« The Piano », Jane Campion, 1993.

En attendant de vous montrer mon nouveau chez-moi (c’est à dire, en attendant que mon APN soit chargé et que je prenne de jolies photos en pleine lumière), voici un article cinéma (il y a bien longtemps que je n’en avais pas fait). A présent que je vis seule, et sans télévision, j’aime bien me plonger, le soir venu, dans des films que j’aime.

Palme d’or (très très méritée selon moi) au festival de Cannes de 1993, The Piano (La leçon de piano de son titre français) de Jane Campion (qui nous a gratifiées récemment du très beau Bright Star) raconte l’histoire d’une jeune veuve écossaise, Ada McGrath (interprétée par Holly Hunter, au jeu fort et intense), mariée par son père à un colon néo-zélandais qu’elle ne connait pas, Alistair Stewart (Sam Neil).

Débarquée sur une plage de l’île avec tous leurs effets, Ada et sa fille Flora attendent qu’Alistair vienne les chercher. Quand celui-ci arrive, il décide d’abandonner sur la plage le piano que la jeune femme a apporté d’Europe avec elle, trop lourd et inutile selon lui. Musicienne de talent, c’est à travers son piano qu’Ada, muette, exprime ses émotions. L’abandon de l’instrument est pour elle un déchirement.

Ada supplie Baines, un voisin d’Alistair qui vit en harmonie avec les Maoris, de l’emmener sur la plage où se trouve le piano. Peu après, celui-ci, sensible aux charmes d’Ada et à sa virtuosité, marchande l’instrument au mari de la jeune femme en échange de terres. Pour attirer Ada chez lui, il lui propose, en échange de la pratique du piano, activité vitale pour elle, un étrange marché.

Dès les premières images,  l’on est plongé dans la sublime photographie du film :  nature sauvage, océan grandiose et végétation luxuriante. De la boue et de la pluie torrentielle d’une terre inconnue à Ada qui répugne à s’intégrer à ce nouveau monde et à s’attacher à son époux, des vagues sourdes qui accompagnent la musique du piano lors d’une scène magistrale dans laquelle la jeune femme joue sur la plage, en passant par les arbres aux branches noires et noueuses qui composent une forêt aussi dense et impénétrables que les émotions des personnages, la caméra nous donne à dévorer des yeux, entre mer et montage, un monde intact et primitif, dur et beau, parfois déchaîné.

The Piano, servi – c’est à souligner – par l’une des plus belles bandes originales de toute l’histoire du cinéma, avec ses sublimes paysages et le face-à-face entre colons européens et autochtones dans une nature vierge s’inscrit, pour moi, dans la même veine que The New World de Terrence Malik. Les émotions et les images y sont de la même façon à couper le souffle. Certaines penseront que je suis mono maniaque, mais je ne peux décemment écrire cet article sans mentionner les costumes du XIXème siècle, que les amatrices apprécieront à leur juste valeur.

A la verticale de l’été.

Les nuages noirs, menaçants. Les premiers grondements du tonnerre. Soudain, la pluie, tiède et furieuse, qui est venue crever le ciel bleu de juin et s’écraser sur les rues brûlantes.

J’ai emprunté un parapluie cassé en sortant du travail et suis rentrée tranquillement, à tous petits pas. Comme une gamine, j’ai fait exprès de tremper mes pieds chaussés de sandales ouvertes dans les flaques chaudes, me suis éclaboussé les mollets, me suis mis de la terre entre les orteils. J’ai contemplé en souriant les prudents abrités sous les auvents des boutiques, et les téméraires qui enlevaient leur chaussures pour progresser sur les pavés glissants.

La pluie rafraîchissait ma peau et la ville, et toute seule sous mon parapluie, je me sentais indécemment bien.

Les orages d’été me font toujours penser à ce très beau film de Trần Anh Hùng, le plus poétique, le plus merveilleux film au monde, frais comme un clapotis d’eau, lent comme une rivière, luxuriant comme une végétation tropicale. A chaque fois que je le regarde, j’ai envie d’être arrosée par la mousson, un été au Vietnam.

Ce soir, je vais tirer les rideaux et me plonger dans la beauté.

Henry and June, Philip Kaufman, 1990

Aujourd’hui, un article cinéma sur lequel je méditais déjà à la création de ce blog.

1931. Anaïs Nin vit avec son mari Hugh dans leur maison de Louveciennes, près de Paris. La rencontre avec Henry Miller et son épouse June va avoir une influence prépondérante sur l’existence d’Anaïs, tant au niveau personnel qu’artistique.

Henry and June retrace la passion de l’écrivain pour le couple Miller. Maîtresse, amie et soutien financier d’Henry, femme-crysalide subjuguée par la beauté et la féminité de June, Anaïs Nin noircira cette année-là des cahiers entiers de son journal intime, portée par son nouvel éveil à la sensualité et au désir, mais également par des réflexions sur la complexité des relations amoureuses et des sentiments.

Il est intéressant de noter que le film n’est pas adapté du célèbre Journal publié en 1966, mais de la nouvelle Henry and June tirée du Journal amoureux : Le journal intime non censuré d’Anais Nin 1931-1932 (The Journal of Love : The unexpurgated Diary of Anaïs Nin 1931-1932), publié après la mort de l’écrivain par son exécuteur testamentaire.

En effet, le Journal, publié du vivant d’Hugh Parker Guiler, le mari d’Anaïs Nin, a été à la demande de l’auteur totalement expurgé de ses nombreux passages intimes (en même temps qu’il a été abrégé, des coupes ayant été nécessaires à la publication de ce journal monumental dans lequel Anais Nin écrivit tous les jours jusqu’à la fin de sa vie), les amants transformés en amis et les références à Hugh éliminées.

Je me souviens m’être demandée quand j’ai commencé le Journal (il y a longtemps, lorsque j’étais jeune et naïve) s’il n’y avait pas anguille sous roche. J’ai bien sûr découvert peu après que l’intimité entre Nin et Miller était de notoriété publique. La lecture d’Henry and June (publiée en français sous le titre : Henry et June – les cahiers secrets chez Pocket) est venue plus tard donner un éclairage très intéressant et complet sur cette relation censurée dans le Journal de 1966.

Le film n’est pas tout à fait fidèle à la nouvelle, Kaufman s’étant octroyé quelques libertés, notamment en prêtant à Anaïs et June une relation physique, inexistante en réalité, la passion entre les deux femmes ayant été uniquement platonique (mis à part quelques baisers) malgré le désir et l’admiration d’Anais Nin pour la féminité torride de June.

Cela étant, le casting féminin est des plus réussi, avec une Maria de Medeiros qui prête sa gracilité et sa latinité à l’écrivain, et une Uma Thurman à couper le souffle, sensuelle en diable, aussi insaisissable et évanescente que la vraie June qui nous est décrite dans le récit. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous faire partager les lignes écrites par Anaïs Nin après sa première rencontre avec cette dernière :

A startingly white face, burning eyes. June Mansfield, Henry’s wife. As she came towards me from the darkness of my garden into the light of the doorway I saw for the first time the most beautiful woman on earth.
Years ago, when I tried to imagine a pure beauty, I had created an image in my mind of just that woman. I had even imagined she would be Jewish. I knew long ago the color of her skin, her profile, her teeth.
Her beauty drowned me. As I sat in front of her I felt that I would do anything she asked of me. Henry faded, She was color, brilliance, strangeness.

Les personnages masculins sont selon moi beaucoup moins convaincants, Kaufman nous donnant à voir un Henry Miller un peu trop primaire : n’oublions pas que le ciment de l’entente entre les deux écrivains, avant d’être la chair, et bien après qu’ils aient rompu, fut la littérature et leurs styles si complémentaires. C’est l’écriture abrupte de Miller, si éloignée de la finesse et des fuites oniriques d’Anais Nin, qui subjuguèrent de prime abord celle-ci en la propulsant de plein fouet dans une autre vérité.

Même s’il est notoire que Miller n’était pas un modèle de subtilité, le personnage campé par Fred Ward en manque un peu trop : on se demande bien où se trouve le génial auteur de Tropique du Cancer sous ce chapeau mou. Quant à Hugo, le mari d’Anaïs Nin, il m’apparaissait bien moins niais dans le livre (ce dernier avis n’engageant que moi). Certains détails collent cependant parfaitement au Journal, par exemple la maison de Louveciennes dont les murs étaient peints d’une couleur différente dans chaque pièce,  les tenues excentriques d’Anaïs Nin ou encore le maquillage de June.


Henry and June est incontestablement à voir pour les amoureux d’Anais Nin et de son oeuvre (dont je fais partie, le Journal ayant été l’un des plus grands chocs littéraires de ma vie). Pour les autres, je doute que le film présente un grand intérêt, si ce n’est (comme dans la majorité des films dont je parle ici) celui de l’esthétique et des costumes.

« L’histoire d’Adèle H. », François Truffaut, 1975

Présentée d’emblée comme une histoire « authentique, mettant en scène des personnes réelles et des événements ayant existé », L’histoire d’Adèle H. retrace l’errance spatiale et amoureuse d’Adèle, deuxième fille de Victor Hugo, délaissée par un père dévasté par la perte de son aînée, Léopoldine (les littéraires se remémoreront à cet instant précis le  déchirant  A Villequier).

Soutenue financièrement par ses parents, Adèle quitte l’Europe pour le Canada. Partie officiellement afin de vivre de façon autonome, elle poursuit en réalité de ses assiduités le lieutenant britannique Pinson (Bruce Robinson) dont le régiment est en faction à Halifax, en Nouvelle-Ecosse. Adèle n’aura de cesse de rechercher l’amour de cet homme qui l’a autrefois séduite puis rejetée.

Portée par une Adjani éclatante de jeunesse (20 ans tout rond l’année du tournage) et qui, comme à son habitude, crève l’écran, le film nous plonge dans la lente déchéance d’une femme obsessionnellement amoureuse qui tentera tout pour reconquérir un homme dégoûté d’elle, allant, par douleur et par vengeance, jusqu’à essayer de ruiner la réputation de celui-ci. J’ai particulièrement aimé la scène du cimetière, à l’esthétique digne d’un conte gothique ou des Hauts de Hurlevent, que vous pouvez admirer ci-dessus. Je m’abstiendrai d’ajouter que l’habit noir du jeune homme ainsi que son uniforme rouge, la lavallière d’Adèle, sa cape d’homme et son haut-de-forme m’ont fait sauter au plafond de bonheur.

Ne vous laissez surtout pas rebuter par le générique un peu obsolète et sa voix off vieillotte (n’oublions pas que nous sommes dans les années 1970) et suivez Adèle H., jeune fille torturée et maniaque, à la poursuite d’un amour impossible du Canada à la Barbade. Sa plongée progressive dans la folie est digne des meilleures prestations d’Adjani, dans la veine d’Eliane, le personnage qu’elle interprètera dans L‘Eté meurtrier de Jean Becker ou encore de Camille Claudel, un de mes nombreux films cultes.

Girl with a Pearl Earing (2003) – Peter Webber

Je viens d’avoir un choc en recherchant la date de sortie de ce film. Voilà donc sept ans que je l’ai découvert (ça ne nous rajeunit pas) sur un écran de cinéma. C’était la première fois que je voyais Scarlett Johansson dans un rôle et c’était avant qu’elle ne devienne ce qu’elle est actuellement, c’est-à-dire superstar, sexy et blonde.

Je suis ressortie du cinéma absolument enchantée. J’étais avec une amie, et nous sommes tombées d’accord sur le fait que « cette actrice » crevait l’écran et qu’il émanait  d’elle une grâce infinie. Encore maintenant, après avoir vu Scarlett dans des tas de rôles différents, c’est celui-ci que je préfère, et de loin.

La jeune fille à la perle en français, adapté du roman éponyme de Tracy Chevalier, nous conte l’origine imaginée du tableau de Johannes Vermeer La jeune fille à la perle ou La jeune fille au turban. On sait en réalité très peu de choses sur ce tableau, qui diffère de ceux que Weermer avait l’habitude de peindre de par la position du modèle qui regarde clairement l’artiste.

Nous sommes à Delft, dans la Hollande du XVIIème siècle. Griet, jeune fille de condition modeste, entre comme servante dans la maison des Vermeer. Sans éducation, la jeune fille possède une sensibilité artistique certaine qui attirera l’attention du maître des lieux.

La relation entre le peintre et la jeune fille est subtile et ambiguë. Loin des clichés galvaudés du maître amoureux de sa servante, ou vice-versa, l’affection demeure platonique et vise à un seul but : l’art. Le film ne fait de Vermeer ni un infâme séducteur qui voudrait trousser sa servante, ni un homme fort au-dessus des conventions qui enverrait valser la bienséance et son épouse pour la tendresse qu’il porte à une bonne qui partage son goût pour l’art.

Si m’admiration de Griet pour le peintre est bien réelle, les conventions sociales étant ce qu’elles sont, c’est avec le boucher (Cillian Murphy) qu’elle se consolera, tandis que Vermeer lui enseignera les rudiments de son art, mettant un peu de couleur dans la vie terne de la jeune fille vouée tout entière aux tâches ménagères.

Au final, l’histoire nous conte une rencontre entre deux être enfermés de leur condition. Griet, jeune fille sensible et illettrée dont le statut de servante n’offre pas beaucoup de possibilités d’épanouissement, et Vermeer, muré dans la solitude de son art entre une épouse possessive qui n’entend rien à la peinture, beaucoup d’enfants à nourrir, une mère obsédée par les problèmes d’argent et un mécène détestable qu’il doit contenter pour ne pas se retrouver sans le sou.

Mais Vermeer est avant tout un artiste pour lequel la peinture est une priorité. Quand il choisira Griet comme modèle pour son prochain tableau, au sus de son épouse et avec la complicité de sa belle-mère, c’est un peu contrainte et à ses risques et périls, qu’elle devra accepter.

Evidemment, la photographie est sublime. Les scènes d’intérieur reproduisent à merveille l’ambiance qui émane de la peinture flamande de l’époque et certaines sont réellement saisissantes. Celles d’extérieur, moins nombreuses, jouent avec la lumière et les saisons. J’ai particulièrement aimé les reconstitutions de la ville qui donnent à voir la Hollande du XVIIème siècle.

Et puis, quand on m’offre en bloc Scarlett Johansson, Colin Firth et Cillian Murphy, je signe. Quand en plus on me les offre en costume, je suis comblée. Le seul reproche que je pourrais faire à ce film est de n’avoir pas été tourné en néerlandais, car entendre les acteurs parler anglais casse un peu l’authenticité de la chose.

Mais c’est bien la seule critique négative (si tant est que c’en soit une) que j’aurais à faire, car la beauté des images et la subtilité du scénario est au-dessus de tout. J’oubliais la musique, d’ailleurs, lancinante, qui ajoute à l’immobilité du film. Je sais qu' »immobilité » et « film » ne vont par essence pas ensemble, mais c’est pourtant le miracle que celui-ci nous donne à expérimenter : un tableau mouvant.

Ce film a également eu un impact positif sur ma culture générale. Avant, je n’étais pas vraiment amatrice de peinture flamande, synonyme, dans mon souvenir, d’une certaine galerie du Louvre pleine de tableaux soporifiques aux couleurs sombres qui n’en finissait jamais. Même si je ne suis toujours pas une groupie de nos amis les peintres hollandais, je m’attarde à présent plus volontiers devant certaines oeuvres.

Cet article est très long mais je n’ai pas réussi à faire un choix dans les captures tant La jeune fille à la perle a été un délice esthétique pour mes petits yeux, du début à la fin. Je pense que vous me pardonnerez aisément devant la beauté des images.

Le secret des poignards volants, Zhang Yimou, 2004.

J’avais promis un article sur Kama Sutra, A Tale of Love, mais il se trouve que ce film, que je pensais toujours avoir, a disparu de mon disque dur. A la place, pour rester dans les couleurs, les costumes opulents et l’Orient, je vous propose Le Secret des poignards volants.

Réalisé par le très talentueux Zhang Yimou, à qui l’on doit, entre autres et pour ne citer que les films que j’ai vus, Le Sorgho Rouge, Judou, Qiu Ju, une femme chinoise, Vivre!, Epouses et Concubine, Shanghai Triad, Pas un de moins, Hero (je m’aperçois en écrivant ces lignes que je suis en fait une fan qui s’ignore).

L’histoire de déroule en 859, à la fin de la Dynastie Tang (et pas de la Dynastie Ming, comme j’ai pu le lire dans certaines critiques – l’erreur est de taille, le règne des Ming ayant débuté 1368, plus de 500 ans plus tard) : Jin et Leo, deux officiers impériaux, sont chargés d’arrêter le nouveau chef des Poignards Volants, des bandits qui dérobent aux riches pour donner aux pauvres (ça nous rappelle vaguement quelque chose…). Apprenant que la fille aveugle du précédent leader du clan, Mei, se cache certainement dans une maison close, ils entreprennent de la piéger afin qu’elle les mène jusqu’à la bande.

十面埋伏 (shí miàn mái fú) en chinois, soit, littéralement, « embuscades venant de dix directions » (on comprend ici que la traduction n’est pas ma spécialité… ahum), le film offre une débauche de couleurs et d’effets visuels ahurissante. Effets spéciaux, scènes de combats hallucinantes avec contorsions, envols, sauts périlleux à la clé, le film est porté par une énergie certaine. Grande amatrice de films calmes et intimistes, Les Poignards Volants m’a tout de même séduite malgré son synopsis on ne peut plus bateau.

L’histoire n’est en effet pas très étoffée et reprends les codes traditionnels du film de sabre chinois (Wu xia pian)  – glorification de l’honneur, de la bravoure, du sacrifice, sans y apporter de modification d’aucune sorte. Les héros, il faut bien le dire, interprétés par trois acteurs phare en Asie, manquent un peu de relief, la seule subtilité résidant dans leur ambiguité (chacun n’étant pas nécessairement celui qu’il prétend être). Tout concorde à faire des Poignards Volants un film au scenario assez convenu  basé principalement sur le visuel.

Néanmoins, j’insiste sur ce point, quel visuel ! Les costumes à eux seuls auraient suffit à me faire perdre la tête, tant ils sont beaux. Même si je doute d’être très objective (je suis fascinée par le costume chinois, notamment les costumes de cour, j’avais même envisagé à un moment de faire mon mémoire de master sur le sujet), on ne peut qu’être soufflé par tant de perfection et de création. Je suis particulièrement ébahie par le costume ci-dessous, qui joue merveilleusement sur les matières et transforme l’héroïne en bambou vivant (costumier ou costumière, qui que tu sois, épouse-moi !).

Les costumes sont mis en valeur par des scènes magnifiques se présentant sous forme de tableaux dans lequels domine une couleur unique (le bleu, le rose, couleur terre, comme dans les captures ci-dessus, ou le vert, sublime, lorsque les héros se retrouvent au milieu des bambous dans le repaire du clan), contribuant à faire du  film un pur enchantement pour les yeux.

J’avoue que le choix des acteurs a compté pour beaucoup dans mon appréciation de l’oeuvre : Takeshi Kaneshiro, toujours très beau (l’adolescente qui sommeille en moi refait surface), que j’avais découvert dans son rôle à la fois dramatique et hilarant d’agent de police dans Chungking Express de Wong Kar-Wai, sorti en 1994 (mon film culte quand j’étais ado), Andy Liu, plus sombre, et Zhang Ziyi, que j’ai appris peu à peu à apprécier (la première fois que je l’ai vue et entendue, j’ai eu une sorte de rejet non rationnel).

Les scènes d’intérieur sont aussi grandioses que celles d’extérieur, multipliant les détails et les couleurs. Les paysages se suivent comme autant de saisons, les champs d’herbes sèches brûlées par le soleil cèdent la place à l’humidité des forêts de bambous, la tempête de neige succède aux feuilles mortes et aux arbres roux pour un final glacial. Je n’en dis pas plus afin de ne pas léser ceux qui compteraient visionner cette merveille, que, vous l’aurez compris, je vous conseille vivement si vous êtes un amoureux de la poésie visuelle (et une grande fleur bleue sensible aux jolies histoires d’amour).

Shanghai Express.

J’ai depuis pas mal de temps envie de voir Shanghai Express, de Josef von Sternberg (réalisateur de l’Ange Bleu – rien que de part son nom, ce monsieur a tout mon respect eh eh), sorti en 1932. Avec à l’affiche la majestueuse Marlene Dietrich et la très belle Anna May Wong, une photographie certainement pleine de clichés exotiques de l’époque, des costumes parfaits, je sais d’avance que je vais me régaler!

Quelqu’un l’a vu?

Sunday glacé.

– Je déteste le dimanche soir, parce-que le lendemain, c’est lundi. Et ça, ça me dépite profondément.

– Les plus observateurs d’entre vous aurons noté ma nouvelle bannière, plus pro et plus aboutie que la précédente (on remercie chaleureusement l’Informaticien de la maison et on lui donne un 10/10 avec sa petite plaquette!). Vous aimez?

– Un rétroprojecteur est arrivé à la maison, il ne manque qu’un câble pour que l’on puisse se faire des soirées ciné démentes. Quand j’imagine Pride and Prejudice sur un écran d’un mètre sur deux, je deviens hystérique. Je ne parle même pas des films d’horreur dans lesquels on sera totalement immergés (quand on aura enfin réussi à trouver LE film qui fait vraiment peur).

– A propos de films d’horreur, j’ai vu hier Dead Snow (Død Snø), un film de zombies norvégien. Le film, pas les zombies, qui eux sont allemands et nazis et s’en prennent à une bande de jeunes venus passer leurs vacances de pâques à la neige. Une vraie bonne surprise : le film est cocasse, très gore (membres arrachés, doigts dans les yeux, poursuites à la tronçonneuse, etc), énergique (même si un peu long à démarrer), les méchants stupides à souhait et le décor totalement inattendu pour un film de ce genre (le cercle polaire, de la neige, de la neige et encore de la neige à perte de vue). Il faut bien avouer également que les dialogues en norvégien ont quelque chose d’exotique. Quant à la trouvaille des zombies nazis, ou plutôt, des nazis zombies, puisqu’il s’agit d’une faction de nazis réduits à l’état de zombies et non de zombies devenus nazis (je trouve qu’on ne parle jamais assez des convictions politiques et idéologiques de ces braves créatures), je l’ai trouvée tout simplement hilarante (je ne reviendrais pas ici sur mon humour foireux).

– Pour continuer dans le genre, j’ai vu [Rec] 2 et je n’ai pas du tout accroché. J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de longueurs, beaucoup de redites, pas assez de rythme. A aucun moment je n’ai réussi à entrer dedans, je n’ai pas eu peur, j’avais même deviné dès les premières minutes une révélation clé de l’intrigue. Bref, une impression de réchauffé et une suite beaucoup moins efficace que le premier opus qui avait au moins la qualité d’être original.

– Je suis totalement exténuée depuis quelques jours. Que je dorme 7h, 9h ou 11h par nuit n’y change rien, je me traîne comme une vieille serpillère. Je pense sérieusement à adopter le même rythme que mon chat et à faire la sieste la moitié de la journée. Quelqu’un serait-il en mesure de me dire si la vitamine C est efficace pour se redonner un peu de peps en hiver?

Sur ce, bon courage à ceux qui travaillent demain (quand je pense à mon réveil qui va sonner à 6h30, alors qu’il fera nuit en probablement dans les 0°C, j’en pleure à l’avance)!

It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife.

Depuis quelques temps, Chéri était curieux de découvrir la version BBC de Pride and Prejudice que j’aime tant (je suis capable de regarder les 6 épisodes d’affilée – 5h en tout).

Bien que les sous-titres français n’existent pas (l’anglais n’est pas vraiment sa tasse de thé), il a quand même tenu à la regarder, afin de partager mes centres d’intérêt.

J’avais quand même quelques appréhensions. Quelque chose me disait que Jane Austen + cerveau masculin = aïe aïe aïe. Du coup, avant, je l’ai bien mis en garde : « Je te préviens », j’ai dit, « c’est un truc de FILLE. Si tu veux qu’on arrête, tu me le dis ».

« Oui oui », a répondu l’Inconscient.

« Tu veux que je te raconte vite fait l’histoire avant? », j’ai demandé, déjà honteuse de ce que j’étais sur le point de lui imposer. « Ah mais non », s’est écrié le Grand Fou.

Pendant la scène de bal à Meryton, à la première apparition de Mr Darcy, Chéri a dit : « Ah je vois, lui, c’est le beau ténébreux du film, en fait. »

Ben voilà. Il a TOUT compris.

Give me five!

Après une soirée sushi avec des amis, nous avons eu envie de voir un film qui fait peuuur. La pluie nous ayant dissuadé de pousser jusqu’au video club (ce terme est terriblement désuet, non? On se croirait dans les années 1980, quand on louait des VHS!), nous nous sommes finalement dit que la VOD de neuf TV ferait certainement l’affaire. Après avoir visionné des bandes-annonces toutes aussi mal faites les unes que les autres, nous nous décidons pour Five Accros The Eyes, au synopsis un peu bateau (mais sait-on jamais, parfois il n’en faut pas plus) : cinq ados en voiture sont poursuivies par un psychopathe dans la forêt.

Après visionnage, j’affirme bien haut que ce film est sans doute le PLUS CONSTERNANT de toute l’histoire du cinéma. D’accord, le troisième, Vercingétorix et Lucky Luke se situant sur les deux premières marches du podium, et malgré le colossal budget qui leur a été alloué, ce qui est encore plus honteux.

Oui, car figurez-vous que Five Accros the Eyes (littéralement : Une claque dans la tronche, traduit en français par Claques sanglantes) a été tourné avec 4000$ de budget seulement. Malheureusement, j’ai envie de dire, ça se voit. Le film est tourné au camescope, l’originalité résidant dans le fait que tout est filmé de la voiture et  que l’on ne voit donc jamais ce qui se passe au loin. Il s’agit du seul point positif : ça bouge, ça filme n’importe quoi (la pédale de frein, la boîte à gant…) et l’image laisse fortement à désirer. Mais au-delà de l’image, à laquelle on s’habituerait éventuellement si le scenario était bon, la mise en scène et les dialogues sont atroces : une débauche de cris, de pleurnicheries, des hurlements d’ados hystériques du début à la fin qui donnent envie de baffer les nénettes pendant les 1h30 que dure le film (qui se déroule en temps réel). Les incohérences sont nombreuses : les filles sont cinq et la psychopathe (oui, la psychopathe est une femme, pour le coup c’est original) est seule : on la voit occupée à torturer une des minettes, et quand elle a fini une autre fille apparait et c’est alors à son tour de déguster (on se demande bien où elle était passée pendant que sa copine se faisait passer à tabac). La tueuse est une espèce de grosse hystérique qui donne plus envie de rire qu’autre chose, d’ailleurs le film est un tel bordel qu’on ne comprend pas tout de suite ses motivations.

La palme revient aux dialogues en VF, d’un ridicule à se tordre (j’ose espérer que c’est un chouilla mieux en VO). J’ai relevé des moments  qui figurent à présent dans mon panthéon des dialogues cultes :

– Oh mon Dieu, les gros pop-corns que j’ai mangés commencent à remonter !

– Ne sors pas de la voiture! Si vous sortez elle vous tuera, et si elle vous tue vous serez mortes!

Certaines scènes sont d’anthologie. La conductrice trimballe les cendres de son père dans la voiture (on ne comprend pas vraiment pourquoi mais bon, passons), qui se dispersent. Et là, la fille de crier « Je veux rassembler papa! ».

Je veux RASSEMBLER Papa. Non mais j’en envie de dire LOL.

Une des ses copine s’exclame « Oh mais on dirait du ciment » puis, goûtant les cendres (???) « Mais ça en a le goût en plus! », pour finalement dire en pleurnichant quelques minutes plus tard « Je suis désooolééée de ce que j’ai dit tout à l’heure sur ton père, bouhouhou! ». Ça ne s’arrête pas là. L’une des filles se vomit dans les mains (c’est filmé en gros plan, souplait!), une autre défèque dans la voiture (?????) (« Elle a coulé un bronze!!! » s’exclament ses copines) et jette le tout sur le pare-brise de la tueuse qui les suit. Celle-ci, pas contente, finit par les rattraper et hurle « J’exige des excuses, tu as jeté du CACA sur ma voiture! ». On se demande bien ce qui est passé par la tête du « réalisateur » pour pondre des trucs comme ça.

La psychopathe ne fait pas peur, les péripéties sont tellement idiotes et louches qu’on n’y croit pas une seconde (lors d’un accident, la conductrice se cogne la tête et saigne… des yeux.) J’en passe et des meilleures. Au final, un film aussi palpitant que si je m’étais filmée en train de faire revenir des oignons dans ma cuisine. On oscille perpétuellement entre la consternation et le fou rire. Personnellement, j’ai pris le parti d’en rire : visionné au douxième degré, c’est la poilade garantie. Si vous avez quelques euros à perdre et que vous êtes résistant aux cris suraigus, pensez-y. Après tout, réaliser un film comique malgré lui, c’est une vraie performance.