Girls just wanna have fun.

Pendant presque deux ans, ma vie sociale a été fortement dominée par la gent masculine. Depuis que j’ai quitté la fac (même si techniquement, rapport à mon doctorat, j’y suis encore), mes amies ont quitté la ville, lentement et surement : une en Chine ; une dans une grande maison à la campagne avec son amoureux ; une que je voyais régulièrement, mais, elle et moi étant casées à l’époque, toujours « en couple ». Depuis, cette dernière s’est PACSée et est partie, comme tout jeune prof qui se respecte, s’établir en région parisienne. J’ai réalisé que pendant ces deux années, depuis, en fait, que ma dernière amie montpelliéraine avait elle aussi déserté l’asphalte urbaine, je n’ai eu aucune véritable confidente avec qui partager les choses en direct. Bien sûr, il y a le téléphone, il y a Internet, mais ça ne remplace pas une vraie présence physique. Personne à appeler pour aller boire un café, personne chez qui débarquer en catastrophe en cas de coup de blues.

Sur le coup, je ne m’en suis pas aperçue. Je crois que je me suis habituée, progressivement, à centrer ma vie sur mon couple, les émissions débiles que l’on regardait à la télé pour se moquer, sur les soirées poker hebdomadaires. J’ai cependant d’excellents souvenirs de soirées passées avec les copains d’ex-Chéri, à se défier au Texas Hold’em ou simplement à siroter des bières dans des pubs. Certes, certaines filles faisaient régulièrement partie du cercle, mais d’aucune je n’aurais fait une amie : pas assez d’affinités, pas envie de faire des efforts pour me lier avec celles dont je sentais qu’on n’aurait jamais réellement quelque chose à se dire. A posteriori, je peux dire qu’avoir une amie qui vive près de moi m’a manqué. J’avais presque oublié ce que c’était.

Depuis deux mois, suite au retour en France de Miss Taiwan, je redécouvre les joies d’avoir une confidente, ainsi que la joie de faire simplement des trucs entre filles : commander des sushis, parcourir la moitié du centre-ville parce qu’on veut ABSOLUMENT boire du saké avec. Ne pas trouver le saké, faire mille fois le tour de mille magasins, acheter des cotons à démaquiller en passant, tester des mascaras, puis se rabattre sur une bouteille de muscat. Boire la bouteille de muscat tout entière durant une soirée régressive totalement assumée passée devant Bridget Jones’ Diary, La Boum et LOL, en caquetant comme des poulettes et en riant comme des écervelées. S’appeler en sortant du boulot pour se raconter notre journée, puis se retrouver alors que ce n’était pas prévu. Partir à la recherche d’un manteau, moi avec le sac géant que j’emmène au travail, elle chargée de son ordinateur. Faire le tour de toutes les boutiques en talons hauts et avoir mal aux pieds, ramener cinquante articles en cabine, en reposer quarante-neuf après deux heures de débats devant le miroir. S’effondrer dans les fauteuils du centre commercial en mangeant une gauffre, et discuter de nous, des hommes, de tout, de rien. Prendre le thé chez moi dans le canapé, pas coiffées, en pantalon loose, en ne disant rien. Echanger nos points de vue sur des sujets sérieux, puis discuter horoscope,  se montrer mutuellement nos ongles vernis, échanger des bouquins, se creuser les méninges ensemble sur un cours qu’elle doit préparer, se passer des films et ricaner comme des dindes.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour me passer de ça.

Publicités

10 réflexions sur “Girls just wanna have fun.

  1. Mick Kelly dit :

    Pour avoir vécu une exode d’amis depuis l’arrivée dans l’âge adulte (pour les mêmes causes: vie de couple, travail,…) je ressens parfaitement les manques de l’amitié « au quotidien » que vous décrivez ici. Rien que pour ça, et même avec une retraite à 60 ans, je détesterai toujours le monde du travail!

  2. MaRong dit :

    Ah, ça me manque ! C’est un des gros inconvénients de vivre à l’étranger : les amis qu’on se fait sont des amis de passage, on ne peut pas avoir cette relation incroyable qu’on a avec de « vrais » amis. Mais ça permet aussi de détecter les vrais amis qu’on a, ceux qu’on peut appeler quand on rentre et qui traversent la France pour vous voir ou qui répondent présent même si on n’a pas eu le temps de leur donner des nouvelles les 8 derniers mois.

  3. whereaselsa dit :

    sa fait des années que je n’ai plus cela. Cette sensation d’avoir une vraie amie tout le temps auprès de toi et c’est vrai qu’avec le temps sa manque. Car c’est bien d’avoir des connaissances, d’avoir les nouvelles technologies pour te faciliter la vie. Mais bon sa ne remplace pas une personne physique.

  4. flou dit :

    pour moi c’est un peu pareil depuis que je suis en Italie… plein de potes (et surtout des garçons) mais pas LA copine à fou-rires et à frou-frou…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s