In Motion.

On dit souvent que les filles sont de vraies pestes entre elles. C’est une belle généralité. Moi, par exemple, je n’ai jamais été peste. Mes meilleures amies non plus. Toutes les femmes ne considèrent pas leurs paires comme des rivales, comme des ennemies à évincer pour briller plus qu’elles. Quand j’étais plus jeune ma mère me disait : « De toutes façons, les copines, plus tu es moche et mal fagotée et plus elles sont contentes! » ou alors « Même si ce vêtement ne te va pas, elles te diront que c’est bien, parce que ça les arrange. » Ça m’a toujours éberluée. Soyons clairs, je ne sais pas ce que signifie l’amitié pour ma mère, et je ne veux pas le savoir. Moi, je préfère mille fois avoir à côté de moi une copine canon qu’un hobbit. Déjà, c’est plus joli à regarder, et puis je ne considère pas qu’un cageot soir un faire-valoir, au contraire. Je n’ai jamais mal conseillé une amie pour l’enlaidir (il ne manquerait plus que ça).

Pour autant, j’ai eu affaire à de vrais cas, au collège surtout. Du genre à se moquer entre elles de ta tenue, à critiquer pour critiquer, à te faire un compliment hypocrite et à pouffer derrière ton dos. Du genre à te faire des crasses. Je n’ai jamais compris l’intérêt de la chose. Je n’ai jamais été méchante ou blessante envers quelqu’un qui ne m’avait rien fait à dessein. Le pire, c’est qu’une fois l’adolescence passée, on croit que ce genre de comportement cesse : que nenni. Certain(e)s en font leur sport de prédilection. Une fois sortie du collège, je n’ai plus été victime de cette fameuse soi-disant « rivalité féminine » (les hommes ne daubent pas les uns sur les autres, c’est bien connu) (personne n’a connu feu mon grand-père à ce que je vois). Mais j’ai vu des amies se prendre des trucs incroyables dans la gueule. Certaines filles, il faut se rendre à l’évidence, éveillent la jalousie des autres.

Pas de toutes les autres, non. Pour se sentir menacée par une personne du même sexe, alors que selon toute évidence cette personne n’envisage ni ne vous piquer votre mec, ni de s’installer dans votre maison, ni de voler votre chat, ni de de vous nuire qu’une quelconque façon, il faut avoir un gros problème avec soi-même. Et moi, les filles à problème, ça me gonfle. C’est parfois tellement visible, ce regard d’un autre fille sur vous, ce regard qui vous exprime clairement que vous êtes une menace pour elle, et, bien qu’elle ne vous connaisse pas, elle vous a déjà prise en grippe. La raison importe peu. Le problème, c’est de croire que la personne en face possède quelque chose qu’on n’a pas, vouloir cette chose et/ou en priver le/la rivale.

Je n’ai jamais voulu ce que possédaient les autres. D’aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais comparée. J’ai toujours fait preuve d’un je-m’en-foutisme certain en la matière. Genre « je suis une merde et je vous emmerde ». Je n’ai jamais été envieuse. J’ai pas mal de défauts, mais pas celui-ci. Quand quelqu’un avait quelque chose que j’aurais bien voulu posséder, tout au plus je me disais que cette personne avait bien de la chance. Je crois que ça vient en grande partie de mon éducation. Cela vient peut-être aussi d’une absence totale de rivalité envers autrui ou d’esprit de compétition.  Avec le temps, j’ai en plus compris autre chose, c’est que ce n’est pas parce que quelqu’un à l’air d’avoir quelque chose en plus qu’il l’a nécessairement.

« Ce qu’il y a d’admirable dans le bonheur des autres », écrivait Proust, « c’est qu’on y croit. » Moi je ne crois pas au bonheur des autres. Je ne crois pas aux façades. Les gens comblés sont rares, et l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Bridget Jones (attention référence ultime) se sent comme une looseuse et envie son amie mariée Magda, qui a selon elle une vie parfaite et dix sortes de pâtes différentes dans des bocaux sur l’étagère de sa cuisine. Bridget, elle, n’a pas de mec, Cleaver est un con, alors, elle grignote tristement un bout de fromage et boit comme un trou devant Eastenders. Sauf que Magda aimerait bien, elle, boire un peu devant la téloche au lieu de courir après les marmots et flirter avec ses collègues. Je caricature à dessein, mais c’est l’idée. Je connais peu, bien peu de gens réellement heureux de leur situation. Alors bon. Tu as ce que je n’ai pas, j’ai ce que tu n’as pas? Allons donc. Echangeons et on verra qui pleurera le dernier.

Entre nous, heureusement que je ne me compare pas. A presque 30 ans je n’ai pas encore de vrai métier, je gagne si peu que ma mère est obligée de parfois me glisser un petit billet dans la main quand les grosses factures tombent. Je ne sens poindre aucune envie d’enfant en moi, et je dois dire que l’idée de me fixer définitivement m’effraie. Je soupçonne mes parents d’être silencieusement inquiets pour moi. Je me souviens que l’année du bac, avec les copines, on rêvait à ce qu’on serait dans dix ans. A 18 ans, je croyais qu’un jour, la vie se stabilisait, qu’en quelque sorte tout s’arrêtait, que l’existence, à un moment, quand on était adulte, se caractérisait par une absence de mouvement.  J’ai l’impression d’être dans une salle d’attente depuis plus de dix ans, et je crois à présent que la vie n’est qu’un long stand-by. La mienne, du moins. On court toujours après quelque chose, on attend l’après. Je ne conçois pas ma vie comme un arrêt sur image, même si cet arrêt est plaisant. Pour autant je n’aime pas l’incertitude quand elle est excessive, mais le définitif m’angoisse au plus haut point. Il me faut la certitude que je ne suis pas enlisée. Même si j’avance au ralenti, si je recule, s’il y a des flash-back, il faut que l’image, peu importe dans quel sens, continue de bouger.

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10 réflexions sur “In Motion.

  1. Anna E. dit :

    Epouse-moi.
    (Bridget Jones est aussi ma référence ultime, ça suffira à faire de nous un couple heureux :D)

    Les filles jalouses par principe c’est casse-pieds. La seule que j’aie prise en grippe sans la connaître, c’est Vilaine Ex – et encore, parce qu’elle se comporte avec mon copain comme si je n’existais pas (allô, ça va faire 18 mois que je suis officiellement la neumbeure ouane).

    Mais sinon, non. J’ai peut-être quelque chose de moins que la fille que je pourrais envier, mais j’ai aussi certainement quelque chose de plus qu’elle pourrait m’envier. Donc ça équilibre 🙂

    (Et si tu te fais pourrir l’existence par une pétasse du genre en ce moment, je te souhaite bien du courage) (et au besoin, on a une super grande cave ici, pas trop humide, conditions de séquestration et de torture idéales à la fois pour la victime et pour les bourreaux :P)

  2. Emily G. dit :

    😀
    Ah, une autre bridgetjonesphile! Si je n’ai jamais lu de chick litt et ne compte pas m’y mettre car je juge que c’est tout à fait inintéressant, mais Bridget Jones, je l’aime! C’était tellement nouveau quand c’est sorti, tellement frais, et tellement (presque) vrai. J’étais encore trop jeune pour qu’un processus d’identification se mette en place, mais 10 ans plus tard, je me dis que c’était une petite bombe ce livre là. Je sens que bientôt que vais pondre un article : « Bridget Jones, une révolution littéraire? » (hou que j’ai envie que j’ai envie!).
    Pas de casse-pied pour ma part, mais j’en ai vues tellement à l’oeuvre que j’avais envie d’écrire un post dessus. Ceci dit, ta cave m’intéresse…. Je peux mettre une option dessus?
    Sinon, c’est exactement ça, comme tu dis, ça s’équilibre. Et puis même si ça ne s’équilibre pas, sortir les griffes ne change rien (à part, peut-être, se dévaloriser encore un peu plus en affichant q’on se sent inférieure).

    • Emily dit :

      Quand j’étais en stage en entreprise (dans une autre vie), j’ai ressenti cette jalousie entre collègues (pas nécessairement à mon égard). Je n’ai pas aimé.

  3. Mona dit :

    En effet, jolie résonnance… je me retrouve beaucoup chez toi, c’est perturbant.
    Et je comprends TOTALEMENT ce que tu veux dire avec cette citation de Bridget. C’est tout à fait ça. L’herbe est toujours plus verte ailleurs. Après, l’important, c’est de faire des choix cohérents avec nous-mêmes et qui nous ressemblent. Et qu’on assume, aussi.
    Pour la jalousie féminine, je n’y ai que fort rarement eu droit, et en tous cas pas plus que de la part d’hommes.

  4. Lizzie dit :

    Je me résous à sortir de mon silence, je te lis régulièrement sans avoir osé commenter. J’aime beaucoup ta façon d’écrire, ce qui transparaît de ton blog.

    Pour en revenir à ta note, elle me parle terriblement, je m’y reconnais et c’est troublant. J’ai 28 ans, et je n’ai aucune envie de me fixer définitivement.

    Quant à ta citation de Bridget, le fait que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, je le répète sans cesse à une amie qui se compare constamment aux autres (pour se dévaloriser, évidemment…), je lui dis aussi que, bien souvent, on ne montre qu’une façade.

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