Out of Africa.

Le mois de septembre est arrivé, et j’ai repris le chemin du glorieux établissement  dans lequel je travaille. La semaine administrative précédent la rentrée est toujours assez drôle,  pour qui a réussi à développer un sens aigu du second degré. Ordre et contre-ordre, classement et déclassement, dossiers perdus, file de parents angoissés qui harcèlent le secrétariat dès l’ouverture des portes, expéditions rocambolesques dans tous les bureaux à la poursuite du formulaire machin-chose, postes informatiques farceurs qui plantent au meilleur moment, à savoir quand la saisie est entièrement finie et qu’il faut appuyer sur « valider » sous peine de voir disparaitre dans les limbes le travail de toute une matinée.

Au milieu de ce foutoir inimaginable siège la Grande Prêtresse, enorgueillie de sa position, qui règne en autocrate incompétente sur des classes de post-ados, venus pour en suer sous les ordres de profs nostalgiques de la rue d’Ulm, qui leur bourrent le mou à coup d’élite de la nation. Pendant que tout le monde s’agite, la Grande Prêtresse sirote son café dans sa chaise tournante en riant à gorge déployée avec Monsieur Untel au téléphone : « Et le petit dernier comment va-t-il? Et vos vacances en Corse pas trop chaud? Votre emploi du temps ah noooon je ne vous l’ai pas envoyé, attendez je vous l’envoie par mail… Gaspaaaard, venez m’aider, comment envoie-t-on un mail? »

La Grande Prêtresse est très drôle, pour qui a réussi à développer un sens aigu du douzième degré. Ce matin, elle s’est exclamée, ravie de pouvoir faire semblant de travailler : « Ah, les ordinateurs fonctionnent de nouveau, ce n’est pas encore l’Afrique ici! » Regard en coin de Salaam le malien. En Afrique, lecteur, comme chacun le sait, les ordinateurs ne fonctionnent pas. C’est très ballot. Mon avis sur la question, c’est qu’ils sont obligés, certainement, de s’envoyer des emails par girafe voyageuse. Ce qui est doublement ballot, c’est que ça génère un excès de papier. Ça n’arrange pas la situation, parce que l’Afrique, vois-tu, « c’est sale ». C’est vrai que nous en France, on ne connait pas la saleté (on a inventé l’eau de javel, ne l’oublions pas, ça désinfecte et en plus, ça blanchit). Sauf peut-être dans les banlieues, mais entre nous, c’est normal, elles sont surement pleines d’Africains, qui se baladent avec leur girafe en laisse.

Alors que je rêvais aux bienfaits de la colonisation, qui a fourni aux indigènes cannibales des églises et des broches en inox (bien plus pratiques que des pics en bois de baobab pour faire rôtir les Grandes Prêtresses blanches, attrapées lors de l’attaque de jeeps transportant de malheureux pionniers), j’ai entendu ma collègue de droite, hilare, dire à ma collègue de gauche (rien de tel qu’être au milieu d’une conversation pour bien en saisir tous les tenants et les aboutissants) : « C’est *Vilain Matheux* qui va être déçu que je m’en aille ! Quand il m’a proposé un rendez-vous galant, j’étais sidérée ! »

On peut dire que moi aussi, muette de stupeur indignée et au bord du fou rire nerveux, j’étais sidérée, hésitant à rester dignement sur mon siège ou me rouler sur la moquette pour y être plus à l’aise. On a beau ne plus aimer, se savoir immédiatement remplacé n’est pas du meilleur effet sur l’ego, surtout quand on a quitté par obligation et qu’on s’est entendu dire par l’autre : « Je me connais je vais regretter notre séparation dans une semaine! » Remarquez, le bougre, bien que gonflé, n’a point mauvais goût et quelque part, ça se tient : elle et moi occupons la même chaise dans le même bureau, mais nous y sommes assises des jours différents. Chaise sur laquelle Monsieur s’était déjà trouvé une petite amie, il y a quelques années. En soi, on pourrait assimiler ça à la gamelle du chien : on varie les menus, mais on ne la change pas de place, pour ne pas perturber l’animal. Les bêtes, qu’on se le dise, sont terriblement routinières.

Publicités

4 réflexions sur “Out of Africa.

  1. Anna E. dit :

    Haha ! Sauf que pour moi, point de beau mâle cette année – ils n’ont recruté que des filles ! (Tristesse, désespoir, tout ça)
    Ceci dit ma cheffe a désormais des mèches jaunes du plus bel effet dans sa tignasse noire qui termine en queues de rat (effet tigré réussi), tu veux que je l’envoie à la grande Prêtresse pour un p’tit tour en laisse ?

    • Emily dit :

      Les mèches jaunes paille dans les cheveux noirs, je surkiffe, on n’a pas fait plus élégant depuis les camions tunnés. Les quota de beaux mâles est bien proche du néant de mon côté aussi, mais je patiente un peu, le déferlement des intervenants extérieurs n’a pas encore eu lieu…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s