Pourquoi je vais finir ma thèse et me reconvertir.

Parce que comme me l’a fait remarquer ma consœur de douleur Naruwan, un seul poste de maître de conférence s’est libéré dans notre filière pour la rentrée 2012. Ce qui veut dire que ce sera sans doute peu ou prou la même chose pour les années à venir. Sachant qu’on doit être une trentaine de candidats à postuler chaque année, on saisit tout de suite l’ampleur du problème. Vu que je ne serai jamais la meilleure dans mon domaine, je n’ai pas grande chance d’être prise. Ça ne m’empêchera pas d’essayer, notez bien, mais me voilà en train de ravaler tristement mes ambitions universitaires, parce qu’il ne faut pas se faire d’illusion, même si un coup de bol est toujours envisageable. Il y a toujours possibilité de travailler sur des postes de contractuel ou de vacataire, mais la précarité à long terme n’est pas une perspective très alléchante.

En attendant j’ai un boulot, pas bien payé certes, mais qui me laisse du temps à côté. Selon toute probabilité, je serai docteur à 31 ans et des brouettes. Ce sera peut-être la fin de l’histoire. Merci mademoiselle, nous vous accordons les félicitations, ou pas, bon vent et battez-vous bien pour obtenir un poste. Ma trace dans le monde merveilleux de l’université se limitera à trois articles publiés dans des revues que personne ne lit, puis je me désintègrerai dans les limbes. A ce stade, un plan B est nécessaire, et vite.

Alors oui, le monde est grand et il y a des tas de choses à y faire. Mais qu’ai-je envie de faire, exactement? Rien serait la réponse appropriée. Dans mes rêves les plus fous, je serais rentière, je m’achèterais une grande maison de maître à la campagne, que je décorerais avec de la récup’ et des meubles anciens chinés chez les antiquaires. Je recevrais mes amis, qui viendraient se réfugier chez moi quand la vie serait trop difficile ou qu’ils auraient besoin d’un bol d’air. Ma maison serait une demeure collective où chacun pourrait aller et venir à sa guise, une espèce de maison d’hôte. Chacun y vaquerait à sa tâche, écrirait, gratterait son violon ou taperait sur ses cymbales. Le soir nous mangerions tous ensemble à la grande table en bois, on fumerait des cigarettes en buvant du vin, on discuterait passionnément. On ferait des bœufs dans le jardin, la vie serait douce. Chaque jour amènerait un nouveau départ ou une nouvelle arrivée, tout serait immuable et pourtant toujours neuf. Bref, je serais la Jeanne, mais en plus sexy, en plus jeune et en moins désargentée.

Mais bon, je ne suis pas encore rentière, alors je me creuse la tête pour trouver des alternatives. On ne sait jamais ce que la vie sera, mais il me fait déterminer 1/ ce que je sais faire 2/ ce qu’il m’est possible de faire pour vivre. Une fois déterminé ces choses, voir combien d’entre elles sont compatibles et si elles sont viables à long terme (car coupler ce que je sais faire et ce qui m’est possible de n’aboutira pas nécessairement à la panacée.) Deuxième équation : voir si ce que j’aime faire peut donner lieu à une activité rémunératrice. Qu’est-ce que j’aime faire, au fait?

1/ Ecrire. Comme chacun le sait, écrivain n’est pas le métier le plus sur de l’univers, et ce n’est pas demain que j’obtiendrais le prix Goncourt (parce que pour obtenir le prix Goncourt, non seulement il faut avoir écrit un roman, mais il faut aussi avoir écrit d’autres romans avant celui qui reçoit le prix. On n’est pas rendu, mes braves.) Alternative : écrire des trucs futiles et faciles, type chick litt ou romans érotiques à soumettre aux éditions Harlequin (c’est un exemple, Harlequin ne publie que des romans américains et emploie une armée de traducteurs – oui, je me suis renseignée) pour manger, et se consacrer à des choses un peu plus profondes à côté. A méditer. Et peut-être à tenter (sous un pseudo, faut pas déconner non plus). A mon avis, on doit se payer une bonne tranche de rigolade à composer un chef-d’œuvre à base de « Quand Rebecca vit Brandon sortir de sa Ferrari rouge sang, son corps se consuma comme jamais. Pourquoi, mon amour, m’as-tu quittée, songea-t-elle? Je n’ai jamais pu t’avouer ce terrible secret qui me ronge, et à présent que tu es parti ma vie est un champ de ruines sans fin. »

2/Gratouiller ma guitare. Une activité dilettante qui ne m’apportera pas la fortune, même si je gagne à la Nouvelle Star (encore faudrait-il que je m’y présente et que je ne sois pas refoulée avant Baltard. Là n’on plus, on n’est pas rendu). Se prendre pour Alela Diane, c’est cool, mais quand on a la voix qui part en sucette dans les aigus, on se dit qu’une carrière artistique n’est pas encore envisageable.

Voilà. Comme me le disait mon copain de caserne, le bonheur pour le cithariste, selon Aristote, c’est de bien jouer de la cithare. En gros, la clé du bonheur, c’est de cultiver ses talents. C’est vrai : quand j’ai bien écrit, ou composé une petite chanson, je suis contente de moi et détendue. Copain pense que le mieux serait de se trouver un boulot pas trop chiant qui me laisse le temps de me consacrer à ce que j’aime à côté. En même temps, vu qu’il ne me voit pas universitaire car je n’ai pas un rapport assez narcissique à mon travail et que je produit invariablement dans la douleur, je me demande s’il faut l’écouter (en vrai, je sais qu’il a raison, le bougre, ça fait longtemps que je pense ça et je le déteste de voir si clair en moi parfois. Grrrr.) Donc, si vous avez des idées de boulots pas trop chiants et pas trop mal payés (genre fonctionnaire à la sécu, mais quand même en moins rébarbatif, merci), je suis tout ouïe. Et si vous avez un gros chèque à me donner, je prends aussi. Pensez à tous ces chercheurs et musiciens de génie qui trouveront refuge dans ma maison de campagne : c’est beau d’être mécène, non?

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El palacio

Je suis quelque peu coupée du monde et vais le rester jusqu’à la fin du mois, quand je récupérerai une connexion digne de ce nom (pour l’instant, je me débrouille avec un wifi public capricieux, Bouygues dans le salon et Sfr dans la chambre, quand ça veut bien fonctionner).

Vu que l’on m’a réclamé à cor et à cri des photos de mon chez moi, j’a choisi le coin le plus abouti, c’est-à-dire, pour l’instant, le bureau. On en est là :

Vu la vitesse de téléchargement de la photo (j’aurais eu le temps de me faire cuire des oeufs au plat, de me sécher les cheveux et d’écouter en entier un double CD de Biolay avant qu’elle n’apparaisse en entier, si vous voyez ce que je veux dire), on va en rester là pour aujourd’hui.

A la Saint-Valentin, ronge ton frein. Ou pas.

Alors oui, c’est la Saint-Valentin. Personnellement, ça me fait une belle jambe. Tout le monde sait qu’un certain Vilain Lacanien – qui rejoint donc officiellement le camp des Vilains avec le Matheux – s’en est allé vers de plus vertes (et jeunes) contrées il y a peu. Ceci dit, quand bien même, vu le Sieur, j’aurais pu l’attendre, mon bouquet de fleurs ou ma petite attention, alors l’un dans l’autre, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Las, je sais cependant qu’il a dit à mon copain de caserne que je suis une fille très fine, dotée d’une exceptionnelle intelligence, et belle par surcroit (ce que je soupçonne, même si je sais qu’il le pense, être une stratégie pour que la phrase me soit répétée et ne pas paraître trop détestable à mes yeux, traumatisé qu’il doit être que je ne veuille plus le voir) (parce que là, il faut bien avouer que je frôle la perfection, c’est à se demander pourquoi il est parti, n’est-ce pas). Mais tout ça ne me fera pas obtenir le si convoité joli médaillon en forme de coeur à partager avec mon dulcinée, offert dans un écrin de velours rouge entre une coupe de champagne et un mi-cuit au chocolat. (Docte lecteur, une partie de cette phrase constitue une désopilante blague, à toi de retrouver laquelle).

Sinon, je suis chez mes parents, en stand-by entre mes deux appartements, et je profite d’avoir une connexion Internet vaillante pour vous abreuver de mes aventures. Je fête allègrement la Saint Traversin, et ce depuis trois jours, en faisant joyeusement le tour du cadran et me levant à des heures indécentes. Je fête également la Saint Fifrelin, en me ruinant de façon inconsidérée dans d’indispensables étagères en pin naturel, barres de support et cornières (une bibliothèque d’angle prendre demain forme sous mes yeux, comme construite des blanches mains de mon papa par magie), nouveau pommeau de douche, suspensions japonaises fleuries en papier, etc.

Je trépigne d’impatience à l’idée d’aménager mon nouveau nid, et de pouvoir travailler au soleil. Travailler, parce que ces temps-ci, c’est le niveau zéro de l’avancement de la thèse, l’objectif des sept pages par semaine est une vaste blague perdue dans un champ de cartons et de meubles en vrac. Un déménagement, ça vous tue une bonne résolution intellectuelle. Mais je me vois déjà à mon bureau près de la fenêtre, avec ma tasse de thé préparée dans ma graaaande et fonctionnelle cuisine américaine, les orteils battant la mesure sur le sol parqueté. A chaque jour sa quête, cette après-midi je m’en vais chasser le rideau féroce. Et comme je suis quand même une gentille fille, je souhaite une bonne et grosse fête aux amoureux en n’espérant même pas qu’ils s’étouffent avec une part de fraisier.

Bref, j’ai un nouvel appart.

Des mois que je dépérissais dans mon appartement, que j’ai toujours considéré comme un appartement de transition. Marre du manque de lumière, marre du manque d’isolation, marre des voisins, besoin d’air, de soleil, de changement. Des mois que je cherchais, épluchais les sites d’annonces, sans rien trouver de vraiment convaincant. Je n’y croyais plus. Et puis, une annonce, qui ressemblait fort à l’affaire du siècle. J’appelle, on me dit qu’il y a trois visites prévues vers 17h, mais je ne peux pas y aller, je travaille. J’y vais rarement au culot, ce n’est vraiment pas mon truc, mais là j’insiste. Le gentil monsieur de l’agence se laisse fléchir, se libère, rendez-vous pris deux heures plus tard.

Bien contente de moi d’être passée devant tout le monde, j’y vais. Coup de coeur. Le voilà, l’appartement que je veux. Le propriétaire est en train de refaire les peintures pendant que je tourne dans toutes les pièces. Je donne un dossier directement au monsieur de l’agence, puis commence l’attente. Roulement de tambour… Premier coup de fil, on me dit que mon dossier est retenu parmi tous les autres, mais qu’il se pourrait que l’appartement soit loué à un membre de la famille. Je recommence à attendre. Deuxième coup de fil : j’ai l’appart, j’ai fait bonne impression au proprio. On signe le bail dans une brasserie, à la bonne franquette. Comme c’est lui qui gère finalement la location, je n’ai même pas de frais d’agence à payer.

Bon, allez, maintenant je peux le dire : WOOOOOOOOOOOUUUU HOUUUUUUUU HOUUUUUUUU!!!! Je suis SUPER CONTENTE!

J’exulte, je saute partout, j’ai commencé à emballer mes affaires. Le 15, je prendrai possession de mon  nouveau chez moi, mon palace de 50m2 (50m2 pour moi toute seule!) dans un immeuble ancien, avec parquet, cheminées décoratives, tout repeint de frais, pour un loyer excédent de très peu celui de mon petit 30m2 mal isolé. L’affaire du siècle, vous dis-je, le genre de chose qui ne me tombe jamais dessus d’ordinaire. Je vais pouvoir tenir salon, organiser des soirées, danser le moonwalk dans ma chambre, faire des courses de vitesse avec le chat. En fait, je n’arrive presque pas à y croire, je me trouve très chanceuse. Vu que 2012 avait commencé par une rupture, c’est un peu ma revanche. J’ai décidé que cette année serait finalement un bon millésime, l’année du changement et du renouveau, l’année de la nouvelle Emily.

On fait le vide, et on recommence.

Humeur musicale du jour : Suzy, Caravan Palace.