Essayer encore, rater encore, rater mieux.

[Samuel Beckett]

Aujourd’hui, j’ai relu un de mes vieux journaux intimes, rescapé du grand tri par le vide que j’ai effectué en déménageant il y a quelques mois. En le parcourant, j’ai oscillé entre le le rire et la consternation la plus totale.

2001 : l’Odyssée de l’étudiante en DEUG. L’époque de la colocation avec une copine, des cours que je trouvais mortellement ennuyeux, de mes interrogations existentielles d’importance capitale. Et, surtout, mon spleen et mon mal-être savamment entretenus, dont je prenais amoureusement soin comme s’il eut s’agit de plantes vertes.

Parce qu’être jeune, c’est terriblement dur : Je suis scotchée devant la télé à regarder Alerte à Malibu et des tas de conneries dans le genre au lieu d’aller en cours. J’en ai marre d’aller à la fac, de me lever, de prendre le tram. Je gâche ma jeunesse./ J’en ai marre, j’ai RDV à la B.U. à 13h, il faut qu’on fasse un dialogue en groupe en anglais sur une confrontation entre des sidéens et des chercheurs qui font des tests sur les animaux. C’est vraiment trop bien…

2001, une époque révolue où ma vie était d’une incomparable richesse : Je suis toute seule à l’appartement, devant Urgence, et je me suis préparé une soupe chinoise en paquet. / Ça fait plus d’un mois que je n’ai pas écrit, il s’est passé quelques trucs. Enfin, pas trop mais bon. / J’ai peint des fleurs sur ma fenêtre, c’est pas beau mais ça m’a occupée .

L’époque des amours perturbées : C’est lui qui a commencé à me regarder. Je me demande s’il ne me regarde pas comme sil regardait quelqu’un d’autre. Peut-être qu’il n’a pas vraiment compris qu’il me plaisait parce que quelquefois je fais l’air de rien, je détourne le regard. Mais je dois bien l’avoir regardé assez, il n’est pas couillon à ce point quand même. / Machin veut sortir avec moi, c’est pas super génial.Au début je me demandais s’il me plaisait parce qu’il avait des dreadlocks ou parce que c’était lui. Ça me plaît beaucoup de savoir qu’un mec a dépassé la vingtaine. / J’arrête de parler de mecs, parce que de toute façon, il n’y en a pas un seul qui m’intéresse je mate juste un peu, c’est humain. [uh uh!]

L’époque des coups durs : Je me sens vraiment malheureuse. / En plus, ce midi, j’ai mangé au resto U avec le soleil dans les yeux, mais évidemment, personne n’a voulu changer de place./ C’est déprimant tout ça, en plus il fait un temps pourri./ Tout le monde est toujours au courant de trucs dont personne ne m’a jamais parlé.

Prose mémorable que celle de ma post-adolescence : Tout me paraît afantasmique. Beau néologisme, non? Ou alors : afantasmagorique. Mais ça pour le coup je me demande si ça n’existe pas vraiment, ou un truc dans le genre. Fantasmagorique ça existe. Du moins je crois. / Je ne me sens pas vraiment gothique, je veux dire que je n’appartiens pas au mouvement mais j’aime le côté sombre de la vie. Il faut dire que l’époque de la maturité pointait dangereusement le bout de son nez : Quand on lit ce journal on pourrait croire que je suis une gamine. En réalité je me sens beaucoup plus femme que quand j’étais au lycée, par exemple. Mais l’extérieur et le langage n’ont pas suivi. …

La soirée avance et je suis songeuse. Hilare, circonspecte et un peu honteuse que cette créature, dans une autre vie, ait été moi. Même si certaines choses, au fond, ne changent pas vraiment :

Je suis un peu triste ce soir. Et il faut que j’arrête de fumer. Je me sens laide.

T., c’est du vent, il est insaisissable.

Publicités

10 réflexions sur “Essayer encore, rater encore, rater mieux.

  1. Anna E. dit :

    Le soleil dans les yeux m’a achevée 😀
    J’ai arrêté vers 14 ans, repris vers 19, arrêté vers 20, pas encore repris. C’est vrai que j’hésite entre hilarité et consternation quand je me relis mais au fond, que ce soient tes écrits ou les miens, je finis par trouver ça plus mignon qu’autre chose. Et puis quand on y regarde de plus près, il y a toujours des phrases, comme tu le relèves, qu’on pourrait reprendre telles quelles aujourd’hui, alors même qu’on est plus femme qu’au lycée par exemple, ‘même si le langage et l’extérieur n’ont pas suivi’ 😉

    (pardon, promis, c’était la dernière fois :D)

  2. Mona dit :

    Thank God, j’ai arrêté ce genre de choses il y a bien longtemps et je m’épargne de les relire, ce serait sans doute pire. Merci pour la tranche de rire, c’est bien vu. Mais j’espère que tu n’es pas trop mal. Et tout se guérit, donc, surtout la mauvaise écriture : tu en es la preuve. xx

  3. Romain dit :

    C’est drôle, j’ai le sentiment inverse.
    Lorsque je relis ce que j’ai écrit à 20 ans, j’ai l’impression d’avoir régressé en qualité au fil des ans.
    Je soupçonne fortement la tyrannie du culte du résultat ou peut-être la perte de certains idéalismes.

  4. S. in Taiwan dit :

    ahahahahahahahahhahahahahahahahahhaha
    ahahahhahahah

    ahha

    pardon, j’ai failli m’étouffer!
    Tu trouverais bien pire dans mes journaux intimes… Je te trouve très toi, en fait. 🙂

  5. S. dit :

    Plus sérieusement, j’ai moi aussi relu mon journal de la terminal, 1999 donc, j’avais 17 ans et j’étais folle amoureuse d’un garçon qui me faisait tourner en bourrique depuis 3 ans. Dans mon journal, il vient de me quitter pour la troisième fois, avant la rentrée des classes. Eh bien, je me suis trouvée étonnamment forte! J’étais pas faible devant ce garçon, je prenais des décisions drastiques. Ne plus jamais le revoir, ne plus être gentille avec lui, ne plus vivre en fonction de lui, être indépendante, être une femme super forte. Je l’étais. Maintenant… tu n’as qu’à voir la molasse que je suis devenue, prête à tout pour reconquérir l’Homme. (pas le même hein!?)

    Tu connais déjà cette histoire, je sais.

  6. clarisse dit :

    Moi ça ne me fait pas rire. Peut-être parce que j’ai également noirci de nombreux carnets entre mes 10 et mes 25 ans, et qu’en les relisant je suis touchée par cette fille que je ne suis plus, aussi ridicule qu’elle ait pu être par moments. Du coup tes phrases à toi me touchent aussi 🙂

  7. Fileuse dit :

    Pareil. J’ai gardé mes carnets et je me sens toujours un peu triste quand je les relis. Autant à cause de la piètre qualité, que des souvenirs qu’ils révèlent. Le pire peut être, ce sont les pages écrites sous le coup de la colère, j’ai l’impression de m’en reprendre une partie dans la figure.
    Il ne faut pas avoir honte : c’était juste toi. En cela, les journaux intimes me font toujours penser à ces vieux polaroids un peu ringards, qu’on garde quand même…

  8. Marine dit :

    Je n’ai jamais eu la rigueur, plus jeune, de tenir un journal. J’ai quelques feuilles volantes noircies de choses aussi futiles que les tiennes. Et d’un autre côté, c’est tellement naïf, innocent. En grandissant, on en perd beaucoup, c’est au final bien dommage, je crois.

  9. Mick Kelly dit :

    Je suis un peu jaloux… j’aimerais bien avoir mon journal et ma correspondance de jeunesse sous la main histoire de lire/rire mais j’ai tout brûlé. Mais je pense que dans l’ensemble ça devait un peu ressembler à ce qui se trouve dans cette note!

  10. Anne dit :

    ah malheureuse! relire son journal intime de lycée/fac est un crime de lèse-amour propre!
    (le faire lire à son chéri est un crime de lèse-amour tout court…)
    Mais ce post est très rafraichissant (et drôle), et je suis de bonne humeur pour la journée…alors merci!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s