Nouvelle saison.

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, article mode! Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais j’attends toujours la demi-saison avec impatience. J’aime bien l’automne, après la torpeur de l’été, le rythme vacances (que je n’adopte d’ailleurs pas et qui m’angoisse – vu que je ne suis PAS en vacances), son goût de rentrée des classes et d’effervescence. Comme je suis techniquement toujours étudiante et que de surcroit je travaille en établissement scolaire, septembre, pour moi, c’est le début de l’année. Ce que j’aime, surtout, c’est ne plus cuire quand je sors, pouvoir de nouveau porter des collants, me glisser dans des robes en laine et des manteaux légers. J’ai commencé un repérage en ligne de ce qui me plaisait dans les collections automne/hiver, et j’ai trouvé, ma foi, de petites choses fort sympathiques. Mais, comme je suis en mode petit écureuil et compte m’abstenir de dépenser mes deniers – mon armoire me crie de toute façon bien fort qu’elle est pleine à craquer et que j’ai bien assez de trucs à me mettre, une petite sélection juste pour les plaisir des yeux.

Cape officier, chemisier à lavallière et salomés  la Redoute. Manteau Vanessa Bruno pour la Redoute. Trench à grand col Somewhere. Sac Kesslord.

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Tout.

Je veux tout de la vie, être une femme et aussi un homme, avoir beaucoup d’amis, et aussi la solitude, travailler énormément, écrire de bons livres, et aussi voyager, m’amuser, être égoïste, et aussi généreuse…

Simone de Beauvoir

A la verticale de l’été.

Les nuages noirs, menaçants. Les premiers grondements du tonnerre. Soudain, la pluie, tiède et furieuse, qui est venue crever le ciel bleu de juin et s’écraser sur les rues brûlantes.

J’ai emprunté un parapluie cassé en sortant du travail et suis rentrée tranquillement, à tous petits pas. Comme une gamine, j’ai fait exprès de tremper mes pieds chaussés de sandales ouvertes dans les flaques chaudes, me suis éclaboussé les mollets, me suis mis de la terre entre les orteils. J’ai contemplé en souriant les prudents abrités sous les auvents des boutiques, et les téméraires qui enlevaient leur chaussures pour progresser sur les pavés glissants.

La pluie rafraîchissait ma peau et la ville, et toute seule sous mon parapluie, je me sentais indécemment bien.

Les orages d’été me font toujours penser à ce très beau film de Trần Anh Hùng, le plus poétique, le plus merveilleux film au monde, frais comme un clapotis d’eau, lent comme une rivière, luxuriant comme une végétation tropicale. A chaque fois que je le regarde, j’ai envie d’être arrosée par la mousson, un été au Vietnam.

Ce soir, je vais tirer les rideaux et me plonger dans la beauté.

Au coeur de vos dédales je n’étais qu’Ophélie.

Je songe à de grands châteaux, des fontaines, des arbres blancs de neige. Je rêve Marienbad et ses eaux qui ont vu passer Kafka et Goethe. J’ai des visions de Twain à son bureau dans la chambre chaude d’un hôtel donnant sur une place de marbre, j’entends les notes de Chopin et Mahler parcourir les grandes étendues de Bohême.

Je veux me terrer dans mon canapé devant L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais. J’écoute Barbara et je suis bouleversée. Je vois une longue dame marchant dans de grands parcs, un homme si beau que contempler son visage me déchire le corps, des lacs aux vaguelettes clapotant sur les berges d’herbes sombres, des plumes noires et des nymphes dansant sous des cieux gris et or.

Marienbad, Barbara :

Sur le grand bassin du château de l’idole,
Un grand cygne noir portant rubis au col,
Dessinait sur l’eau de folles arabesques,
Les gargouilles pleuraient de leurs rires grotesques,
Un Apollon solaire de porphyre et d’ébène,
Attendait Pygmalion, assis au pied d’un chêne.

Je me souviens de vous, et de vos yeux de jade,
Là-bas, à Marienbad, là-bas, à Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ? Où sont vos yeux de jade ?
Si loin de Marienbad, si loin de Marienbad.

Je portais, en ces temps, l’étole d’engoulevent,
Qui chantait au soleil et dansait dans les temps,
Vous aviez les allures d’un dieu de lune inca,
En ces fièvres, en ces lieux, en ces époques-là,
Et moi, pauvre vestale, au vent de vos envies,
Au cœur de vos dédales, je n’étais qu’Ophélie.

Je me souviens de vous, du temps de ces aubades,
Là-bas, à Marienbad, là-bas, à Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ? Vous chantez vos aubades
Si loin de Marienbad, bien loin de Marienbad,

C’était un grand château, au parc lourd et sombre,
Tout propice aux esprits qui habitent les ombres,
Et les sorciers, je crois, y battaient leur sabbat,
Quels curieux sacrifices, en ces temps-là,
J’étais un peu sauvage, tu me voulais câline,
J’étais un peu sorcière, tu voulais Mélusine.

Je me souviens de toi, de tes soupirs malades,
Là-bas, à Marienbad, à Marienbad,
Mais où donc êtes-vous ? Où sont vos yeux de jade ?
Si loin de Marienbad, bien loin de Marienbad.

Mais si vous m’appeliez, un de ces temps prochains,
Pour parler un instant aux croix de nos chemins,
J’ai changé, sachez-le, mais je suis comme avant,
Comme me font, me laissent et me défont les temps,
J’ai gardé près de moi l’étole d’engoulevent,
Les grands gants de soie noire et l’anneau de diamant.

Je serai à votre heure au grand château de jade,
Au cœur de vos dédales, là-bas à Marienbad,
Nous danserons encore dans ces folles parades,
L’oeil dans tes yeux de jade, là-bas, à Marienbad.

Avec tes yeux de jade, nous danserons encore,
Là-bas, à Marienbad, là-bas, à Marienbad,
Mais me reviendras-tu ?
Au grand château de jade,
A Marienbad…

C’est un jeudi ordinaire.

En partance.

Juste au cas où il arriverait à destination tout cabossé et déchiré, après avoir été si amoureusement emballé  et posté aujourd’hui …

… voici, entre la boite à épices Puget et le livre rose à macarons (oui, j’aime cette étagère, promis la prochaine fois je trouverai un autre endroit à photographier !), le colis que recevra prochainement Ela Silk ! Le carton tout marron, c’était définitivement trop moche. Il vous plaît ?

L’Heure Bleue.

Un panneau « Salon de thé – Cabinet de curiosités » vous intrigue. Curieux, vous entrez. Vous voilà dans un véritable écrin illuminé par des lustres baroques et des guirlandes, rempli d’un merveilleux bric-à-brac. La caverne d’Ali Baba et le boudoir d’une extravagante  se sont donnés rendez-vous entre de vieux murs de pierres donnant sur un patio. Enchanté, vous vous asseyez pour une pause magique entre tapis persans, velours et porcelaine.

Les danseuses de la carte vous guident dans votre choix : vous prenez un thé des écrivains allemands aux arômes de cacao, mangue, citron et gentiane (renommé « Lili Marlène »), un café au gingembre, un crumble aux fruits rouges et une tarte au citron.

On vous sert une théière entière de liquide parfumé et brûlant, un crumble démesuré et une meringue extravagante dans une vaisselle – pour votre plus grand plaisir – dépareillée. Des sucres blancs et roux dans un ravissant sucrier digne d’Alice au Pays des Merveilles viennent compléter votre alléchant goûter.

Autour de vous, c’est Noël, les Mille et Une Nuits, les Folies Bergères des années 1920 et le musée d’histoire naturelle tout à la fois : décorations de sapin scintillantes, miroirs dorés, bracelet de turquoises, colliers en or , broches élégantes, poissons en verre soufflé, bibelots divers, panneaux chinois ornés de sentences parallèles, chaises en velours, salières en nacre, vieilles photographies, soupières en porcelaine, tout vous émerveille et retient votre attention.

Le « cabinet de toilette » est une véritable surprise avec son lavabo ancien, son miroir et sa suspension art déco. Comme vous êtes d’humeur joueuse, vous vous prenez en photo dans le miroir (comme vous avez des boutons de manchette à votre chemise blanche, c’est l’occasion, n’est-ce pas ?).

En sortant, vous furetez dans les vêtements, chaussures et sacs à main anciens. Vous contemplez un long moment les bijoux art nouveau dans les vitrines, vous arrêtez devant les bouteilles de parfum Guerlain qui donnent au lieu son nom. Après avoir tout fouillé du regard, vous retournez vous asseoir pour déguster la fin de votre thé.

Vous prenez une dernière photo du plafond tendu de tissus fleuri en écoutant le maitre des lieux discuter théières chinoises avec une vieille dame aux cheveux blancs. En sortant, vous vous jurez de revenir pour profiter de ce lieu enchanteur et d’acheter un peu de ce délicieux breuvage pour le savourer chez vous.

« Les fantômes murmurants étaient assis dans un salon bourgeois, buvant dans de délicates tasses à thé, débattant de leurs névroses, de leurs histoires d’amour et de ce qu’ils allaient faire pour les vacances d’été. »

PAUL AUSTER

A ta mémoire de scélérat.

Edit : Ça y est, je reviens du cinéma. Je ne vais pas m’étendre sur la critique de Gainsbourg, vie héroïque (je suis une très mauvaise critique de toute façon), je dirai juste que j’ai beaucoup aimé le film, surtout la partie qui retrace sa vie avant les années 1970. J’ai été surprise par la mise en scène originale, dont la bande annonce, au final, ne dévoile pas grand chose. Allez le voir (sauf si vous avez entrepris d’arrêter le tabac, je pense qu’au moins 10.000 cigarettes ont été fumées pour les besoins du tournage) !

L’article d’aujourd’hui n’en sera pas vraiment un car il faut impérativement que je termine une communication pour un colloque qui approche. Toujours cette histoire d’auto-assignation de tâches, j’ai décrété que je devais finir aujourd’hui pour pouvoir travailler sur une ébauche de plan de thèse mardi, afin de présenter ledit plan jeudi à mon directeur de recherches. Mon nouveau challenge dans la vie? Les objectifs à court terme, pour dompter la paresseuse qui sommeille en moi.

J’espère travailler assez pour me faire un petit plaisir en fin d’après midi : aller voir Gainsbourg, vie héroïque, que je vais finir par louper à force de remettre la séance à plus tard. Je voulais vous faire partager cette vidéo, dont je ne me lasse pas : génie élégant, attitude nonchalante et ultra perfectionnisme tout à la fois, c’est ce Gainsbourg là que j’aime, lui et son vibrant regard intérieur.