De l’extravagante vie du thésard.

Deux jours sans voir le soleil. En même temps, du soleil, il n’y en a pas. Deux jours que je suis enfermée chez moi, en baggy, gros pull et grosses chaussettes, cheveux attachés n’importe comment et lunettes vissées sur le nez, à contempler tristement ma page Word qu’aucun mot ne vient remplir. Je suis bloquée, et ce n’est même pas de la mauvaise volonté. Je n’arrive pas à aller au-delà des onze premières pages – lesquelles ont toutefois obtenu un retour positif de la part de on directeur de thèse, qui a poursuivi avec une note d’humour : « Onze pages, c’est le début du bonheur. Allez, plus que 489 et le compte y est! »

(J’aime cet homme)

Je commence à culpabiliser, surtout que d’après mes calculs, au rythme de onze pages en deux mois, il me faudra environ soixante mois pour venir à bout de ma thèse, ce qui, vous en conviendrez, est une mauvaise nouvelle. D’ailleurs, dès que je finis cet article, je retourne essayer de me concentrer sur ma page désespérément blanche, ce qui n’est pas gagné étant donné que je pense à peu près à tout sauf à ça. A cette chapka qui n’arrive pas, à quel thé je vais boire, au prochain épisode de In Treatment, à Vilain-briseur-de-coeur. ENCORE? Et oui, encore.

Comprenez, de mon temps les scientifiques étaient chauves et bedonnants, ou alors secs et dotés de cheveux hirsutes. Ils étaient vieux, gris, mornes, les yeux camouflés derrières des culs-de-bouteilles et je ne comprenais rien quand ils parlaient de vecteurs, d’équations à deux inconnues et de précipités se formant dans le tube à éprouvette. Ils ne moulaient pas dans des t-shirts Celio leur ventre noueux et leurs épaules fermes savamment entretenus par des séances de tennis. Il n’avaient pas recours aux lentilles de contact  et n’auraient jamais eu l’idée d’être musicien et de courir les concerts super cool. Où va le monde, je vous le demande.

J’en parle légèrement, parce que le savoir seul et inapte à s’engager me soulage à un point inimaginable. Ce qui m’ennuie un peu, c’est de n’être toujours pas prête à réellement renoncer. Qu’est-ce qui te plaît chez lui? m’a très sérieusement demandé un ami. Ce qui me plaît, c’est l’émotion que j’ai ressentie et au-delà de laquelle je ne parviens pas encore à aller. Quand je me serai persuadée qu’il ne me convient pas, j’en reviendrais peut-être et j’arrêterais de le désirer. On n’a pas idée d’avoir un fessier si parfait, aussi – ça doit être une alchimie physique.

Le petit rebondissement de ces derniers jours, c’est qu’il va probablement garder mon chat pendant mon absence du jour de l’an. Je commence à regarder minou de travers en me disant qu’il va se faire caresser pendant cinq jours par ses paumes douces nourries au Mixa, s’installer en toute impunité sur ses cuisses musclées et se faire câliner à l’envi sous la couette, l’infâme. Lundi 20 décembre 2010, Emily sombra dans la folie en devenant officiellement jalouse de son chat. Après quoi, elle tenta vainement de retourner à sa thèse mais ne réussit qu’à dévorer ses livres. Elle finit ses jours à l’asile, où elle écrivit jusqu’à sa mort des suites mathématiques étranges sur les murs des toilettes en baragouinant des propos incompréhensibles à propos d’une crème pour les mains.

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34 réflexions sur “De l’extravagante vie du thésard.

  1. Anne-Elisabeth dit :

    Thèse, révisions, même combat ! ( Même si ma spécialité, ce sont les pause pipi toutes les 3 minutes 20 )

    Mais je comprends l’alchimie physique, ça m’est arrivé aussi, heureusement que Homme Actuel Presque Parfait n’est pas en reste, ç’a été dur pour les autres qui sont passés avant ( parce que non, je ne résiste pas à un fessier parfait en plus de grands bras musclés capables de me soulever ) ( et mes 65 kg et moi, on a eu du mal à trouver preneur )

    Sinon, décrète que tu passes le jour de l’an avec ton chat ?

    • Emily G. dit :

      Moi mon truc c’est les freluquets. La première fois que j’ai vu Mr Math, il était tout emmitouflé, et j’y ai cru. Ce n’est que l’été venu que j’ai remarqué avec concupiscence que sa finesse corporelle était toute de muscles sculptée. J’ai eu confirmation par la suite.
      Ceci dit, vu son gabarit ce n’est pas demain qu’il me soulèvera, m’enfin, à ce que j’ai cru comprendre, il n’en avait pas l’intention …

  2. Mona dit :

    Hé hé j’espère que tu ne sombreras pas dans la folie… Comme toi, je me retrouve totalement dans ce que tu as écrit. On pourrait échanger de vies, on ne s’en apercevrait presque pas. (enfin si, tu vivrais dans un entrepôt à cartons, tu t’en apercevrais forcément).
    Un conseil pratique pour écrire : change de lieu. Chez toi, tu auras toujours des tentations bien plus alléchantes que d’écrire ta thèse. A la bibliothèque, au café, n’importe où, tu auras ça à faire et c’est à peu près tout. Moi c’est la seule solution que j’ai trouvé pour me forcer à travailler. Et aussi, prendre un autre angle, écrire à la main des choses, tenter de refaire un plan, de caser des idées, d’en développer certaines sur un coin de feuille. Le clavier et la page Word toute blanche, c’est trop intimidant. Une fois qu’on est lancé, ça va (mais je suis moi-même d’une lenteur désespérante et d’une concision un peu trop extrême, c’est pénible).
    Quant à l’homme, je ne pense pas que tu ne fasses que le désirer, loin de là… bloody feelings.

    • Emily G. dit :

      On devrait peut-être échanger nos obsessions en même temps que nos vies : tu aurais peut-être plus de chances que moi avec le mathématicien, qui sait? (bon, vu tout ce que je balance sur lui, je comprendrais que ça te tente moyennement…)
      C’est à la médiathèque que j’ai rédigé la plus grande partie de mes onze pages, mais le problème c’est que j’ai très souvent besoin d’Internet et me suis donc rabattue sur mon appart. Mais c’est vrai que les tentations d’y glandouiller sont très très grandes. J’aime aussi beaucoup quand on bosse à plusieurs mais en ce moment il y a un fort laisser-aller dans les troupes…

  3. MaRong dit :

    Ah ! moi aussi j’aime ces réponses de Monsieur D., toujours enthousiastes et positives.
    Sinon, je plussotise le commentaire de Romain : moi non plus je ne pense pas que ce soit une bonne idée de confier ton chat à l’homme-chiffres (mais en tant que propriétaire de chat, je sais aussi que c’est hyper compliqué de refiler son chat en période de fête et quand on trouve quelqu’un, qui que ce soit, on ne réfléchit pas).
    En cadeau, le lien vers un article de blog que l’on m’a envoyé pour me remonter le moral l’autre jour dans la même situation que toi et qui ne m’a pas du tout remonté le moral, mais qui est drôle quand même : http://www.mondedemarion.info/la-fille-a-chat/

    • Emily G. dit :

      C’est drôle, oui. Sauf quand on tombe sur un mec qui veut bien ne notre chat mais pas de nous… Suivez mon regard…
      (Ce qui m’a fait le plus rire dans ce blog, c’est cette phrase, issue de l’article « la théorie des rateaux » : « Il y avait un italien que Dassou trouvait très mignon. Hélas, mille fois hélas, en début de séjour il s’était maqué avec une française que l’on ne trouvait franchement pas terrible. La maman de Dassou, dans sa sagesse légendaire, nous a alors expliqué que les garçons adoraient les fadasses, les filles sans relief qui ne leur feront jamais de l’ombre. On a appelé cela la théorie des fadasses. »
      Ma théorie des fadasses est partagée! Hourra!)
      Sinon, non, ce n’est pas une bonne idée, je sais … Ceci dit, c’en est une excellente pour mon chat, qui va me revenir pourri/gâté/caressé à outrance.

      • Anne-Elisabeth dit :

        Elle est chouette la théorie des fadasses, mais j’en conclus que je suis la fadasse de quelqu’un … Ego mon amour.

        ( Mais sinon je suis d’accord avec la théorie, en principe ^^ )

  4. Isleene dit :

    Thèses, rédactions et autres joyeusetés semblent au programme de beaucoup. Perso j’ai pris la décision de rédiger uniquement sur mon lit, ce qui m’aide mais est fort peu pratique pour étaler mes feuilles.
    Sinon tu peux écrire sur ton chat mais pas sur que ton jury apprécie la digression.
    En tout cas, je t’envoie mes ondes positives pour ces vacances (je referais une fournée chaude à la rentrée ^^ )

    • Emily G. dit :

      Ah mais tu sais que mon ami prof de philo m’a avoué récemment être beaucoup plus productif quand il était en posture allongée?
      Je veux bien de ton autre fournée à la rentrée, je sens que j’en aurais besoin!

  5. Jungle Ju dit :

    Tu sais quoi ? Une fois, j’ai eu le coeur brisé par un freluquet immature qui était incapable d’avoir une relation fixe (ou plutôt d’avoir beaucoup de relations avec plusieurs filles en même temps). Et juste après, j’ai dû lui laisser mon chat pour les vacances ( à lui et à la fille qui venait d’emménager chez lui).

    Deux après, ils étaient séparé, et moi je suis sortie avec son nouveau colocataire.
    Et ça dure depuis trois ans.

  6. Fileuse dit :

    Brrr et moi qui m’imaginais reprendre… un master ! Quoique chez moi il y a une motivation plus forte que l’angoisse de la page blanche : l’envie d’en finir (dit-elle avec un cahier journal vide sous les yeux). Mon mémoire pro a ainsi été torché en trois jours (torché est bien le mot vu le niveau catastrophique de la chose).
    Pour ce qui est de ton chat : arrange toi pour qu’il chope des puces avant de le confier au bonhomme…

    • Emily G. dit :

      Je suis allée très vite pour la rédaction de mon mémoire de Master 2 aussi. Mais le souci d’un thèse, c’est qu’on a du mal à en voir le bout… et surtout, ça doit être par-fait (je ne te parlerai pas heures de tatillonnage passées sur les notes de bas de page…).
      Je vais songer aux puces…

  7. Harry dit :

    En panne de chauffage cette nuit, j’ai enfilé un certain nombre de pellicules de vêtements qui me tiennent chaud. Pour m’endormir, j’avais pris pour me réchauffer du café, ce qui m’a réveillé à 3h du mat’. Et ceci explique mon heure matinale pour écrire : c’est peut-être une de tes solutions pour trouver l’inspiration.
    Pendant que j’écris, je suis de plus en plus persuadé que vous continuez à jouer tous les deux via cet animal; que va-t-il en ressortir ? Réponse next year !
    Cet échange félin me fait penser à une scène fameuse de « la femme du boulanger », un film de Marcel Pagnol, tiré d’un roman de Jean Giono avec Raimu. Sa femme est partie avec un autre; elle revient quelques jours plus tard. Et pendant ce même moment, son chat « Pomponnette » s’était également enfui. Chat et femme reviennent en même temps et Raimu se lance dans un dialogue avec son chat qui vise indirectement sa femme.
    C’est ici : http://fr.wikimediation.org/index.php?title=La_femme_du_boulanger

    • Emily G. dit :

      A mon avis, il n’en ressortira probablement rien. Même si les voies du Seigneur sont impénétrables ….
      Comme Raimu, je pourrais sermonner mon chat quand je le récupèrerais, à grand renfort de messages subliminaux : « Alors, on a été un gros vilain chat? On s’est faufilé partout puis défilé, mmm? » Ce serait croustillant!

  8. Marine dit :

    Je suis d’accord avec Mona, sors de chez toi pour travailler. Enfin moi je me trouve toujours un tas d’excuses sinon : le linge, la vaisselles, les courses, FB, etc.

    (et ne sombre pas trop vite dans la folie tout de même…)

  9. Eve. G dit :

    Est ce que t’as vu que tu pouvais mettre une mini caméra sur le collier de ton chat ?
    Je dis ça je dis rien.
    je n’encourage pas la folie mais la sécurité de ton chat.

    • Emily G. dit :

      Une caméra!!!! Mais pourquoi je n’y ai pas pensé avant???
      (Ooooh, j’en frétille d’avance. Tu crois que je peux aussi dresser mon chat à aller dans la salle de bain dès qu’il entend l’eau de la douche couler? En une semaine?)

  10. Guillaume St Cosmo dit :

    Que c’est bon de replonger dans sa drogue, n’est-ce pas ? De retrouver cette obsession rampante rompant confortablement l’ennuyeuse absence de passion, même douloureuse! Réfléchir à ce qu’il fait, à ce que vous pourriez faire, analyser ses signes à l’envi, l’imaginer pensant à vous! Se blottir contre cette pensée le soir…
    Il parait si injuste que les plus fortunés soient souvent ceux qui ne savent voir leur chance, quand bien même elle leur penderait au nez en leur confiant leur chat.

    Noyeux Joël comme on dit, happy Christmas, etc. Que Santa soit généreux et mette sous votre sapin des tennismen matheux aux mains douces.

  11. Emily dit :

    Rien, justement. Il filoute, se dérobe, hésite, fait traîner la chose, ne se décide jamais, même quand il s’agit de la garde d’une bête. Ma main commence à me démanger sérieusement. Cette étape pourrait bien être pour lui le jugement dernier…

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