Sept révélations et un novice.

Quand je suis angoissée, j’éprouve le besoin d’écrire. Je remplis des pages et des pages, sans discontinuer. Je dresse des listes, je rédige des lettres, des lettres d’amour, de désespoir, souvent. Je ne m’arrête que quand je suis apaisée. Généralement le remède fonctionne, parfois le soulagement dure seulement le temps de la compulsion. Ce sera la première chose à savoir sur moi, l’illustration de ma névrose et aussi la justification de ce post. Et puis à présent que j’ai rongé tous mes ongles, dont un jusqu’au sang, je n’ai plus le choix. J’avais déjà révélé sept choses sur moi , mais c’était il y a longtemps, on va dire qu’il y a prescription.

J’aime beaucoup, par période, écouter de la musique dont j’ai un peu honte, soit quand je traverse un moment d’euphorie, soit quand l’effondrement nerveux n’est pas loin. Des morceaux bien commerciaux, un peu creux, qui me redonnent de l’énergie. En ce moment, ma vitamine C italiana, c’est ça : diablement efficace.

J’ai une admiration sans borne pour les combattants, les résistants, les révoltés. Je ne parle pas ici des manifestants bien planqués qui rentrent chez eux regarder le JT le soir, des tribuns du dimanche ou des rebelles de mes deux qui s’estiment lésés parce qu’on ne légalise pas l’herbe en France, mais de ceux qui osent rester debout quand des armes ou des chars leur font face. Je trouve qu’il faut être sacrément courageux pour se dresser contre l’oppression quand on risque sa vie. Quand j’étais ado, je me voyais bien aller combattre la junte birmane dans la jungle avec les Karens (notez, j’étais déjà à moitié équipée, à l’époque je portais des rangers). Ça m’a passé (sans blague?) mais j’en garde quelques séquelles.

Je suis perpétuellement insatisfaite. Et, pour couronner le tout, perfectionniste. Un grand malheur que cette facette de moi-même.

Je pense qu’un jour je vais larguer les amarres et faire un truc complètement dingue, comme entreprendre une longue marche à travers les steppes mongoles, poser mon sac à dos en Patagonie, apprendre à naviguer et traverser les océans avec mon bateau comme Jéromine Pasteur. Aller me confronter, enfin, à la solitude qui m’habite. Ceci dit, si je deviens prof de yoga, productrice de graines germées, sophrologue ou assimilé en rentrant, je vous demande officiellement de m’achever.

Je fais partie de ces personnes qui ne sont jamais vraiment là, toujours un peu à côté, toujours un peu en elles-mêmes, mélancoliques, comme si la perte était imminente, jamais vraiment avec les autres. Je ne me sens jamais totalement à ma place ni ancrée dans l’instant, sauf en de rares occasions, durant de rares moments avec mes très intimes. Ce sentiment d’incomplétude est très handicapant.

Les prénoms de mes futurs rejetons mâles, si rejetons il y a, ne sont absolument pas négociable. Ce sera Isaac, Abel, Camille ou Arthur. Je suis éventuellement ouverte à Esteban ou Alessio en cas de latinite aigüe, ou à un Jude si l’anglo-saxonnite rode.

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19 réflexions sur “Sept révélations et un novice.

  1. Marlowe dit :

    Je te rejoins complétement sur le point 5 : partir, partir, partir ! Une fois j’avais entendu à la radio (sur France Culture, c’est sérieux !) un type dont si j’ai bien compris l’activité principale est de marcher (il en fait des bouquins) et là il racontait ses marches seul sur plusieurs jours dans la taïga russe ! Je m’étais dit « c’est ça le bonheur ». Bref…

    • Emily G. dit :

      Je pense que le bonheur (ou, du moins, l’absence de malheur) est dans le corps, en ce sens que quand l’esprit est focalisé sur le corps, il n’a plus le temps de se morfondre. Une longue marche qui cristallise tous nos efforts et notre psychique doit être un soulagement intense.

  2. jacbernard dit :

    Tu devrai publier un jour tes pensées. Je suis sûr que cela marcherait. En revanche, ne compte pas sur moi pour t’achever si tu choisis un des métiers cités ci-dessus. D’une part, je ne frappe pas les femmes, d’autre part je trouve que professeur de yoga, agriculteur ou sophrologue sont de nobles professions.

    • Emily G. dit :

      J’ai utilisé ces trois professions pour illustrer ce phénomène d’engouement pour le développement personnel et de retour à la baba-coolitude, souvent alimenté par des orientalistes illuminés de tout poil, et que je trouve insupportables. Simple raccourci, je n’attaque pas nos courageux agriculteurs et ceux qui aident nos corps à s’assouplir.

  3. Jean-Pierre dit :

    Pas trop de littérature, aujourd’hui… Je vais préférer commenter en image. Ah le pouvoir des images !… Comme je ne sais pas envoyer une photo sur ce site je t’invite à aller faire un tour sur mon facebook: Jean-Pierre Moutin. Est-ce ce style « d’aventures » que tu apprécies ?
    … oui, oui, ça existe. Mais je n’utilise pas les Kalachnikovs, je me contente de les montrer en action. Je ne pourrais donc pas participer à ton éventuel achèvement. Désolé.

    • Emily G. dit :

      Savez-vous, Jean-Pierre, que vous avez sur facebook un homonyme guitariste?
      Voilà dans tous les cas un métier fort passionnant, j’en suis baba (et jalouse!)

  4. Emily G. dit :

    Ah mais non, outrage, infamie! Arthur comme Rimbaud, et comme le roi! Le bouffon du petit écran s’appelle en plus Jacques de son premier prénom.
    Bouh, j’en frissonne!!!
    Oui, j’aime les durs au coeur tendre. Et les poilus/barbus également, si tu veux tout savoir (ça devient rare aussi, paraît-il…)

  5. Anna E. dit :

    Ah les poules mouillées … je ne suis pas spécialement violente mais je pourrais les secouer comme des cocotiers pour les dynamiser !
    (Par contre, je préfère Ambre, Gabrielle et François)

  6. Harry dit :

    Insatisfaction et angoisse caractérisent le billet. On y trouve aussi une envie de … (ou des envies de).
    Je crois que c’est parce que tu n’as encore trouvé une sérénité; ou appréhender une façon de goûter les choses simples et basiques de la vie.
    Quant à tout quitter, beaucoup en rêvent; de là à le faire, peu le réalisent ou trouvent la force et l’opportunité de bouger. Je l’écris car j’ai changé de vie non sans mal. Je ne le regrette pas.
    Mais, j’en suis convaincu à présent : il n’y a que l’amour qui vaille la peine.

  7. Anna E. dit :

    Par il, tu entends l’article ou IL ? 😉
    J’ai adoré l’article, tout ce que je ne suis pas fichue d’exprimer. Mais vraiment. (Alors qu’au départ j’étais énervée parce que j’avais tout juste tapé le mot de passe que Miss Pesanteur collait son nez à l’écran, pour le coup je l’ai envoyée bouler :p)

    • Emily dit :

      Je ne pensais pas à l’article. Mais c’était une question con.
      Si tu veux, la prochaine fois je ferais un post avec tout ce que tu n’es pas fichue d’exprimer à Miss Pesanteur 😀

  8. Emily dit :

    Je ne vois pas où j’ai dit qu’il était normal qu’un homme sache « mieux faire » qu’une femme. On ne parle pas ici d’une opposition entre homme et femme, mais du lieu commun qui voudrait que les manuels ne soient pas intellectuels, et vice versa. Je suis moi-même capable de changer une ampoule (et démonter le siphon du lavabo, et changer une roue de vélo — si vous préférez) alors que je suis à la base une « intellectuelle » (bah oui, presque docteur), ça n’a absolument rien d’exceptionnel car ce n’est pas bien difficile, et j’entends qu’un homme situé du côté intellectuel de la force sache lui aussi faire ce genre de chose. Et s’il ne sait pas changer une ampoule sous prétexte qu’il a un triple doctorat, ça me gonfle. Je n’ai jamais dit qu’une femme ne pouvait pas être bricoleuse, j’ai juste dit que l’intellect n’était pas une excuse pour ne rien savoir faire de ses dix doigts. Votre lecture est somme toute amusante, car quand j’ai dit « quand même-moi je sais le faire », vous êtes parti(e) du postulat que ce moi faisait référence à une femme (car j’en suis une), alors que dans le cas présent, ce moi renvoyait à ma personne, soit une fille (oui, je n’y peux rien changer) à bac+8 et pas titulaire d’un CAP électricité/mécanique, donc pas la plus manuelle du monde. Je ne suis pas uniquement définie par mon sexe, que je sache. Pour un(e) antisexiste, avouez que ne pas voir plus loin que la femme dans mes propos, c’est très très fort… La division entre les sexes n’est pas la seule qui existe en ce bas monde, il me semble.
    Concernant l’autre citation, elle n’est pas de moi, donc je ne répondrai pas pour son auteure, mais il me semble qu’elle a apporté des précisions à sa pensée dans un autre commentaire. Pour ma part, être une mauviette ne signifie pas être triste, fatigué, etc, mais se plaindre. Je ne supporte pas les geignard(e)s.

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