Henry and June, Philip Kaufman, 1990

Aujourd’hui, un article cinéma sur lequel je méditais déjà à la création de ce blog.

1931. Anaïs Nin vit avec son mari Hugh dans leur maison de Louveciennes, près de Paris. La rencontre avec Henry Miller et son épouse June va avoir une influence prépondérante sur l’existence d’Anaïs, tant au niveau personnel qu’artistique.

Henry and June retrace la passion de l’écrivain pour le couple Miller. Maîtresse, amie et soutien financier d’Henry, femme-crysalide subjuguée par la beauté et la féminité de June, Anaïs Nin noircira cette année-là des cahiers entiers de son journal intime, portée par son nouvel éveil à la sensualité et au désir, mais également par des réflexions sur la complexité des relations amoureuses et des sentiments.

Il est intéressant de noter que le film n’est pas adapté du célèbre Journal publié en 1966, mais de la nouvelle Henry and June tirée du Journal amoureux : Le journal intime non censuré d’Anais Nin 1931-1932 (The Journal of Love : The unexpurgated Diary of Anaïs Nin 1931-1932), publié après la mort de l’écrivain par son exécuteur testamentaire.

En effet, le Journal, publié du vivant d’Hugh Parker Guiler, le mari d’Anaïs Nin, a été à la demande de l’auteur totalement expurgé de ses nombreux passages intimes (en même temps qu’il a été abrégé, des coupes ayant été nécessaires à la publication de ce journal monumental dans lequel Anais Nin écrivit tous les jours jusqu’à la fin de sa vie), les amants transformés en amis et les références à Hugh éliminées.

Je me souviens m’être demandée quand j’ai commencé le Journal (il y a longtemps, lorsque j’étais jeune et naïve) s’il n’y avait pas anguille sous roche. J’ai bien sûr découvert peu après que l’intimité entre Nin et Miller était de notoriété publique. La lecture d’Henry and June (publiée en français sous le titre : Henry et June – les cahiers secrets chez Pocket) est venue plus tard donner un éclairage très intéressant et complet sur cette relation censurée dans le Journal de 1966.

Le film n’est pas tout à fait fidèle à la nouvelle, Kaufman s’étant octroyé quelques libertés, notamment en prêtant à Anaïs et June une relation physique, inexistante en réalité, la passion entre les deux femmes ayant été uniquement platonique (mis à part quelques baisers) malgré le désir et l’admiration d’Anais Nin pour la féminité torride de June.

Cela étant, le casting féminin est des plus réussi, avec une Maria de Medeiros qui prête sa gracilité et sa latinité à l’écrivain, et une Uma Thurman à couper le souffle, sensuelle en diable, aussi insaisissable et évanescente que la vraie June qui nous est décrite dans le récit. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous faire partager les lignes écrites par Anaïs Nin après sa première rencontre avec cette dernière :

A startingly white face, burning eyes. June Mansfield, Henry’s wife. As she came towards me from the darkness of my garden into the light of the doorway I saw for the first time the most beautiful woman on earth.
Years ago, when I tried to imagine a pure beauty, I had created an image in my mind of just that woman. I had even imagined she would be Jewish. I knew long ago the color of her skin, her profile, her teeth.
Her beauty drowned me. As I sat in front of her I felt that I would do anything she asked of me. Henry faded, She was color, brilliance, strangeness.

Les personnages masculins sont selon moi beaucoup moins convaincants, Kaufman nous donnant à voir un Henry Miller un peu trop primaire : n’oublions pas que le ciment de l’entente entre les deux écrivains, avant d’être la chair, et bien après qu’ils aient rompu, fut la littérature et leurs styles si complémentaires. C’est l’écriture abrupte de Miller, si éloignée de la finesse et des fuites oniriques d’Anais Nin, qui subjuguèrent de prime abord celle-ci en la propulsant de plein fouet dans une autre vérité.

Même s’il est notoire que Miller n’était pas un modèle de subtilité, le personnage campé par Fred Ward en manque un peu trop : on se demande bien où se trouve le génial auteur de Tropique du Cancer sous ce chapeau mou. Quant à Hugo, le mari d’Anaïs Nin, il m’apparaissait bien moins niais dans le livre (ce dernier avis n’engageant que moi). Certains détails collent cependant parfaitement au Journal, par exemple la maison de Louveciennes dont les murs étaient peints d’une couleur différente dans chaque pièce,  les tenues excentriques d’Anaïs Nin ou encore le maquillage de June.


Henry and June est incontestablement à voir pour les amoureux d’Anais Nin et de son oeuvre (dont je fais partie, le Journal ayant été l’un des plus grands chocs littéraires de ma vie). Pour les autres, je doute que le film présente un grand intérêt, si ce n’est (comme dans la majorité des films dont je parle ici) celui de l’esthétique et des costumes.

Seize the Book.

Voici un petit tag littéraire raccourci (l’original était vraiment long et certaines questions ne m’inspiraient pas du tout) pour clore un dimanche qui ne m’a pas laissé le temps d’écrire un article très poussé.

1. Quel(s) souvenir(s) gardez-vous de votre apprentissage de la lecture ?

Très bon.  J’ai appris en même temps à l’école et avec ma mère. Je déchiffrais mes livres de lecture syllabe par syllabe, le soir dans mon lit. Je ne comprenais rien mais j’aimais beaucoup ça. Ensuite, ç’a été la série des « Monsieur » et « Madame ».

2. Vos lectures préférées, enfant ?

Le club des cinq d’Enid Blyton et les livres de la Comtesse de Ségur.

3. Aimez-vous la lecture à haute voix ?

Je ne lis pas moi-même à haute voix, car je trouve ça très long (vu que j’aime lire vite, ça m’énerve). Si quelqu’un me lit quelque chose, il faut qu’il le fasse très bien, car je ne supporte absolument pas qu’on écorche les mots ou coupe les phrases quand il ne faut pas.

4. Votre conte préféré ?

Un conte d’Andersen, au choix.

5. La meilleure adaptation d’un roman ou d’une pièce de théâtre ?

Revolutionary Road (Les noces rebelles) de Sam Mendes est très proche du roman de Richard Yates. J’ai beaucoup aimé les deux.

6. Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, extraits de romans ?

Intentionnellement, pas vraiment, sauf coup de cœur.

7. Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?

Oui, mille fois oui. Ce n’est pas glamour pour un sou, mais j’adore lire aux toilettes, même pour un petit pipi.

8. Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

Hum… une bonne dizaine de livres, pour ma thèse, ainsi que Mr Vertigo de Paul Auster.

Si je n'étais pas une maniaque du classement par auteur et pas genre, je rangerais mes livres par couleur comme sur la photo car c'est vraiment très esthétique.

9. Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?

Gainsbourg, Brel et Brassens, qui sont pour moi poètes avant d’être des interprètes.

10. Vos lectures sont-elles commentées, crayon en main ?

Seulement quand je travaille sur un livre. Sinon, je commente dans ma tête.

11. Offrez-vous des livres ?

J’aime bien, mais je trouve ça assez compliqué : la personne a-t-elle l’ouvrage en question ? L’aimera-t-elle ? Le pire étant d’offrir un livre à ma mère, car généralement elle reste de marbre devant mes coups de cœur 😉

12. Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture,…)

J’aime beaucoup les livres anciens aux pages jaunies et granuleuses qui sentent la poussière.

13. Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?

Aucun. Vu le nombre de pages noircies par le bonhomme, j’aimerais bien dire Balzac pour briller en société, mais ce serait totalement faux.

14. L’incipit (première phrase) qui vous a le plus marquée ?

« Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur  » (Les Confessions, J.J. Rousseau) : non qu’elle soit exceptionnelle, mais c’est une private joke qui date de mon année de terminale.

15. La clausule (dernière phrase) qui vous a le plus marquée ?

(Oh, un nouveau mot à caser au scrabble ! Je me coucherai moins bête ce soir ). Vu que rien ne me vient, certainement aucune.

16.Décrivez votre bibliothèque.

Quatre bibliothèques à volutes, anciennement en aggloméré marron-moche-et-vieux, repeintes en blanc cassé (ce qui leur donnent un air victorien) et accolées, qui occupent tout un pan du (très long) couloir de mon appartement.

Prend qui veut !

Et toi ? Comment tu lis ?

Avant la suite de mes aventures irlandaises, voici donc ma réponse au tag de Gaby : Et toi ? Comment tu lis ? Une question originale qui change des tags littéraires ordinaires puisqu’il ne s’agit pas, pour une fois, de parler du contenu des livres. A la différence du Sieur qui a été très concis, je vais encore raconter ma vie …

Je lis moins que ce que je devrais. Du moins, en ce moment. Thèse oblige, il faudrait techniquement que j’engloutisse, disons, selon mes estimations, au moins dix bouquins par mois, mais je ne suis pas très assidue. Je passe plutôt mon temps à échafauder des théories et à réfléchir à partir d’un ou deux bouquins plutôt que de dévorer ceux qui dorment encore dans ma bibliothèque. Ce qui m’amène tout droit à a réponse suivante :

Je lis par phase. D’ailleurs, je fais tout par phase, j’ai tendance à fonctionner par lubies. Parfois, j’enchaîne les bouquins frénétiquement pendant plusieurs jours, puis je ne lis plus rien pendant deux-trois semaines.

Je lis en faisant autre chose. Traduction : en mangeant, en buvant du thé, dans mon bain (presque toujours) … D’ailleurs, l’état de mes pauvres livres s’en ressent : tâches de sauce, d’huile, d’eau … Et étrangement, ça ne me dérange pas de tâcher un livre, alors que je suis très soigneuse envers tout autre objet. Je crois que pour moi, le livre en tant qu’objet physique est totalement désacralisé (bon, n’exagérons rien, je n’abîmerai jamais un exemplaire de la Pléiade, un beau livre relié ou un livre de photos) : tant que le contenu est lisible, je me fiche un peu du contenant. D’ailleurs, sauf quand j’ai envie d’un beau livre en particulier,  je privilégie les livres d’occasion – et de poche. En revanche, je n’aime pas corner les pages.

The Reader, Stephen Daldry

Je lis au travail. Vu que c’est généralement le calme plat et que je reste parfois des heures sans rien faire, si je ne prends pas de livre pour aller travailler, je sais que je risque de m’ennuyer ferme dans ma chaise tournante. Quand j’oublie de mettre un bouquin dans mon sac le matin, ça m’angoisse terriblement car je me demande comment je vais pouvoir passer le temps.

Je lis très souvent en anglais. Pour ma thèse, principalement, car je commande presque toutes mes sources aux Etats-Unis, mais aussi car j’aime beaucoup la littérature britannique et tant que faire se peut, je préfère lire la VO que la traduction.

Je lis très vite. Depuis toujours. Et c’est encore pire en ce qui concerne les BD, je regarde à peine les images. Aucun intérêt, vous me direz (c’est pourquoi je m’en tiens généralement aux livres, d’ailleurs).

Je lis plusieurs livres en même temps. C’est ma spécialité.

Je lis anarchiquement. Parfois, je commence un live puis je l’oublie dans un coin, le retrouve quelques semaines plus tard, le recommence, l’oublie de nouveau …

Je lis tant que ça m’intéresse. Si je décroche, je ne me force jamais à finir. Certains bouquins de ma bibliothèque sont des victimes de mes lectures inachevées. En revanche, je suis une re-lectrice compulsive : j’adore me replonger dans les bouquins que j’ai aimés, certains sont mes chouchous et me rassurent. La plupart du temps, je les ouvre au hasard sans nécessairement commencer par le début, simplement pour me replonger dans un univers que j’aime (Madame Bovary, le Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau et la saga des Alumettes suédoises de Robet Sabatier peuvent témoigner de mon acharnement).

Vu que le principe d’un tag est de le passer aux autres (même si Oscar Wilde a dit « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder »), je passe le relais à Emma (tag littéraire oblige), Miranda (si elle trouve le temps d’y répondre malgré son nouveau job prenant), Sierralemon, Mona et Eve G. (parce-que j’attends de voir quelles photos de chaussures elle va bien pouvoir nous dégoter si elle accepte le défi uhuh) !

About Books.

Nouveau tag, toujours littéraire, volé encore une fois chez Vilaine Fifi:

1/ Si on vous proposait d’écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n’a pas un don pour la littérature).

Guillaume Musso, parce que c’est tellement beau.

(C’était la blague du jour, ne partez pas!)

Si on a droit à ceux qui ne sont plus de ce monde, je dirais soit Marguerite Duras, dont j’adore la langue intense et la complexité des émotions, soit dans un genre totalement different, André Malraux, pour la force incroyable et la passion qui se degage de ses oeuvres. J’ai commencé à me forger une idée des qualités morales que je recherche chez un être humain en lisant, assez jeune, “La condition humaine”, et le discours qu’il a prononcé lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon me donne la chair de poule rien que d’y penser.

2/ Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d’un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver depuis une centaines de pages… Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu’il s’appelle… Daniel Craig. Il a l’air chagrin. Il a une petite douleur à l’épaule, et est persuadé qu’un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre… Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)

Daniel Craig pourrait bien danser le macumba tout nu dans ma chambre, ça ne me ferait ni chaud ni froid. En revanche, s’il s’agit d’une personne plus à mon goût, je depose le livre. Simple question de bon sens, en fait: le livre, lui, n’a pas de jambe et restera bien sagement sur la table de chevet tandis que le Monsieur, lui, peut ne pas revenir si l’attente est trop longue (et puis on n’est pas ds animaux, on peut bien retenir un peu nos pulsions livresques eheh).

3/ C’est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l’humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)

J’ai beau aimer Orgueil et Préjugés, je ne pense pas qu’il soit très révélateur de l’humanité dans son ensemble 😉

J’avoue hésiter. La réponse de Vilaine Fifi (Le Seigneur des Anneaux) est très bonne, en fait, car ce livre condense tout ce que l’homme peut imaginer de plus grandiose, de plus onirique et de plus laid, il parle de guerre, d’amour, de loyauté et de traitrise. Pourtant, je serais peut-être beaucoup plus pessimiste en choisissant par exemple “Sa Majesté des mouches”, pour dire “Voilà le témoignage de notre déchéance. Nous étions des hommes, nous étions tous semblables, nous aurions pu bâtir une société idéale, pourtant nous nous sommes entretués; par notre aveuglement et notre soif de domination nous avons causé notre propre perte et à présent nous n’existons plus. Par pitié, ne faites pas comme nous” (car je ne doute absolument pas que l’humanité se détruise elle-même sans intervention extérieure).

4/ Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?

En hiver, sur le canapé, roulée dans un plaid avec un thé bien chaud à portée de main.

En été, à l’ombre avec le chant des cigales, ou à l’intérieur, au frais, volets tirets.

5/ Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui  ?

Je ne sais pas. Vraiment pas.

6/ Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?

Je n’ai jamais lu un seul Harry Potter, ça ne m’a jamais attirée. Je résiste parfois à certains phénomènes, comme ça (c’est un de mes superpouvoirs de Heroes).

7/ Jusqu’où êtes-vous allés pour un livre ?

Au bout de la nuit. Je suis aussi allée jusqu’à penser sérieusement à me faire tatouer pour une illustration renversante des Contes d’Andersen.

8/ Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part « bonjour »)

N’en choisir qu’un, c’est très difficile. Trop, même. Pour continuer dans la lignée de la première question, la jeune Marguerite Duras, en Indochine (et hop, traversée du temps ET de l’espace). Je lui dirais “Ne t’inquiète pas, tu vas écrire, tu seras même un grand écrivain”. Et sinon, toujours Malraux. Je lui dirais: “Monsieur, vous m’avez mis une grosse, très grosse claque”. Pas très fin mais tellement vrai! J’aimerai bien aussi voir à quoi ressemblait Rimbaud, en chair et en os…

9/ Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.

Ce serait une bibliothègue grande mais pas trop, tortueuse, sur deux étages (on accèderait au premier par un petit escalier), remplie de livres de toutes sortes non reconverts (je déteste ça). Chaleureuse et lumineuse, avec une grande table au milieu pour pouvoir travailler à plusieurs (c’est la doctorante qui parle!), et plusieurs coins cosy avec tapis, poufs, fauteuils et coussins pour lire bien tranquillement. Bien sûr, on aurait le droit d’y boire du thé et d’y grignoter des douceurs 😉

10/ Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine Seconde Guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu’il arrête de cramer des bouquins ?

N’ayant aucune illusion sur un quelconque ouvrage pouvant raisonner ce type là, un très, très gros pavé. Le temps qu’il le lise, on aurait le temps de sauver plusieurs bibliothèques 😉

What The Book Said

Encore un tag, dérobé chez mon dealer de tags officiel (c’est elle qui a inventé l’expression, rendons à César…). Il faut répondre aux questions en citant le titre d’un livre lu dans l’année, en n’utilisant chaque titre qu’une fois. Après un grand moment de cogitage, j’ai réussi! Vous savez que  je travaille sur ma thèse, aussi vous ne vous étonnerez pas que beaucoup de ces romans soient chinois.

Décris-toi : L’insecte sur la toile (Dai Lai) (je suis super fière de celle-là, rapport à mon blog hi hi)

Comment te sens-tu ? : Ni d’Eve ni d’Adam (Amélie Nothomb)

Décris là où tu vis actuellement : Revolutionary Road (Richard Yates)

Si tu pouvais aller n’importe où, où irais-tu : Tropique du Cancer (Henry Miller)

Ton moyen de transport préféré : Sur la route (Jack Kerouac)

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : Femme, Femme, Femme (Han Shaogong)

Toi et tes amis, vous êtes : Un homme bien sous tout rapport (Chi Li)

Comment est le temps : Trouée dans les nuages (Chi Li)

Ton moment préféré de la journée : Soleil du crépuscule (Fang Fang)

Qu’est la vie pour toi : L’incontournable histoire (Zhu Wenying)

Ta peur : Et si c’était niais ? (Pascal Fioretto)

Quel est le meilleur conseil que tu aies à donner :  Lust, Caution (Eileen Chang) (sortez couverts!)

Pensée du jour : Comment m’est venue ma philosophie de la vie (Yin Lichuan)

Comment aimerais-tu mourir ? Vipère au poing (Hervé Bazin)

La condition actuelle de mon âme : Amère jeunesse (Wang Anyi)

A vous!

Hang Up The Phone Just Let Me Go

Le téléphone du bureau des classes préparatoires sonne tout le temps.

Ring ring! Une mère qui voudrait que l’on mette en quarantaine tous les élèves qui ont le nez qui coule pour que son fils n’attrape pas la grippe: « Vous comprenez, ils sont peut-être très costauds et n’ont pas d’autres symptômes que celui-ci! ».

Ring ring! « Au secours, nous ne trouvons pas le dossier de Tartampionne en prépa véto! ».

Ring ring! Un prof mécontent qu’on ne lui ait pas attribué de salle, normal, il n’en a pas fait la demande.

Ring ring!  Parfois, les appels me donnent une vraie bonne raison de me prendre un fou rire. « Bonjour, je vous appelle au sujet de ma fille Unetelle qui est en classe d’hippocampe chez vous ». »Bonjour, est-ce que vous avez des classes préparatoires BEP esthétique? ».

On m’a prêté le roman de Richard Yates La fenêtre panoramique (Revolutionary Road en anglais, qui a donné naissance au merveilleux film éponyme avec Kate Winslet et Leonardo di Caprio –Les noces rebelles en français). Nonobstant la teneur en humour de certaines conversations, je suis dérangée dans ma lecture.

En super bonus (de circonstance) ma chanson préférée de Mika!

PS: Qui est la vicieuse qui est tombé sur mon blog en googlisant « Colin Firth nu »? Hein?

And then he wrote.

miller

« Comme je l’ai dit, le jour commença magnifiquement. Ce n’est que ce matin que je suis redevenu conscient de ce Paris physique que je n’avais plus connu depuis des semaines. Peut-être est-ce parce-que le livre avait commencé à pousser en moi. Je l’emporte partout avec moi. Je vais dans les rues avec cet enfant dans mon ventre, et les flics m’escortent à travers la rue. Les femmes se lèvent pour m’offrir leur place. Personne ne me bouscule plus. Je suis enceint. Je me dandine gauchement, avec mon gros ventre pressé contre le poids du monde »

Henry Miller,

Tropique du Cancer


La dame de Shanghai.

zhang ailingZhang Ailing (张爱玲), plus connue sous le nom d’Eileen Chang, est une romancière née en 1920 à Shanghai. Issue d’une famille de lettrés, diplômée en littérature, elle a montré très tôt un réel talent pour l’écriture ; ses premiers romans furent publiés en 1943.

Remarquablement, dans les romans et nouvelles de Zhang Ailing, l’accent est mis sur la tension amoureuse entre hommes et femmes ainsi que sur le ressenti féminin, alors même que la littérature de l’époque, dans une Chine envahie par le Japon (nous sommes alors en pleine guerre mondiale), était profondément patriotique. L’oeuvre de Zhang Ailing détonne en ce que les revendications politiques en sont totalement absentes, l’auteur préférant se focaliser sur la vie des citadins. La description du paysage socio-politique de l’époque n’en est pas moins minutieuse et intéressante car elle nous plonge dans le Shanghai et Hong Kong des années 1940 et le quotidien d’une Chine sous l’occupation japonaise.

Nous devons à Zhang Ailing les sublimes « Le chant du riz qui lève» (le dernier roman qu’elle ait écrit avant de mourir à Los Angeles), « La cangue d’or », ou encore « Rose blanche et rose rouge ». Elle est également l’auteur de « Lust, Caution », nouvelle dont Ang Lee tira récemment le film éponyme à l’esthétique admirable, dans lequel on retrouve Tony Leung (à l’esthétique également admirable, soit dit en passant, que la plupart des occidentaux ont découvert dans « In The Mood For Love » de Wong Kar-Wai) et dont voilà quelques captures, pour le plaisir des yeux:

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Zhang Ailing fut également la traductrice en anglais d’un roman de Han Bangqing, datant de la dynastie Qing et écrit en dialecte Wu. Intitulé en anglais « The Sing-Song Girls Of Shanghai », le titre original n’est autre que « Biographie des fleurs de Shanghai » (海上花列傳). Cela vous dit quelque chose ? C’est en effet le livre qui inspira Hou Hsiao-Hsien pour son film « Les fleurs de Shanghai » (海上花), sorti en 1998, sublime lui aussi (et tiens, quel acteur trouvons-nous à nouveau? Notre cher Tony… décidément, le hasard fait bien les choses!)

Si vous n’avez vu aucun des deux films susmentionnés, courez à la médiathèque pour vous les procurer au plus vite, vous en prendrez plein les mirettes (les amateurs de vêtements d’époque et de costumes comme moi seront servis). Et, si vous souhaitez vous initier à la littérature chinoise, je ne peux que vous engager à lire Eileen Chang (ses livres traduits sont généralement publiés sous son nom anglais), à mon humble avis l’un des meilleurs écrivains de son époque.