The End of a Story.

J’ai 30 ans aujourd’hui.

Et bien ça ne me fait ni chaud ni froid. Il paraît qu’on franchit un cap quand on atteint la trentaine, je n’ai pas encore compris lequel. Le pire c’est que quand tu dis que tu te contrefiches que ton âge commence dorénavant par un 3, on te rétorque des truc du genre « Ah ben si attend quand même, 30 ans c’est pas rien, ça fait quelque chose ! ». Et si MOI ça ne me fait rien, d’avoir 30 ans, je peux? Merci bien. Mais effectivement, ce n’est pas rien. 30 ans sur terre, ça laisse le temps d’accumuler des souvenirs, d’être satisfait de son parcours, d’être conscient de ses erreurs aussi. Mais je fais partie (pour combien de temps encore?) de ceux qui ne se retournent pas. Le temps ne coule que dans un sens, rien ne sert de regarder en arrière et de se morfondre. Essayer de s’améliorer pour le temps qui nous reste est à mon avis une meilleure option.

Je ne suis pas mécontente du chemin parcouru jusqu’ici, j’aurais quand même réussi certaines choses : un cursus universitaire honorable, sans heurts, couronné par l’obtention de deux Master 2 et un doctorat qui touche à sa fin (mes 31 ans, à la différence de mes 30, seront certainement vécus dans l’allégresse ou le désespoir le plus total vu que c’est à peu près à cette même date, dans un an, que je prévois de finir cette satanée thèse). Une année passée dans un drôle de pays dans lequel tout le monde croit qu’on trouve du chien en ragoût à tous les coins de rue, alors que pour en trouver il faut bien chercher, c’est moi qui te le dis. Une poignée d’ ami(e)s fidèles, de très belles rencontres, des gens que j’aime. Je crois ceci dit que le meilleur reste à venir, car j’ai enfin entrepris de régler ce qui cloche chez moi, ce qui m’empêche parfois d’avancer, de vivre les choses pleinement et avec légèreté.

Partant de là, je ne peux qu’être confiante pour la suite. J’évite de me poser des milliers de questions, de me demander où je vais travailler à l’issue de ma thèse, par exemple. Ou si je vais finir par sortir d’un certain tunnel amoureux. On verra bien, la vie est longue et je suis sereine. Je crois que c’est ce qui m’a manqué toutes ces années, cette sérénité lucide. Avant, j’étais plutôt du genre insouciante aveugle. J’étais légère, mais toujours en fuite. J’ai longtemps fui ma propre vie, à présent je veux l’investir. J’ai bon espoir de pouvoir, enfin, m’ancrer un jour pleinement dans le présent sans toujours loucher sur l’horizon, en attendant je ne sais quoi de mieux. Je vois déjà les fruits de mes efforts et de ma transformation et c’est un soulagement sans nom.

Je suis très curieuse de l’avenir, je me demande ce qui m’attend et je me dis qu’il y a certainement encore beaucoup de bon qui me tend les bras. Il y a tant de choses à faire, tant de choses à découvrir, tant de gens à rencontrer. Dit comme ça, ça fait un peu générique de dessin animé, mais j’aime l’idée. La vie est définitivement ce qu’on en fait, je ne veux plus me laisser porter, je veux mener la barque. La plénitude n’arrive pas d’un coup de baguette magique, il faut savoir l’amener à soi. J’essaie d’arrêter de réfléchir et de faire ce qui me fait envie, sans penser à mes blocages. Un stage de danse le weekend prochain? Banco, allons-y. Peu importe que je m’y inscrive seule et que mes pas de base ne ressemblent pour l’instant à pas grand chose. J’y retrouverais sans doute les assoiffés de swing du cours du mercredi et on rira ensemble du chemin qu’il nous reste à parcourir pour danser comme des dieux.

Je n’ai plus envie d’être la gamine de 7 ans qui restait seule chez elle les après-midi, par confort et par timidité, qui s’angoissait à l’idée d’être laissée quelques heures au centre aéré au milieu des autres enfants. Plus envie d’être celle qu’on forçait à socialiser alors qu’elle n’en avait pas envie. Plus envie d’être celle qui pensait que toute erreur ou gaucherie serait décelée par les autres – comme si les autres n’avaient que ça à faire que de me regarder. Plus envie non plus d’être cette ado dont on brimait la féminité en lui faisant une réflexion dès qu’elle ne correspondait plus à l’idéal de l’enfant asexué. Je ne veux plus ni être recroquevillée, ni être bridée. Les chaînes psychologiques, c’est fini, j’en ai soupé. Je veux être celle que je veux voir, celle dans laquelle je me reconnais. Finalement, je crois que si avoir 30 ans ne me fait rien, c’est parce que j’ai compris très récemment que j’étais enfin sur la route qui me menait à moi. Alors franchement, écrire son âge avec un 2 ou un 3, quelle importance. 30 ans n’est pas la fin de la jeunesse, ni le début de l’âge. C’est juste la suite qui commence.

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Une femme vaut mieux que deux tuent Laura (Palmer).

Je ne pouvais pas ne pas écrire d’article en ce 8 mars, journée internationale des droits de la femme, vu que mes recherches portent sur le féminin et que je passe des heures à cogiter sur le sujet. A la base, je comptais me mettre au lit avec une série (celle qui se passe dans un hôpital dans lequel il y a autant de médecins femmes que de médecins hommes), mais le statut facebook d’un de mes contacts m’a interpellée : « La journée de la femme est hypocrite, c’est tous les jours qu’il faut lutter contre les inégalités ». Certes. Sur ce point je suis d’accord. De même qu’on n’attend pas la fête des mère pour aimer sa maman, ni Noël pour manger du foie gras (si?) on n’attend pas le 8 mars pour devenir féministe ou lutter contre le sexisme ordinaire. A mes élucubrations sur l’utilité et la légitimité d’instituer une journée dédiée aux femmes, je n’ai pas encore de réponse. Comme toujours, vis-à-vis de ce genre d’initiative, je suis ambivalente.

Cette journée rappelle à tous que oui, aujourd’hui, en 2012, dans le monde, même dans notre pays à peu près civilisé, l’homme est encore le référent universel, les femmes sont encore considérées comme une minorité et sont encore victimes de discriminations. Et une piqûre de rappel ne fait JAMAIS de mal. Cependant, quelque part ça me dérange : les droits de l’homme, que l’on devrait d’ailleurs plutôt appeler droit des humains, étant censés être les mêmes pour tous les individus, quel que soit leur sexe, pourquoi devrait-on insister sur les droits des femmes? Pour rappeler que les inégalités subsistent, me répondront certains. Et je serais d’accord. Mais instituer une telle journée, n’est-ce pas entériner ce statut de minorité, n’est-ce pas cautionner la division du genre humain comme si, dans le monde, il y avait d’un côté les hommes et de l’autre les femmes, perpétuellement en opposition?

Ça fait un moment que je m’interroger sur cette division homme/femme. C’est une notion qui nous vient des premières critiques du capitalisme : de la même façon qu’il y a division entre les riches et les pauvres, il y a une division entre les hommes et les femmes. Je simplifie à dessein (Marx pour les nuls, ce sera une autre fois). Moi qui travaille sur un pays qui fut (et demeure, dans une certaine mesure) communiste, j’ai bien noté qu’idéologiquement, la société communiste n’est pas divisée entre les hommes et les femmes, mais entre les bons et les mauvais révolutionnaires. Hommes et femmes, même combat – quitte, d’ailleurs, à nier le féminin, mais ce sera aussi pour une autre fois. Ce n’est qu’avec l’ouverture capitaliste de ce pays que les inégalités visibles entre hommes et femmes ont réapparu.

On comprend qu’après 30 ans de « camarade » par ci et « camarade » par là, uniformes pour tous, cheveux courts, les femmes, sous l’influence du monde occidental qui plus est, aient sauté sur ce qui leur donnait une apparence de femmes. Mais pourquoi, si vite, les femmes sont-elles redevenues des produits de consommation comme les autres? Pourquoi, si vite, les inégalités sexuelles ont-elles refait surface? Un bon coco vous dirait que c’est la faute au capitalisme. Il n’aurait peut-être pas tort – je ne me suis pas encore assez penchée sur l’organisation des sociétés pré-capitalistes pour avoir les idées bien claires et ne pas dire de bêtises. Personnellement, ce que j’en dit, c’est que modifier les superstructures sans s’attaquer aux fondement de la pensée ne change en rien les mentalités ancrées. Je crois que durant ces 30 années, la partie masculine de la société, malgré l’égalité proclamée, n’a jamais réellement considéré la partie féminine comme son égale, en vertu d’un héritage culturel de centaines d’années de patriarcat bien solide.

Une petite digression simplement pour revenir au sujet initial, à savoir qu’instituer la journée de la/ des femme(s) ne changera jamais rien en profondeur si les mentalités n’évoluent pas en parallèle. Quand le débat sur le mademoiselle a fait rage, j’étais, comme d’habitude, ambivalente. Certes, voici une inégalité, mais n’a-t-on pas mieux à faire que de s’acharner sur des formulaires? Puis, quand la circulaire a été votée, j’ai vu les choses avec un regard neuf. S’attaquer au « mademoiselle » sur les papier administratifs c’est, pour une fois, s’attaquer aux fondements des institutions. Eliminer le statut matrimonial des femmes  de leur identité, c’est réellement, enfin, éliminer la fameuse « domination masculine ». Le débat a fait couler beaucoup d’encre, certains n’y ont vu aucun intérêt, mais à présent, je vois clairement l’enjeu : peut-être que dans quelques (dizaines de) décennies, quand les générations futures auront vu défiler des milliers de formulaires devant leurs yeux, la définition d’une femme à travers son statut conjugal deviendra un non-sens, voire ne se pensera même plus. Et là, ce seront enfin les mentalités qui auront évoluées. Ce ne sera peut-être pas une grand victoire, mais ç’en sera une tout de même. Il faut commencer petit.

Voilà donc ma rachitique contribution qui ne sert à rien, toute en digressions, réflexions, sans queue et sans tête, à la journée de la femme. Avec, en prime, le titre le plus lourdingue de toute l’histoire de mon blog (mais j’en suis quand même contente, j’ai un peu honte).

Pourquoi je vais finir ma thèse et me reconvertir.

Parce que comme me l’a fait remarquer ma consœur de douleur Naruwan, un seul poste de maître de conférence s’est libéré dans notre filière pour la rentrée 2012. Ce qui veut dire que ce sera sans doute peu ou prou la même chose pour les années à venir. Sachant qu’on doit être une trentaine de candidats à postuler chaque année, on saisit tout de suite l’ampleur du problème. Vu que je ne serai jamais la meilleure dans mon domaine, je n’ai pas grande chance d’être prise. Ça ne m’empêchera pas d’essayer, notez bien, mais me voilà en train de ravaler tristement mes ambitions universitaires, parce qu’il ne faut pas se faire d’illusion, même si un coup de bol est toujours envisageable. Il y a toujours possibilité de travailler sur des postes de contractuel ou de vacataire, mais la précarité à long terme n’est pas une perspective très alléchante.

En attendant j’ai un boulot, pas bien payé certes, mais qui me laisse du temps à côté. Selon toute probabilité, je serai docteur à 31 ans et des brouettes. Ce sera peut-être la fin de l’histoire. Merci mademoiselle, nous vous accordons les félicitations, ou pas, bon vent et battez-vous bien pour obtenir un poste. Ma trace dans le monde merveilleux de l’université se limitera à trois articles publiés dans des revues que personne ne lit, puis je me désintègrerai dans les limbes. A ce stade, un plan B est nécessaire, et vite.

Alors oui, le monde est grand et il y a des tas de choses à y faire. Mais qu’ai-je envie de faire, exactement? Rien serait la réponse appropriée. Dans mes rêves les plus fous, je serais rentière, je m’achèterais une grande maison de maître à la campagne, que je décorerais avec de la récup’ et des meubles anciens chinés chez les antiquaires. Je recevrais mes amis, qui viendraient se réfugier chez moi quand la vie serait trop difficile ou qu’ils auraient besoin d’un bol d’air. Ma maison serait une demeure collective où chacun pourrait aller et venir à sa guise, une espèce de maison d’hôte. Chacun y vaquerait à sa tâche, écrirait, gratterait son violon ou taperait sur ses cymbales. Le soir nous mangerions tous ensemble à la grande table en bois, on fumerait des cigarettes en buvant du vin, on discuterait passionnément. On ferait des bœufs dans le jardin, la vie serait douce. Chaque jour amènerait un nouveau départ ou une nouvelle arrivée, tout serait immuable et pourtant toujours neuf. Bref, je serais la Jeanne, mais en plus sexy, en plus jeune et en moins désargentée.

Mais bon, je ne suis pas encore rentière, alors je me creuse la tête pour trouver des alternatives. On ne sait jamais ce que la vie sera, mais il me fait déterminer 1/ ce que je sais faire 2/ ce qu’il m’est possible de faire pour vivre. Une fois déterminé ces choses, voir combien d’entre elles sont compatibles et si elles sont viables à long terme (car coupler ce que je sais faire et ce qui m’est possible de n’aboutira pas nécessairement à la panacée.) Deuxième équation : voir si ce que j’aime faire peut donner lieu à une activité rémunératrice. Qu’est-ce que j’aime faire, au fait?

1/ Ecrire. Comme chacun le sait, écrivain n’est pas le métier le plus sur de l’univers, et ce n’est pas demain que j’obtiendrais le prix Goncourt (parce que pour obtenir le prix Goncourt, non seulement il faut avoir écrit un roman, mais il faut aussi avoir écrit d’autres romans avant celui qui reçoit le prix. On n’est pas rendu, mes braves.) Alternative : écrire des trucs futiles et faciles, type chick litt ou romans érotiques à soumettre aux éditions Harlequin (c’est un exemple, Harlequin ne publie que des romans américains et emploie une armée de traducteurs – oui, je me suis renseignée) pour manger, et se consacrer à des choses un peu plus profondes à côté. A méditer. Et peut-être à tenter (sous un pseudo, faut pas déconner non plus). A mon avis, on doit se payer une bonne tranche de rigolade à composer un chef-d’œuvre à base de « Quand Rebecca vit Brandon sortir de sa Ferrari rouge sang, son corps se consuma comme jamais. Pourquoi, mon amour, m’as-tu quittée, songea-t-elle? Je n’ai jamais pu t’avouer ce terrible secret qui me ronge, et à présent que tu es parti ma vie est un champ de ruines sans fin. »

2/Gratouiller ma guitare. Une activité dilettante qui ne m’apportera pas la fortune, même si je gagne à la Nouvelle Star (encore faudrait-il que je m’y présente et que je ne sois pas refoulée avant Baltard. Là n’on plus, on n’est pas rendu). Se prendre pour Alela Diane, c’est cool, mais quand on a la voix qui part en sucette dans les aigus, on se dit qu’une carrière artistique n’est pas encore envisageable.

Voilà. Comme me le disait mon copain de caserne, le bonheur pour le cithariste, selon Aristote, c’est de bien jouer de la cithare. En gros, la clé du bonheur, c’est de cultiver ses talents. C’est vrai : quand j’ai bien écrit, ou composé une petite chanson, je suis contente de moi et détendue. Copain pense que le mieux serait de se trouver un boulot pas trop chiant qui me laisse le temps de me consacrer à ce que j’aime à côté. En même temps, vu qu’il ne me voit pas universitaire car je n’ai pas un rapport assez narcissique à mon travail et que je produit invariablement dans la douleur, je me demande s’il faut l’écouter (en vrai, je sais qu’il a raison, le bougre, ça fait longtemps que je pense ça et je le déteste de voir si clair en moi parfois. Grrrr.) Donc, si vous avez des idées de boulots pas trop chiants et pas trop mal payés (genre fonctionnaire à la sécu, mais quand même en moins rébarbatif, merci), je suis tout ouïe. Et si vous avez un gros chèque à me donner, je prends aussi. Pensez à tous ces chercheurs et musiciens de génie qui trouveront refuge dans ma maison de campagne : c’est beau d’être mécène, non?

El palacio

Je suis quelque peu coupée du monde et vais le rester jusqu’à la fin du mois, quand je récupérerai une connexion digne de ce nom (pour l’instant, je me débrouille avec un wifi public capricieux, Bouygues dans le salon et Sfr dans la chambre, quand ça veut bien fonctionner).

Vu que l’on m’a réclamé à cor et à cri des photos de mon chez moi, j’a choisi le coin le plus abouti, c’est-à-dire, pour l’instant, le bureau. On en est là :

Vu la vitesse de téléchargement de la photo (j’aurais eu le temps de me faire cuire des oeufs au plat, de me sécher les cheveux et d’écouter en entier un double CD de Biolay avant qu’elle n’apparaisse en entier, si vous voyez ce que je veux dire), on va en rester là pour aujourd’hui.

A la Saint-Valentin, ronge ton frein. Ou pas.

Alors oui, c’est la Saint-Valentin. Personnellement, ça me fait une belle jambe. Tout le monde sait qu’un certain Vilain Lacanien – qui rejoint donc officiellement le camp des Vilains avec le Matheux – s’en est allé vers de plus vertes (et jeunes) contrées il y a peu. Ceci dit, quand bien même, vu le Sieur, j’aurais pu l’attendre, mon bouquet de fleurs ou ma petite attention, alors l’un dans l’autre, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Las, je sais cependant qu’il a dit à mon copain de caserne que je suis une fille très fine, dotée d’une exceptionnelle intelligence, et belle par surcroit (ce que je soupçonne, même si je sais qu’il le pense, être une stratégie pour que la phrase me soit répétée et ne pas paraître trop détestable à mes yeux, traumatisé qu’il doit être que je ne veuille plus le voir) (parce que là, il faut bien avouer que je frôle la perfection, c’est à se demander pourquoi il est parti, n’est-ce pas). Mais tout ça ne me fera pas obtenir le si convoité joli médaillon en forme de coeur à partager avec mon dulcinée, offert dans un écrin de velours rouge entre une coupe de champagne et un mi-cuit au chocolat. (Docte lecteur, une partie de cette phrase constitue une désopilante blague, à toi de retrouver laquelle).

Sinon, je suis chez mes parents, en stand-by entre mes deux appartements, et je profite d’avoir une connexion Internet vaillante pour vous abreuver de mes aventures. Je fête allègrement la Saint Traversin, et ce depuis trois jours, en faisant joyeusement le tour du cadran et me levant à des heures indécentes. Je fête également la Saint Fifrelin, en me ruinant de façon inconsidérée dans d’indispensables étagères en pin naturel, barres de support et cornières (une bibliothèque d’angle prendre demain forme sous mes yeux, comme construite des blanches mains de mon papa par magie), nouveau pommeau de douche, suspensions japonaises fleuries en papier, etc.

Je trépigne d’impatience à l’idée d’aménager mon nouveau nid, et de pouvoir travailler au soleil. Travailler, parce que ces temps-ci, c’est le niveau zéro de l’avancement de la thèse, l’objectif des sept pages par semaine est une vaste blague perdue dans un champ de cartons et de meubles en vrac. Un déménagement, ça vous tue une bonne résolution intellectuelle. Mais je me vois déjà à mon bureau près de la fenêtre, avec ma tasse de thé préparée dans ma graaaande et fonctionnelle cuisine américaine, les orteils battant la mesure sur le sol parqueté. A chaque jour sa quête, cette après-midi je m’en vais chasser le rideau féroce. Et comme je suis quand même une gentille fille, je souhaite une bonne et grosse fête aux amoureux en n’espérant même pas qu’ils s’étouffent avec une part de fraisier.

Bref, j’ai un nouvel appart.

Des mois que je dépérissais dans mon appartement, que j’ai toujours considéré comme un appartement de transition. Marre du manque de lumière, marre du manque d’isolation, marre des voisins, besoin d’air, de soleil, de changement. Des mois que je cherchais, épluchais les sites d’annonces, sans rien trouver de vraiment convaincant. Je n’y croyais plus. Et puis, une annonce, qui ressemblait fort à l’affaire du siècle. J’appelle, on me dit qu’il y a trois visites prévues vers 17h, mais je ne peux pas y aller, je travaille. J’y vais rarement au culot, ce n’est vraiment pas mon truc, mais là j’insiste. Le gentil monsieur de l’agence se laisse fléchir, se libère, rendez-vous pris deux heures plus tard.

Bien contente de moi d’être passée devant tout le monde, j’y vais. Coup de coeur. Le voilà, l’appartement que je veux. Le propriétaire est en train de refaire les peintures pendant que je tourne dans toutes les pièces. Je donne un dossier directement au monsieur de l’agence, puis commence l’attente. Roulement de tambour… Premier coup de fil, on me dit que mon dossier est retenu parmi tous les autres, mais qu’il se pourrait que l’appartement soit loué à un membre de la famille. Je recommence à attendre. Deuxième coup de fil : j’ai l’appart, j’ai fait bonne impression au proprio. On signe le bail dans une brasserie, à la bonne franquette. Comme c’est lui qui gère finalement la location, je n’ai même pas de frais d’agence à payer.

Bon, allez, maintenant je peux le dire : WOOOOOOOOOOOUUUU HOUUUUUUUU HOUUUUUUUU!!!! Je suis SUPER CONTENTE!

J’exulte, je saute partout, j’ai commencé à emballer mes affaires. Le 15, je prendrai possession de mon  nouveau chez moi, mon palace de 50m2 (50m2 pour moi toute seule!) dans un immeuble ancien, avec parquet, cheminées décoratives, tout repeint de frais, pour un loyer excédent de très peu celui de mon petit 30m2 mal isolé. L’affaire du siècle, vous dis-je, le genre de chose qui ne me tombe jamais dessus d’ordinaire. Je vais pouvoir tenir salon, organiser des soirées, danser le moonwalk dans ma chambre, faire des courses de vitesse avec le chat. En fait, je n’arrive presque pas à y croire, je me trouve très chanceuse. Vu que 2012 avait commencé par une rupture, c’est un peu ma revanche. J’ai décidé que cette année serait finalement un bon millésime, l’année du changement et du renouveau, l’année de la nouvelle Emily.

On fait le vide, et on recommence.

Humeur musicale du jour : Suzy, Caravan Palace.

You Say Goodbye I Say Hello.

Oui oui, je sais, j’étais ambivalente vis-à-vis de cette relation. Bon, il a pété les plombs avant moi, il m’a quittée vendredi. J’ai senti le basculement, cette semaine, il répondait à mes messages de façon très laconique. Quand quelqu’un répond à « Je suis heureuse de te connaître » par « Merci de ton gentil mot » quand on lui fait remarquer son silence, ça ne trompe personne, hein? (Temps de réflexion) J’étais bien avec lui, mais malheureuse en même temps, angoissée. Terriblement angoissée de le sentir distant.

(Silence de plomb)

J’ai été très pénible aussi, je comprends qu’il m’ait quittée. Je n’ai fait montre d’aucune bonne volonté, j’ai été maussade, enthousiasmée par rien, rabat-joie. Bon, il faut dire qu’il n’est pas facile à vivre, le bougre. Huit mois à avoir l’impression d’être casée dans un emploi du temps, de compter mais pas tant que ça. (Pause) En fait il n’y a pas de fautif, on n’a pas su fonctionner en tant que couple, pas réussi à mettre en place une dynamique.

(Scritch)

Ç’a été un électrochoc, j’ai enfin entrevue la nécessité, après toutes ces années, de me trouver une assise beaucoup plus solide que l’affectif, quelque chose qui ne dépende que de moi, quelque chose que l’autre ne puisse ni me donner, ni me reprendre. Une assise stable. Une stabilité qui soit en moi, et pas en l’autre, qui puisse me rester, et me nourrir même si l’autre s’en va, et avant qu’il n’arrive.

(Scritch scritch scritch scritch)

Sérieusement, on ne peut pas courir après l’amour perpétuellement, il y a d’autres choses dans la vie, et puis quand on a une thèse, on n’a pas besoin d’une relation stable. Non non non. D’ailleurs, je l’ai reprise, je suis à fond. A FOND je vous dit. Je me disais que je serai peut-être douée sur le tard, mais finalement j’ai envie d’être douée à temps. Mon nouvel objectif : une page par jour, soit, en me laissant une marge qui prenne en considération les imprévus, 25 pages les mois ouvrés, et d’avantage pendant les vacances. En neuf mois, je devrais l’avoir rédigée entièrement sans y passer mes jours et mes nuits. Pas mal le planning, hein, hein?

()

Non parce-que bon, ça commence à bien faire cette histoire, plus de trois ans que ça dure, je m’use, moi. Tiens, je vous ai dit que mon armoire s’était écroulée au milieu de ma chambre? J’ai voulu la bouger (oui je sais) et elle s’est effondrée sur elle-même. Tout. Les portes en verre trempé, les étagères, les fringues, les chaussures, la penderie, les paniers posés dessus, écroulés. L’apocalypse. Et bien vous savez quoi? Ça m’a fait un BIEN FOU. J’étais assis au milieu des décombres et je me disais qu’elle s’était écroulée à ma place, que c’était thérapeutique. Et puis viré de mon champ de vision le mastodonte, maintenant quand je me réveille je vois un mur BLANC, c’est jouissif. C’est fou comme l’impression d’avoir de l’espace, c’est important.

(Scritch scritch)

Le pire, c’est que ça va bien. Se faire larguer et aller mieux, c’est un comble non? Je me sens libre comme l’oiseau, free like the river. Je suis sereeeeeine, c’est dingue. Passé le premier choc, je me sens terriblement bien. Je vous ai parlé de ma mère, sinon?

(Scritch)

… Vous savez, c’est TRES perturbant d’avoir face à soi quelqu’un qui écrit sans piper mot quand on lui parle…

(Haussement de sourcil)

Hmmm… Vraiment?

(Scritch)

Je me demande bien ce qu’il note, mon psy, sur ses feuilles A4.

Thésarde blues.

Mademoiselle Emily,

Vous avez sollicité une exonération des droits de scolarité, au titre de l’année 2011-2012. Après examen attentif de votre situation, je vous informe, par la présente, que je n’ai pas agrée votre demande, aux motifs suivants : une quatrième année de doctorat ne constitue pas une situation prioritaire. Nous préférons en effet encourager des étudiants de licence ou de master à finir leur cursus plutôt que d’entretenir le dilettantisme de doctorants mollement productifs qu’on ne croise jamais au sein de notre université (preuve de leur poil dans la main). Vous avez choisi de ne pas entrer dans la vie active et de poursuivre un cursus long qui vous maintient dans ce statut d’adulescent que vous chérissez. Soyons sérieux, Mademoiselle, personne ne vous a poussée à ne pas rechercher un job dignement payé, vous ne voudriez pas non plus que nous vous entretenions dans votre fainéantise?

Nous avons bien pris note que les  frais d’inscription annuels dont nous vous demandons de vous acquitter constituent deux tiers de votre salaire et que, cumulés à votre loyer et à vos factures, ils dépassent largement vos revenus mensuels. Mais à qui la faute, selon vous, si vous ne travaillez qu’à temps partiel?  Ne me faites pas croire que vous ne pourriez pas mener à bien vos recherches avec un emploi un plein temps : quand on veut, on peut. Vos amis qui sont actuellement en septième année de thèse car ils travaillent 39h par semaine? Ce sont des fainéants, tout comme vous.

Et puis entre nous, Mademoiselle, quand on n’a pas les moyens, on n’a pas des goûts de luxe. Au lieu de manger des pâtes, contentez-vous de pain sec. Nous vous faisons également remarquer que nous avons déjà été magnanime par le passé en vous faisant don de la faramineuse somme de 150 euros pour financer votre présence à un colloque. Un colloque, grands Dieux! Vous nous avez déjà escroqué cette année 20 heures de TD que nous vous payons grassement (la moitié de la rémunération d’un titulaire, toute de même!) S’il fallait financer les fantaisies de tous les thésards, où irions-nous, je vous le demande? Votre folie des grandeurs frôle la pathologie, Mademoiselle G.! Vous ne voudriez pas, non plus, être maître de conférence quand vous aurez soutenu votre thèse?

Si vous jetez l’argent par les fenêtres, ce n’est tout de même pas de notre ressort de vous apprendre à gérer votre budget. Avez-vous réellement besoin de tant de livres pour mener vos recherches? Avez-vous vraiment besoin de chauffer votre logement l’hiver? Nous sommes certains qu’en plus, vous songez à faire des cadeaux à votre famille et à vos amis le soir du réveillon. Ne vous étonnez pas si votre compte en banque est dans le rouge! A-t-on idée d’être si dépensière? Si vous ne savez pas comment payer 1400 euros  de frais divers le même mois avec un demi SMIC, c’est que vous vous y prenez très mal.

Et puis, Mademoiselle, nos frais d’inscription sont tout de même justifiés : nous vous délivrons une carte magnétique du dernier cri, laquelle vous permet d’utiliser les ressources pédagogiques de la bibliothèque et de les emprunter pendant 21 jours : 21 jours, mademoiselle! Vous rencontrez votre directeur de thèse une fois tous les deux mois dans une salle bien chauffée, assise sur une chaise moelleuse. Si vous avez de la chance et que vous arrivez la première, vous avez peut-être même droit à celle qui tourne. Vous ne suivez certes aucun cours ni formation assurée par un professeur rémunéré, mais pensez  aux deniers dépensés pour entretenir la pelouse de notre beau campus que vous ne manquez pas, nous en sommes certains, d’arpenter. Et votre futur diplôme, imprimé en couleur sur du papier épais, qui va le financer, à votre avis?  Tous ces services rendus à votre personne valent bien la modique somme de 400 euros dont vous vous acquittez annuellement.

La commission a donc conclu que vous n’aviez pas à vous plaindre et que demander une aide financière pour cette année était sacrément gonflé. Vous paierez plein tarif, comme tout le monde, et si vous n’êtes pas contente, lâchez votre thèse sur-le-champ –  mais vous ne voudriez pas, Mademoiselle, laisser tomber vos recherches à un an de votre soutenance tout de même? Ce serait tellement dommage… Hum?

Veuillez croire, Mademoiselle, en l’absolue sincérité de nos salutations.

La Présidence de l’Université.

La toxicomanie, c’est du velours parme, ou terre de Sienne.

Je n’ai plus de henné blond. Mon fournisseur de secours, chez qui je me suis précipitée tremblante, est en rupture de stock jusqu’à la semaine prochaine, et pour avoir les frais de port gratuits sur le site où je commande habituellement, il faut acheter pour 35€ de produit : je me refuse à commander 3kg d’un coup, j’ai encore un peu de respect pour moi-même. Dernier recours : aller mettre 10€ dans un pot de magasin bio, mais c’est contre mon éthique personnelle — 10€ le pot de henné, je vous demande un peu… La terre entière est contre moi. Comprenez, c’est un drame intergalactique. Je suis en manque. Je n’exagère pas : si je ne fais pas mon henné toutes les 3 semaines minimum, je me transforme en Gremlins (et je vous assure que vous ne voulez pas voir ça).

Quand je suis en crise de manque, donc, après m’être roulée par terre en poussant des cris stridents,  la bave aux lèvres, je traîne sur les sites dédiés à la teinture eu henné. Un traitement de substitution, en quelque sorte. Une méthode de préparation m’a interpellée : il était préconisé de préparer la pâte dans un récipient en céramique, à l’aide d’une cuillère en bois. Malgré mon pitoyable état de junkie à moitié folle, ça m’a fait rire. Non, parce qu’un récipient en verre et une cuiller en inox, par exemple, ça marche aussi très bien. Ça m’a fait penser au rituel du thé des grands puristes chinois: cueillez les plus tendres feuilles couvertes de rosée au lever du soleil, faite frémir de l’eau de telle source de telle montage, laisser infuser dans une tasse fabriquée avec telle argile de telle contrée. Si vous procédez autrement, mécréants que vous-êtes, vous ne produirez qu’une vulgaire eau chaude aromatisée qui ne mérite pas le divin nom de thé, et tout mandarin digne de ce nom balaiera votre outrage d’un revers de manche.

Remarquez, niveau thé, je ne la ramène pas trop, j’ai mes manies aussi. Le thé en sachet, par exemple, c’est le mal absolu, surtout s’il est pulvérisé. Dans les bars, je n’ai pas souvent le choix malheureusement. Le pire, je crois, c’est un jour où, avec un ami, nous avions commandé un thé à la menthe : le serveur nous a apporté deux sachets trempant directement dans une tasse à café, et pas de théière avec supplément d’eau chaude. Je tirais déjà la tronche, quand j’ai découvert que le thé à la menthe était en fait une infusion verveine-menthe. Infinie tristesse, semblable à celle d’un jour sans pain. Un jour, on m’a aussi amené une théière sans couvercle. Ce n’est quand même pas difficile, quand on propose du thé à la carte, d’apporter au client une théière remplie d’eau et couverte, rassurez-moi? Je souscris même au sachet de Lipton anglais pas bon sans râler s’il est présenté à coté de la tasse — j’exige de le déballer et de le mettre moi-même dedans (d’ailleurs, quand on n’est pas idiot, on le met dans la théière, soit dit en passant, ça en fait plus).

Bon, en fait, la plupart du temps, j’opte pour un perrier sirop en été, et un chocolat en hiver, de peur d’être déçue. Mais avec le chocolat, les mêmes problèmes se posent : certains n’hésitent pas à servir d’immondes poudres allongées avec de l’eau, qui n’ont de chocolat que le nom. En même temps, mes préparations maison me rendent difficile : si vous me trouvez un chocolat avec de vrais carrées à 70% de cacao, de l’eau de fleur d’oranger/cannelle/extrait d’amande amère, du miel, du lait, de la crème et de la chantilly en option (les jours de décadence totale, je saupoudre même de la cannelle sur la chantilly), c’est que vous êtes assis dans mon canapé à attendre que je vous serve, ou que vous êtes tombé sur quelqu’un qui m’a piqué ma recette. Finalement, il n’y a guère qu’avec le café qu’on n’est pas trop déçu. Encore que. Personnellement, je ne l’aime que très serré. Oui, je suis chiante. Mais donnez-moi un peu de méthadone, ça ira mieux.

La loositude.

Il y a des jours sans. De ces jours où à peine l’oeil ouvert, tu sens l’éternité se profiler devant toi alors que tu n’as qu’une envie : que l’aiguille de l’horloge ait déjà fait le tour du cadran (en vérité je n’ai ni horloge ni même système d’affichage de l’heure à aiguilles, je suis la reine du digital. Mais quand même, je sais lire l’heure, si si. C’est ma mère qui m’a appris en fabriquant une pendule avec un couvercle de boîte de camembert.)

Les jours sans font suite à des nuits sans. De longues heures d’insomnie à tourner, retourner, grelotter dans les draps humides car il pleut sans discontinuer depuis deux semaines, et il pleut même dans la cuisine à cause d’une fuite au plafond. Tu te relèves pour allumer le chauffage et assécher tout ça. Mais en vérité, comme il ne fait même pas froid, tu meurs alors de chaud et de soif. Enfin, au petit matin, une heure et demi avant l’heure prévue de ton lever, quand tu es sur le point de t’endormir en faisant fi de ta gorge sèche, le chat décide que ce serait un très bon moment pour gratter à la porte et demander à sortir.

Quand le réveil sonne à ton oreille, tu agonises vingt minutes dans ton lit en espérant secrètement être prise d’une grippe subite pour pouvoir y rester. Tu te résignes et te lèves au ralenti. Te douches au ralenti. T’essuies au ralenti. Te maquilles au ralenti. Manque t’éborgner avec ton crayon khôl. T’éborgnes vraiment. T’habilles au ralenti. Puis déjeunes à toute vitesse parce que tu n’as vraiment plus le temps. Le dernier morceau de ta tartine encore dans la bouche, tu fermes la porte et atterris dans la rue.

Quand tu arrives au boulot, tu es encore au radar. Tu te cales sur ton siège, pour y rester les dix prochaines heures. Tout ça pour ça. Quand à midi tu décides de manger à la cantine, tu constates que les pâtes sont molles et les petits pois durs. Tu n’y manges jamais, maintenant tu sais pourquoi. Tu vois arriver Vilain Matheux, qui n’y mange jamais non plus. Les chances de le croiser là sont à peu près aussi minces que de pêcher une baleine dans la Mer morte. Tu fais semblant d’être absolument passionnée par ce que se passe au-delà de la vitre, mais de toute façon il s’asseoit en te tournant délibérément le dos. L’honneur est sauf des deux côtés.

Quand tu rentres chez toi lessivée et que tu t’apprêtes à t’écrouler comme une pyramide de pompom girls obèses sur ton canapé, le chat se jette sur toi, saute partout et tourbillonne, se frotte à tes jambes et s’emmêle dans les rideaux, plante ses griffes dans les coussins, tourne devant sa gamelle pleine, te quémandant à manger de la façon la plus pénible qui soit. Rendant les armes, tu sors un reste de pâtée du frigo pour changer de son Purina® habituel. En maîtresse attentive, tu rajoutes même un peu d’eau chaude pour que la nourriture soit à température ambiante. Pendant qu’il se jette dessus comme un affamé, tu vas te faire couler un bain. Tu reviens environ une minute plus tard pour constater que Vomito est en train de tout rendre. Sur le tapis.