I Can See You’re Young And Pretty.

[Noir Désir : Lazy]

« Ça ne te fait pas fantasmer de travailler dans un lycée? » m’a t-on un jour demandé. « C’est jeune, c’est frais, c’est lisse. »

Et bien, comment te dire? Non, en fait. Les garçons de 17 à 20 ans, ce n’est pas vraiment mon kif, tu vois. A mon âge, on aurait plutôt tendance à loucher sur des pattes d’oies au coin des yeux et des tempes légèrement grisonnantes. Je ne suis plus une jeunette qui s’extasie devant les éphèbes, et je ne suis pas encore assez vieille pour être affamée de chair fraîche. J’adopterais peut-être la cougar attitude sur mes vieux jours, mais pour l’instant, ça n’est pas d’actualité. Pendant une soirée, il y a quelques temps, j’ai assisté au roulage de pelle/collage de langue/échange de chewing-gum d’une presque trentenaire et de son copain, la vingtaine à peine sonnée. Dieu sait que s’il est une personne qui n’est pas à cheval sur la différence d’âge, c’est bien moi, mais j’ai eu l’impression que cette fille sortait avec son petit frère.

Pour autant, ce qui est intéressant quand on est entouré de jeunes de cet âge, c’est qu’on peut préjuger du potentiel de chacun. Mon oeil de lynx en a distingué une petite poignée qui, s’ils avaient une dizaine d’année de plus, seraient des spécimens à se damner. Mon esprit de compassion me pousse à espérer que les quelques-uns qui entrent dans le bureau en rougissant et en bégayant perdent de leur timidité en grandissant, parce que mes chéris, c’est très mignon, mais il faut un peu plus d’aplomb que ça pour séduire les filles. Si l’on parle d’aplomb, parlons de l’énergumène, grand, athlétique et aux cheveux savamment coiffés-décoiffés qui m’a sans vergogne dévorée des yeux alors que je me penchais par-dessus son épaule pour tenter d’imprimer son fichier Word. Les tentatives de ce garçon pour être irrésistible me font sourire, et j’avoue être souvent surprise de l’audace dont font preuve certains post-adolescents.

Derrière mon bureau, j’assiste au défilé de la jeunesse exubérante, sérieuse, timide, polie ou tête-à-claque. Celui qui entre et pose sa question sans dire bonjour, celui qui est toujours tout sourire, celle qui a toujours un problème, le délégué toujours révolté, le je-m’en-foutiste-j’ai-oublié-que-j’avais-anglais-ce-matin, l’éternel retardataire. Dans l’ensemble, je les aime bien. Ils sont un peu la crème de la crème, une substance agréable plus ou moins sucrée qui coule en douceur. J’éprouve pour certains une tendresse presque maternelle. Mais mon préféré, c’est Arthur.

Arthur porte un keffieh sage autour du cou, qui confère un air un peu rebelle à son allure de fils de bonne famille. Besace sur l’épaule, raie sur le côté et mèche près de l’oeil, grand et longiligne, peau mate et cheveux châtain foncé, Arthur est d’une gentillesse à faire fondre tous les glaciers du Grand Nord. Quand il entre, je sais qu’il va me dire « bonjour » en inclinant la tête et en découvrant ses dents, qu’il va poser sa question doucement de son ton le plus poli, un sourire dans les yeux, puis me remerciera de la même façon en sortant. Arthur est toujours prêt à rendre service, et quand on lui parle, il écoute toujours avec la plus grande attention. Il se tient bien droit, mains dans les poches et dégaine nonchalante. Il parle d’une voix douce et s’asperge d’un parfum un peu trop viril pour lui. Quand je le croise, une petite boule de guimauve s’installe dans ma poitrine et un sourire de tendresse s’esquisse discrètement sur mes lèvres. Si un jour j’ai une fille, j’espère qu’elle me ramènera un garçon comme lui.

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15 réflexions sur “I Can See You’re Young And Pretty.

  1. Isleene dit :

    Tu n’es pas la seule à ne plus/pas encore fantasmer sur les jeunes ephèbes. Je trouva ça plus épuisant que rafraichissant en fait. celà dit, cet Arthur me rappele des gens que j’ai connu. De vrais crèmes mais ce ne sont pas forcement les plus doués en terme de relation amoureuse.

    • Emily dit :

      C’est que 10 ans d’écart, dans ce sens là c’est comme qui dirait un peu beaucoup.
      Je ne sais si Arthur est doué en terme de relation amoureuse, mais son côté gendre idéal me plait bien 🙂

    • Emily dit :

      Je crois que nous savions déjà que nos goûts concordaient 🙂
      Le plus drôle dans la sociologie du jeune, c’est qu’on l’a tous été…

  2. Harry dit :

    Tu es à un vrai poste d’observation; ayant eu aussi à me trouver dans ce genre de contexte, je n’ai au contraire jamais fantasmé. J’ai admiré leur plastique certes, mais cela s’est arrêté là.
    Sans doute parce que je suis trop cérébral et qu’il leur manquait donc l’expérience.

  3. Fileuse dit :

    J’ai douze ans de plus que la plupart de mes élèves mais le réflexe cougar, c’est peu probable vu qu’ils sont en CM2… Certains me donnent limite envie de materner par contre ! J’ai un élève en difficulté qui est comme qui dirait « amoureux de la maîtresse » qui du coup redouble d’effort quand je suis là. C’est le bon côté des choses… On parle beaucoup des intelligences multiples, pour certains, c’est la logique, les mots ou la musique, pour d’autre c’est les filles. Après tout, pourquoi pas ?

    • Emily dit :

      Je pense de toute façon que le désir/l’amour/le sexe constituent le moteur du genre humain. Avec le pouvoir, ou quelque chose dans le genre.

    • Emily dit :

      Peut-être qu’il cache un couteau de boucher dans sa besace, c’est vrai… Comme l’écrivait La Fontaine : « Tu te garderas bien, tant que tu vivras, de juger sur la mine ». 🙂

  4. Eve. G dit :

    Au début en te lisant je me disais « mais ouais c’est clair fantasmer sur des petits jeunes de 17 à 20 ans nan mais n’importe quoi » en me rappelant certains mecs de ma classe qui passait le temps de la « pause » (parce qu’on disait plus récré hein) à jouer avec leur calculatrice (S oblige) et je les vois avec leur peau encore épaisse de l’acné , les poils de barbe qui savent pas encore selon quel schéma sortir enfin bref rien de glamour.

    Et puis en continuant ma lecture j’ai percuté que putain c’est vrai les gamins ils sont vachement mieux maintenant qu’à mon époque.
    Comment ils font pour leur peau ?
    Et puis ils ont tous un sens de la mode qu’ils avaient PAS DU TOUT avant.
    Enfin bref, ils sont devenus fantasmables et je n’y avais pas pensé avant.

    Quoique l’idée du roulage de pelle consciencieux et appliqué ne me fasse pas des masses envie non plus….

    • Emily dit :

      C’est la grande question : comment font-ils?
      A mon avis, ils doivent se récurer au biactol deux fois par jour, passer une heure à se coiffer le matin. Et, bien sur, errer à n’en plus finir sur les blogs mode et dans les boutiques. Leur sens de l’esthétisme me laisse parfois pantoise, même si je trouve honnêtement que c’est trop. Le lycée dans lequel je bosse est un défilé de mode permanent (même s’ils sont tous habillés pareil, au final).
      Nous, on enfilait notre jogging et voilà. Certes, on était moins fashieune (je frôle parfois la syncope en regardant mes vieilles photos de classe) mais, au moins, on n’était pas aussi obsédés par notre apparence.

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