est fait griller au coin du feu, on a marché dans le froid, et Krisprolls a gambadé partout.

– Je n’avais pas conduit depuis des lustres, et force est de constater que je retrouve mes vieux réflexes de gardoise quand je suis au volant : je roule très vite et très sportivement, au milieu de la route (les routes du Gard sont les plus pourries de France, elles sont pleines de bosses et de crevasses, il n’y a pas de marquage au sol et les accotements ne sont pas nécessairement stabilisés), en pestant contre le boulet de devant. Le pire? J’aime ça.

– Il commence à faire trop froid pour moi, c’est affreux, quand il y a du mistral j’ai envie de mourir sur place. Je ne sens plus mes doigts même en portant des gants.

– J’ai investi dans un nouveau vernis à ongles laqué qui est très facile à appliquer même sur mes ongles par terribles. Je suis bluffée (ceci est la partie la plus intéressante de cet article).

– Aujourd’hui, 28 novembre 2010, 20h45, je suis fatiguée par certains hommes, pour des raisons sur lesquelles je ne m’attarderai pas.

– Je vais certainement commencer moi aussi à protéger certaines articles par mot de passe, car je voudrais pouvoir écrire certaines choses librement sans que les personnes qui me connaissent réellement me lise. J’aime que ma vie « virtuelle » reste dans le domaine du virtuel, et j’ai parfois besoin de m’adresser uniquement à des inconnu(e)s (même si, de blog à blog, c’est un peu comme si on se connaissait). Il faudra donc me demander le mot de passe par mail (qui figure page « contact ») et j’étudierai votre dossier : si vous réussissez à me prouver par A+B que vous n’êtes pas une de mes connaissances, je devrais vous l’envoyer sans problème.

Week end à rhum.

 

Burne Jones - La femme vampire

Je crois bien que je suis parvenue aux frontières de la joie ce samedi soir. Je me suis baladée sous la pluie dans la ville de la féria, une éternité que je ne m’y étais pas rendue. J’ai marché depuis la gare, lentement, les talons claquant sur les pavés mouillés, tenant d’une main mon parapluie-pagode et de l’autre ma valisette du Dr Quinn qui contenait l’album de famille entier de Lucybelle Crater, enrubannée dans mon châle noir de sorcière d’Halloween. J’ai marché en contemplant les immeubles, les boutiques illuminées et le calme de la nuit tombante, jusqu’à l’antre du chat Carpates et de son maitre le ténébreux au faux air de gitan.

Enfouie dans les gros coussins du canapé noir, j’ai admiré la grande bibliothèque faite de briques et de planches, les grands rideaux de velours rouge et les plantes rescapées d’une catastrophe nucléaire, cet appartement sombre et douillettement curieux qui ressemble tant à son propriétaire, qui respire tout entier le cabinet de curiosités et le bal des vampires. Nous avons fumé des gauloises face à Lacan et Cioran, parlé amitiés perdues, masques à gaz et amours malheureuses. Nous avons mangé du foie gras dans un bar à vin bondé, erré de pub en rhumerie, admiré les tons ocre rouge et bleu canard d’un mur, confortablement installés dans un gros fauteuil en cuir avec russe blanc et mojito.

Piña colada, planteur et rhum arrangé, assez (trop?) pour se réveiller le lendemain la tête légère malgré la gueule de bois et l’humeur ailée pour accueillir le lendemain avec un peu moins d’appréhension. C’est un réel plaisir de renouer avec certaines personne et de s’apercevoir que l’harmonie est toujours là. Merci.

Girls just wanna have fun.

Pendant presque deux ans, ma vie sociale a été fortement dominée par la gent masculine. Depuis que j’ai quitté la fac (même si techniquement, rapport à mon doctorat, j’y suis encore), mes amies ont quitté la ville, lentement et surement : une en Chine ; une dans une grande maison à la campagne avec son amoureux ; une que je voyais régulièrement, mais, elle et moi étant casées à l’époque, toujours « en couple ». Depuis, cette dernière s’est PACSée et est partie, comme tout jeune prof qui se respecte, s’établir en région parisienne. J’ai réalisé que pendant ces deux années, depuis, en fait, que ma dernière amie montpelliéraine avait elle aussi déserté l’asphalte urbaine, je n’ai eu aucune véritable confidente avec qui partager les choses en direct. Bien sûr, il y a le téléphone, il y a Internet, mais ça ne remplace pas une vraie présence physique. Personne à appeler pour aller boire un café, personne chez qui débarquer en catastrophe en cas de coup de blues.

Sur le coup, je ne m’en suis pas aperçue. Je crois que je me suis habituée, progressivement, à centrer ma vie sur mon couple, les émissions débiles que l’on regardait à la télé pour se moquer, sur les soirées poker hebdomadaires. J’ai cependant d’excellents souvenirs de soirées passées avec les copains d’ex-Chéri, à se défier au Texas Hold’em ou simplement à siroter des bières dans des pubs. Certes, certaines filles faisaient régulièrement partie du cercle, mais d’aucune je n’aurais fait une amie : pas assez d’affinités, pas envie de faire des efforts pour me lier avec celles dont je sentais qu’on n’aurait jamais réellement quelque chose à se dire. A posteriori, je peux dire qu’avoir une amie qui vive près de moi m’a manqué. J’avais presque oublié ce que c’était.

Depuis deux mois, suite au retour en France de Miss Taiwan, je redécouvre les joies d’avoir une confidente, ainsi que la joie de faire simplement des trucs entre filles : commander des sushis, parcourir la moitié du centre-ville parce qu’on veut ABSOLUMENT boire du saké avec. Ne pas trouver le saké, faire mille fois le tour de mille magasins, acheter des cotons à démaquiller en passant, tester des mascaras, puis se rabattre sur une bouteille de muscat. Boire la bouteille de muscat tout entière durant une soirée régressive totalement assumée passée devant Bridget Jones’ Diary, La Boum et LOL, en caquetant comme des poulettes et en riant comme des écervelées. S’appeler en sortant du boulot pour se raconter notre journée, puis se retrouver alors que ce n’était pas prévu. Partir à la recherche d’un manteau, moi avec le sac géant que j’emmène au travail, elle chargée de son ordinateur. Faire le tour de toutes les boutiques en talons hauts et avoir mal aux pieds, ramener cinquante articles en cabine, en reposer quarante-neuf après deux heures de débats devant le miroir. S’effondrer dans les fauteuils du centre commercial en mangeant une gauffre, et discuter de nous, des hommes, de tout, de rien. Prendre le thé chez moi dans le canapé, pas coiffées, en pantalon loose, en ne disant rien. Echanger nos points de vue sur des sujets sérieux, puis discuter horoscope,  se montrer mutuellement nos ongles vernis, échanger des bouquins, se creuser les méninges ensemble sur un cours qu’elle doit préparer, se passer des films et ricaner comme des dindes.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour me passer de ça.

Family Portrait.

Vu que j’ai décidé d’arrêter de me morfondre sur ô combien je suis malheureuse en ce moment, je ne vous demanderai pas quelle était la probabilité pour qu’à 21h12 précise, étant donné qu’il n’habite ni mon quartier, ni même la ville, alors que je m’apprêtais à rejoindre une copine pour aller boire à verre et que j’attendais tranquillement au passage piéton pour traverser, le scientifique me passe sous le nez en voiture, transportant sa nouvelle dulcinée sur le siège passager. La réponse étant certainement proche de zéro virgule quelque chose, inutile de se lancer dans de longs calculs ennuyeux pour si peu.

Donc, à la place, je vous dirai qu’aujourd’hui, j’ai totalement oublié où était mon passeport. Je me souviens l’avoir rangé quelque part en me disant « là, tu le retrouveras, c’est sûr ». Sauf que. Raté. Non, je ne pars pas en voyage, j’en avais juste besoin pour en faire une photocopie. Quand je dois justifier que je suis bien moi-même, je donne toujours une photocopie de mon passeport, les malins de la mairie ayant fait une erreur sur mon deuxième prénom sur ma carte d’identité, ce qui me froisse énormément. Cette lettre manquante en fait un autre prénom, dans lequel je ne me reconnais pas. D’après mes recherches, seulement 460 personnes ont porté mon deuxième prénom depuis 1900, c’est vous dire s’il est original et si je n’ai pas envie d’en changer. Alors que l’autre, le faussaire, l’usurpateur, a été donné 6543 fois depuis 1946 (les précisions des statistiques internet me laissent sans voix).

Ceci dit, j’ai quand même un peu honte de la photo de mon passeport, sur laquelle j’ai une tête de six pieds de long et l’air de porter le poids du monde sur mes épaules. Ce n’est cependant rien comparée à celle de mon permis de conduire, où j’ai 16 ans, les cheveux coupés au carré et teints au henné, avec des racines blond foncé très apparentes. Faute de goût d’adolescence qui me poursuivra à vie (quand on nous demande de fournir des photos pour le dossier de conduite accompagnée, on devrait au moins nous préciser que ce sont celles qui figureront sur notre permis, ce qui serait, vous en conviendrez, beaucoup moins vicieux). Je ne sais pas pourquoi je vous parle de ça. Peut-être parce que j’ai refusé d’aller dépenser 5€ au photomaton pour des clichés un peu plus flatteurs que ceux que je possédais déjà, et qu’à cause de ça je vais officiellement avoir l’air d’une ahurie qui a vu la Vierge sur ma nouvelle carte vitale. Ce qui donnera au moins l’occasion de rigoler avec les copains.

Je crois que j’aime bien, en fait, toutes ces photos ratées, ces portraits dont on rit, dont on a honte, qu’on cache parfois. La photode ma carte d’étudiant de Master 2 témoigne d’un horrible massacre capillaire auquel je suis heureuse d’avoir survécu. Sur le portrait individuel pris lors de la séance de photo de classe de 5ème, on me croirait apparentée, rapport à une grosse frange mal coupée, à un griffon à poils laineux. La pire de toutes est celle que même mes parents ont refusé d’acheter (c’est dire), qui date de mon année de 1ère, sur laquelle, avec mes yeux à demi fermés, je ressemblais à une espèce indéfinie venue de l’espace. Le portrait de ma carte de doctorante de l’année dernière est en revanche digne de l’album d’un lycée américain : visage de trois quarts, cheveux impeccables, peau parfaite, léger sourire aux lèvres, je pourrais gagner le concours Elite Models. Je doute de pouvoir faire mieux cette année, quoique ma coiffure soit, depuis que je suis allée me refaire une beauté capillaire, autrement plus parfaite que la tignasse sèche et fourchue que je me trimballais auparavant. Je pourrais d’ailleurs vous raconter comment la coiffeuse m’a presque suppliée à genoux de me faire un masque toutes les semaines pour nourrir mes cheveux tant l’état de mes pointes lui a fait l’effet d’un coup de couteau dans le cœur, mais ce serait verser dans la futilité. Ce qui, comme vous le savez, n’est pas de tout mon genre.

Fermez la parenthèse.

J’ai décidé d’arrêter d’écrire à propos de lui, à propos de l’angoisse qui m’enserre à 1h du matin quand je suis seule chez moi, à propos du blues qui me poursuit heure après heure, à propos des efforts que je fais pour mettre le nez au dehors et voir du monde alors que j’ai seulement envie de rester cloitrée et de pianoter compulsivement sur mon clavier pour sortir toute la tension qui cogne à l’intérieur de ma tête.

Ce sera mon dernier article sur ma douleur, parce qu’à un moment, il faut savoir dire stop. Osciller en permanence entre le désir et la haine me fait voir la vie en gris foncé. Avoir jeté tous ses défauts en pâture sur la toile m’a soulagée un moment, mais, à présent, chaque fois que revient la nuit, je me replie sur mon affection et ne cesse de penser à tous ces petits riens qui me le rendaient si spécial, toutes ces petites choses qui m’emprisonnent et m’empêchent de trouver des couleurs aux autres. Parce que plus jamais je ne caresserai ses poignets, plus jamais je ne frôlerai du bout des doigts cette petite cicatrice sur son menton, plus jamais je ne contemplerai, allongée contre lui, ses rides au coin des yeux et son regard brun, plus jamais je ne respirerai l’odeur de ses cheveux, j’arrête.

J’arrête, même si j’ai envie de coucher son corps et sa peau à l’infini sur mes pages blanches. J’arrête, parce que plus le temps passe et plus la douleur se fait présente. Plus les jours avance, plus la prise de conscience est difficile et plus l’abandon m’étreint. J’arrête, parce que je suis incapable de savoir pourquoi ça me fait si mal, pourquoi je me sens tellement vide à l’intérieur alors qu’il n’a même pas été mien assez longtemps pour que cette relation mérite qu’on la nomme ainsi. J’arrête parce que je n’ai plus d’espoir, parce que  je sais très bien que quoi qu’il en soit, je traverserai l’hiver en ayant froid à l’intérieur, et que l‘enrober dans chacun des mes mots ne le fera sortir que plus lentement de ma tête et de mon coeur.

Derniers mots, donc, d’une femme amoureuse et bancale qui peine à retrouver son équilibre.

Chapitre clos. Une page vierge, et l’on reprend dans quelques jours là où on en était, avant.