(Ré)cré A2

En cette période où certains s’apprêtent à partir en congés se faire dorer la pilule au soleil du Cap d’Agde, où d’autres, soulagés, voient enfin le bout de leur tas de copies des épreuves du bac, bref où tout le monde, ou presque, peut se précipiter vers les plages, le barbecue et les chaises longues, j’ai effectuée ma rentrée.

J’avais bouclé mon cartable la veille du grand jour, après avoir vérifié que toutes mes affaires étaient bien dedans : un calepin, un stylo, ma bouteille d’eau, mon repas et un bon livre pour la pause de midi. J’avais également préparé ma tenue, quelque chose de décontracté, pour finalement changer d’avis le matin et opter pour une robe me donnant l’air un peu plus sérieux. Comme je ne connaissais pas le trajet, je me suis levée très tôt. Je n’ai rien pu avaler, oh pas à cause du stress, mais de l’heure matinale. Je suis arrivée un quart d’heure en avance, tout ça pour patienter dans l’attente de la réunion générale. Au moins 6 ou 7 inconnus bien intentionnées sont passées pour me proposer un café, ou se présenter, ou les deux.

Lors de ladite réunion, il y avait des croissants sur la table. Mes futurs camarades ont entonnés d’une même voix, tels les membres d’un groupe de paroles sur la dépendance à la soupe aux champignons, « Bonjour Emily ! ». Ensuite on m’a fait remplir une fiche de présentation, afin de permettre aux autres de me connaître un peu mieux, sur laquelle j’ai précisé que je n’aimais ni le chaud, ni le froid, ni le mouillé, que j’adorais faire la sieste dans l’herbe et que si j’étais un animal, je serais poilue, ou plumue, je ne sais pas. J’ai aussi proposé mes services de passagère de voiture, car je suis une irrécupérable piétonne à qui le chauffeur du bus a paru fort antipathique.

On m’a expliqué comment tout fonctionnait, j’ai pris des notes mentalement et sur papier. J’ai bien écouté toute la journée ce qu’on m’a dit dans l’optique de l’interrogation de fin de semaine qui consistera à évaluer si j’ai compris ou pas. Quelques uns de mes camarades ont été fort sympathiques, surtout le rebelle de la classe aux cheveux longs et aux ray-ban Aviator, qui m’a coachée sur les horaires de bus et m’a gentiment pistonnée pour que son voisin de table, membre d’un groupe électro même pas inconnu, me ramène chez moi après la journée, vu que nous habitons tous les trois dans un mouchoir de poche.

Je suis allée choisir un cahier Oxford dans la salle des fournitures, j’ai pris celui à la couverture rouge, la couleur la plus motivante. Je l’ai posé sur mon nouveau bureau, à côté du casque qui me permettra de rédiger en musique si j’en ai envie. J’ai regardé les affiches musicales, psychédéliques ou potaches accrochées au mur, l’étagère plein de CD’s, les gadgets sur les bureaux voisins ainsi que les quatre autres occupants de ce petit espace. Et là, je me suis dit que mon nouveau job avait l’air franchement cool.

Bienvenue chez les créatifs, Emily.

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