The End of a Story.

J’ai 30 ans aujourd’hui.

Et bien ça ne me fait ni chaud ni froid. Il paraît qu’on franchit un cap quand on atteint la trentaine, je n’ai pas encore compris lequel. Le pire c’est que quand tu dis que tu te contrefiches que ton âge commence dorénavant par un 3, on te rétorque des truc du genre « Ah ben si attend quand même, 30 ans c’est pas rien, ça fait quelque chose ! ». Et si MOI ça ne me fait rien, d’avoir 30 ans, je peux? Merci bien. Mais effectivement, ce n’est pas rien. 30 ans sur terre, ça laisse le temps d’accumuler des souvenirs, d’être satisfait de son parcours, d’être conscient de ses erreurs aussi. Mais je fais partie (pour combien de temps encore?) de ceux qui ne se retournent pas. Le temps ne coule que dans un sens, rien ne sert de regarder en arrière et de se morfondre. Essayer de s’améliorer pour le temps qui nous reste est à mon avis une meilleure option.

Je ne suis pas mécontente du chemin parcouru jusqu’ici, j’aurais quand même réussi certaines choses : un cursus universitaire honorable, sans heurts, couronné par l’obtention de deux Master 2 et un doctorat qui touche à sa fin (mes 31 ans, à la différence de mes 30, seront certainement vécus dans l’allégresse ou le désespoir le plus total vu que c’est à peu près à cette même date, dans un an, que je prévois de finir cette satanée thèse). Une année passée dans un drôle de pays dans lequel tout le monde croit qu’on trouve du chien en ragoût à tous les coins de rue, alors que pour en trouver il faut bien chercher, c’est moi qui te le dis. Une poignée d’ ami(e)s fidèles, de très belles rencontres, des gens que j’aime. Je crois ceci dit que le meilleur reste à venir, car j’ai enfin entrepris de régler ce qui cloche chez moi, ce qui m’empêche parfois d’avancer, de vivre les choses pleinement et avec légèreté.

Partant de là, je ne peux qu’être confiante pour la suite. J’évite de me poser des milliers de questions, de me demander où je vais travailler à l’issue de ma thèse, par exemple. Ou si je vais finir par sortir d’un certain tunnel amoureux. On verra bien, la vie est longue et je suis sereine. Je crois que c’est ce qui m’a manqué toutes ces années, cette sérénité lucide. Avant, j’étais plutôt du genre insouciante aveugle. J’étais légère, mais toujours en fuite. J’ai longtemps fui ma propre vie, à présent je veux l’investir. J’ai bon espoir de pouvoir, enfin, m’ancrer un jour pleinement dans le présent sans toujours loucher sur l’horizon, en attendant je ne sais quoi de mieux. Je vois déjà les fruits de mes efforts et de ma transformation et c’est un soulagement sans nom.

Je suis très curieuse de l’avenir, je me demande ce qui m’attend et je me dis qu’il y a certainement encore beaucoup de bon qui me tend les bras. Il y a tant de choses à faire, tant de choses à découvrir, tant de gens à rencontrer. Dit comme ça, ça fait un peu générique de dessin animé, mais j’aime l’idée. La vie est définitivement ce qu’on en fait, je ne veux plus me laisser porter, je veux mener la barque. La plénitude n’arrive pas d’un coup de baguette magique, il faut savoir l’amener à soi. J’essaie d’arrêter de réfléchir et de faire ce qui me fait envie, sans penser à mes blocages. Un stage de danse le weekend prochain? Banco, allons-y. Peu importe que je m’y inscrive seule et que mes pas de base ne ressemblent pour l’instant à pas grand chose. J’y retrouverais sans doute les assoiffés de swing du cours du mercredi et on rira ensemble du chemin qu’il nous reste à parcourir pour danser comme des dieux.

Je n’ai plus envie d’être la gamine de 7 ans qui restait seule chez elle les après-midi, par confort et par timidité, qui s’angoissait à l’idée d’être laissée quelques heures au centre aéré au milieu des autres enfants. Plus envie d’être celle qu’on forçait à socialiser alors qu’elle n’en avait pas envie. Plus envie d’être celle qui pensait que toute erreur ou gaucherie serait décelée par les autres – comme si les autres n’avaient que ça à faire que de me regarder. Plus envie non plus d’être cette ado dont on brimait la féminité en lui faisant une réflexion dès qu’elle ne correspondait plus à l’idéal de l’enfant asexué. Je ne veux plus ni être recroquevillée, ni être bridée. Les chaînes psychologiques, c’est fini, j’en ai soupé. Je veux être celle que je veux voir, celle dans laquelle je me reconnais. Finalement, je crois que si avoir 30 ans ne me fait rien, c’est parce que j’ai compris très récemment que j’étais enfin sur la route qui me menait à moi. Alors franchement, écrire son âge avec un 2 ou un 3, quelle importance. 30 ans n’est pas la fin de la jeunesse, ni le début de l’âge. C’est juste la suite qui commence.

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