La loositude.

Il y a des jours sans. De ces jours où à peine l’oeil ouvert, tu sens l’éternité se profiler devant toi alors que tu n’as qu’une envie : que l’aiguille de l’horloge ait déjà fait le tour du cadran (en vérité je n’ai ni horloge ni même système d’affichage de l’heure à aiguilles, je suis la reine du digital. Mais quand même, je sais lire l’heure, si si. C’est ma mère qui m’a appris en fabriquant une pendule avec un couvercle de boîte de camembert.)

Les jours sans font suite à des nuits sans. De longues heures d’insomnie à tourner, retourner, grelotter dans les draps humides car il pleut sans discontinuer depuis deux semaines, et il pleut même dans la cuisine à cause d’une fuite au plafond. Tu te relèves pour allumer le chauffage et assécher tout ça. Mais en vérité, comme il ne fait même pas froid, tu meurs alors de chaud et de soif. Enfin, au petit matin, une heure et demi avant l’heure prévue de ton lever, quand tu es sur le point de t’endormir en faisant fi de ta gorge sèche, le chat décide que ce serait un très bon moment pour gratter à la porte et demander à sortir.

Quand le réveil sonne à ton oreille, tu agonises vingt minutes dans ton lit en espérant secrètement être prise d’une grippe subite pour pouvoir y rester. Tu te résignes et te lèves au ralenti. Te douches au ralenti. T’essuies au ralenti. Te maquilles au ralenti. Manque t’éborgner avec ton crayon khôl. T’éborgnes vraiment. T’habilles au ralenti. Puis déjeunes à toute vitesse parce que tu n’as vraiment plus le temps. Le dernier morceau de ta tartine encore dans la bouche, tu fermes la porte et atterris dans la rue.

Quand tu arrives au boulot, tu es encore au radar. Tu te cales sur ton siège, pour y rester les dix prochaines heures. Tout ça pour ça. Quand à midi tu décides de manger à la cantine, tu constates que les pâtes sont molles et les petits pois durs. Tu n’y manges jamais, maintenant tu sais pourquoi. Tu vois arriver Vilain Matheux, qui n’y mange jamais non plus. Les chances de le croiser là sont à peu près aussi minces que de pêcher une baleine dans la Mer morte. Tu fais semblant d’être absolument passionnée par ce que se passe au-delà de la vitre, mais de toute façon il s’asseoit en te tournant délibérément le dos. L’honneur est sauf des deux côtés.

Quand tu rentres chez toi lessivée et que tu t’apprêtes à t’écrouler comme une pyramide de pompom girls obèses sur ton canapé, le chat se jette sur toi, saute partout et tourbillonne, se frotte à tes jambes et s’emmêle dans les rideaux, plante ses griffes dans les coussins, tourne devant sa gamelle pleine, te quémandant à manger de la façon la plus pénible qui soit. Rendant les armes, tu sors un reste de pâtée du frigo pour changer de son Purina® habituel. En maîtresse attentive, tu rajoutes même un peu d’eau chaude pour que la nourriture soit à température ambiante. Pendant qu’il se jette dessus comme un affamé, tu vas te faire couler un bain. Tu reviens environ une minute plus tard pour constater que Vomito est en train de tout rendre. Sur le tapis.

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14 réflexions sur “La loositude.

    • Emily G. dit :

      Ton chat blanc comme neige est encore plus vicieux que le mien, qui est noir (j’étais prévenue de son caractère démoniaque). J’ai oublié comment était le lendemain eheh (pas pire, j’imagine).

  1. Sophia dit :

    Bon, t’as passé une mauvaise journée ma poulette… Ici, aussi il pleut sans arrêt, à grosses gouttes ou du crachin toute la journée, même s’il ne fait pas froid, je dors nue c’est dire. Ca y est, tu souris. 🙂

    Demain ça ira mieux, comme dirait notre coupine: « Quand ça va mal, souris, car tout ça va changer dans 3 heures, 3 jours, 3 semaines… » Il va se passer quelque chose! (Va voir Justin au ciné, il est beau comme un dieu!)

  2. jacbernard dit :

    Prescritption
    ~~~~~~~~~~

    Nom du patient : Emily A Sullen

    – 1 grasse matinée pendant 3 jours à compter du 11 novembre
    – 1 sieste d’une demi heure après chaque déjeuner pendant 3 jours à compter du 11 novembre

    Signé : Docteur Bernard

  3. Eve. G dit :

    Dans ton deuxième paragraphe je me suis trop imaginée que ton appart est comme la mansarde dans laquelle habite Princesse Sarah, parce qu’on dirait que l’eau qui coule du plafond de ta cuisine arrive directement dans ton lit et je me disais la pauvre elle doit distribuer des miettes de pain aux familles de souris et tout mais bon en fait t’as un chat.

    La loositude pour moi ça a été de m’assommer sur les chiottes tellement j’avais des vertiges (intoxication alimentaire) et de me reveiller 5 minutes plus tard grelottante sur le carrelage, les cheuveux emmelés au balai à chiotte et un besoin irrepressible de vomir. La grosse Win quoi. (enfin mon chat n’a rien rendu ce matin là, je peux m’estimer heureuse)

    Enfin je compatis avec une soeur de loose.

    • Emily G. dit :

      Mon chat ne serait même pas foutu d’attraper une souris je pense. Si tu le voyais courir après les mouches en agitant les pattes dans le vide, tu hurlerais de rire en te roulant par terre.
      Ta loositude est pire que la mienne, je m’incline (j’ai envie de rire, mais je me retiens).

  4. Jean-Pierre dit :

    Ah, si la marquise de Sévigné avait connu Vilain Matheux, que de belles pages supplémentaires elle nous eût laissé, elle aussi…

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